‹ CalvinChapitre 82 sur 212 · LIVRE DEUICIÉME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUICIÉME

Les exilés se retirèrent à Bâle; toujours cette Bàle paisible qui apparaissait à Calvin comme son refuge et son repos, et qui ne devait jamais le garder que quelques moments. A peine y était-il qu'il reçut des lettres de Bucer, et Bucer faisait de vives instances pour le ravoir à Strasbourg. Il résista, puis consentit, et, fort tristement, se sépara de Farel, que tant de communes épreuves lui avaient rendu toujours plus cher. C'est de ce moment que date leur correspondance. Heureux, malheureux, Calvin dira toujours tout à son ami. Au milieu d'occupations innombrables, il trouvera toujours du temps pour causer longuement avec • Farel. Les protestations d'amitié sont rares, brèves; mais on les sent d'autant plus vraies, et le commentaire en est dans le fait même de cette profonde et perpétuelle intimité. Calvin, quoique devenu rapidement bien supérieur en renommée, ne fut jamais tenté de se croire supérieur à un homme d'une individualité si originale et si forte ; Farel, d'autre part, ne le fut jamais d'être jaloux d'un ami qu'il savait si plein d'estime pour lui, si éloigné de toute pensée orgueilleuse à son égard. En 1549, Calvin dédie à Viret et à lui son Commentaire sur l'Épitre à Tite, et c'est, dit-il, parce que sa charge à Genève « ressemble à celle que saint Paul avait commise à Tite. » C'est Farel, c'est

Viret qui lui ont confié Genève, comme Paul confia les Cretois à son disciple; il n'a pas Tair de soupçonner que, malgré cette circonstance, c'est bien plutôt lui qui est Paul, le chef, le maître. Mais il veut aussi que ce livre soit comme un monument de leur « amitié et conjonction sainte » à tous trois. « J'ai fait, dit-il, ici office de pasteur avec vous, et, tant s'en faut qu'il y eût aucune apparence d'envie, qu'il me sembloit que vous et moi n'étions qu'un. » Hais ce fut surtout avec Farel que l'intimité alla croissant. En mars 1553, Calvin apprend que Farel est malade. Il court à Neuchâtel ; il le trouve à l'extrémité, le voit déjà mort, et, non sans peine, offre à Dieu le douloureux sacrifice que Dieu, pense-t-il, va lui demander. Mais Farel revient à la vie. Un mois après : « Puisque ma douleur, écrit Calvin, t'a enseveli avant le temps, fasse le Seigneur que ton tour vienne de m'ensevelir aussi, et que l'Église te voie me survivre ! C'est le bien de l'Église que je demande là, et aussi mon avantage privé, car je serai plus tôt délivré de ce train de guerre, et je n'aurai pas à pleurer ta mort. »

Strasbourg accueillit Calvin avec joie. Le Conseil de la ville l'autorisa à donner des leçons publiques sur l'Écriture sainte, et ensuite à organiser en Église les réfugiés français que la peirsécution

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