‹ CalvinChapitre 84 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

CaWin. La France, d'ailleurs, continuait d'enveyer chaque jour son contingent de fugitifs, avides de la Parole sainte, avides aussi de voir et d'entendre l'auteur de Vlnstitution ; il en venait encore que rien ne chassait de leur patrie, mais qu'attirait le renom du professeur, et plus d'un, venu en curieux, s'en retourna pour aller braver les rigueurs qui avaient chassé les autres. Le Conseil était heureux des hommages dont le nouveau professeur était l'objet. On lui donna le droit de bourgeoisie, prisé très-haut dans la vieille cité impériale. On augmenta son salaire. Tout se réunissait pour qu'il n'eût plus rien, ce semble, à regretter ni à désirer.

Et cependant il la regrettait toujours, cette dure yie que lui avait faite Genève. Au milieu d'une cité calme et studieuse , il regrettait celle qui n'avait guère su, jusqu'à ce jour, que manier l'épée, et porter dans la vie civile toutes les licences de la guerre. Entouré de la plus bienveillante admiration, il regrettait ces deux années où on l'avait abreuvé de contradictions et d'ennuis. Non qu'il

allai jusqu'à formuler positivement ni même jusqu'à concevoir le désir de se replonger dans ce chaos; il n'en parle, au contraire, dans ses lettres, qu'avec effroi, avec horreur. Mais quel homme est bien sûr de ses sentiments véritables? Derrière ceux que Calvin exprimait si vivement, il y en avait un autre, vivace, intime, enraciné dans sa conscience : c'est que sa tâche était à Genève, sa place à Genève. Pur instinct de domination, a-t-on dit; il n'était, à Strasbourg, qu'un ouvrier, et, à Genève, il avait entrevu la possibilité d'être le maître. Soit ; mais en quoi cela exclurait-il le sen-* timent d'une grande tâche à remplir, d'une sérieuse et suprême responsabilité devant Dieu et deva'nt les hommes? Il ne s'est fait aucune grande œuvre dans l'Église qu'on ne pût aussi attribuer à l'ambition, au despotisme. Puis, avec ce qu'était alors Genève, les sentiments que l'on prête à Calvin l'auraient plutôt conduit à y renoncer pour jamais, et à se chercher ailleurs un peuple plus docile, un trône moins chancelant.

Ses regards étaient donc tournés vers elle, et, dès le 1" octobre 1538, moins de six mois après l'avoir quittée, il adresse une longue et touchante épltre à ses ce bien-aimés frères en Notre-Seigneur, qui sont les reliques de la dissipation de l'Église de Genève, » Cette Église n'existe plus, à ses

Page 1