‹ CalvinChapitre 83 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

avait jetés dans Strasbourg. On lui prêta, pour leur culte, l'Église des Frères Prêcheurs, aujourd'hui le Temple-Neuf. Mais il paraît qu'en lui fournissant abondamment les moyens d'exercer son zèle, on oubliait un peu de lui fournir les nécessités de la vie. Ses lettres nous le montrent dans une vraie misère, réduit à faire vendre, pour se procurer quelque argent, les livres qu'il avait laissés à Genève. Du Tillet, l'opulent chanoine, dans cette même lettre où il tâchait de lui persuader que ses malheurs pouvaient bien être un châtiment du ciel, lui avait offert de l'argent. Calvin ne relève pas ce que cette offre, ainsi encadrée, avait d'étrange; il refuse, mais sans vouloir apercevoir là autre chose qu'un dernier reste d*amitié. « Vous me faites, dit-il, une offre dont je ne puis vous assez remercier, et ne suis pas tant inhumain que je n'en sente la gratuité si grande... Mais je m'abstiendrai de charger tant que possible un chacun, principalement vous, lequel en avez eu trop de charge le temps passé. Pour le présent, ma nourriture ne me coûte rien. Aux autres nécessités fournira l'argent des livres, car j'espère que vous daignerez m'en donner d'autres au besoin. » Et il reprend le fil de sa vigoureuse réponse aux sophismes du protestant redevenu chanoine. « Du Tillet m'offrait de l'ar-

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gent, écrit-il ensuite à Farel, mais à un trop gros intérêt. Ne parlait-il pas de me convertir? » Farel aussi, établi à Neuchâtel, lui en avait offert, et Calvin refuse également. « Merci à tous mes frères pour leurs charitables offres, pauvres âmes qui voudraient faire l'aumône à plus pauvre qu'elles encore. Mais je me suis promis de ne rien accepter de toi, ni de nos amis communs, tant que je n'y serai pas absolument contraint. Les livides que j'ai laissés à Genève payeront mon hôte jusqu'à l'hiver prochain. Le Seigneur fera le reste ^ . »

Sa vie se partageait donc, à Strasbourg, entre les fonctions pastorales et les travaux théologiques. Il préparait la seconde édition de V Institution Chrétienne. Comme pasteur, il avait à prêcher tous les soirs; comme professeur, il donnait chaque matin une leçon sur l'Évangile de saint Jean, et il amassait, chemin faisant, les matériaux de l'important commentaire qu'il ne devait publier qu'en 1553. Ces leçons, comme à Genève, attirèrent bientôt la foule, mais une foule plus lettrée, telle que pouvait la fournir une ville déjà savante, tandis que Genève ne devait le devenir que par

< 15 avril 1539. — Les lettres de Calvin à Farel sont en latin; celles à Du Tillet sont en français. On distinguera sans peine, ici et partout ailleurs, quand nous citons textuellement ou quand nous traduisons.

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