LIVRE DEUXIÈME
son sein; ils entravaient, par eux, toute sérieuse recherche des moyens propres à ramener Tordre ; et d'ailleurs, ces moyens trouvés, comment les employer? Les pasteurs demandèrent Texcommunication de quelques hommes notoiremen t immoraux ou impies. Ils n'espéraient probablement pas que cette sentence eût grand effet ; ils la demandaient plutôt comme une consécration du principe àe l'excommunication, tel que le posait et l'expliquait la confession de foi, et comme une protestation solennelle contre le triomphe, désormais certain, de la licence. Le gouvernement n'osa pas; les Deux-Cents ne voulurent pas. Ce vote, marque à peu près certaine que la majorité avait changé, acheva d'encourager le parti de l'opposition, et, le 3 février 1538, les élections tournèrent dans leur sens. Ils eurent la majorité dans le Conseil, et trois syndics, sur quatre, furent des leurs.
Voilà donc les réformateurs en présence d'un gouvernement hostile, poussé par des gens eircore plus hostiles. La possession du pouvoir amena cependant, comme toujours, un certain^ adoucisse-
ment chez les nouveaux élus, qui n'étaient d'ailleurs pas des plus mauvais. Notons bien ce dernier point, élément important dans l'explication des revirements postérieurs. Beaucoup, à cette époque, étaient avec les Libertins et acceptaient d'eux le pouvoir, qui, au fond, n'étaient pas des leurs; gens honorables, trompés ou se trompant, mais voulant le bien de la patrie, et disposés à se laisser instruire par les faits. Sans en être encore là, les magistrats de 1538 en furent au moins bientôt à vouloir que leurs administrés, s'ils n'étaient guère chrétiens, fussent au moins gouvernables; volontiers ils se seraient entendus avec les pasteurs pour peu que ceux-ci eussent consenti à fermer les yeux sur certaines choses. Mais Calvin, outre qu'il n'était pas homme à rien céder de ce qu'il croyait bon et nécessaire, portait ses regards au delà de la dangereuse trêve qu'on lui demandait d'accorder. Il voyait Genève affaiblie, déshonorée; il comprenait quelle énorme brèche serait faite au principe de l'union entre la réforme morale et la réforme religieuse. Il se refusa donc à tout accommodement. Vainqueur ou vaincu, se disait-il, il sauverait le principe.
Tout donc, dans la cité, était désordre et menace. Les Bernois avaient envoyé des députés chargés d'intervenir à l'amiable ; le Conseil s'em-