‹ CalvinChapitre 86 sur 212 · LIVRE ÛËUXîéME · texte numérisé non relu

LIVRE ÛËUXîéME

Ainsi écrivait Calvin, et les fidèles de Genève purent voir « évidemment, » en effet, que les voies de leurs ennemis « tendaient à confusion. »

La désorganisation de TÉglise entraîna celle de l'instruction publique. On voulut* forcer les régents à faire office de pasteurs, et à distribuer la Cène selon le rite bernois. Amis de Calvin, — un d'eux était Mathurin Cordier, son ancien mattre, — ils refusèrent et furent bannis ; on ferma le collège. Les désordres publics allaient leur train. On avait cependant publié encore une fois des ordonnances très sévères, comme pour montrer qu'on saurait bien les faire sans Calvin ; mais la force morale était partie avec le réformateur, et les ordonnances restèrent encore une fois sur le papier. Quelques condamnations, de loin en loin, avaient lieu, mais insignifiantes, et ne servant,. en somme, qu'à aiguiser l'attrait du mal. Tout était relâchement, impuissance, anarchie.

Répudiant donc, en fait, toutes les conséquences de la Réformation, on s'acheminait à ré-

pudier la RéformatioD elle-même, et ce trayail intime était déjà assez avancé chez plusieurs, complet même chez quelques-uns, comme les événements allaient le montrer bientôt.

En mars 1 539, des citoyens montent à THôtelde-Ville pour demander d'être relevés du serment prêté à la confession de foi. Ceux-là, pourtant, leur pensée n'était pas de retourner au romanisme ; ils n'en voulaient qu'à la partie morale de l'engagement juré par eux, et, décidés à ne pas l'observer en ces points-là, ils ne voulaient plus se sentir liés. C'était de la franchise ; mais cette franchise nous permet de toucher au doigt l'état des choses. La confession de foi était une. En renier la morale, c'était, nécessairement, en renier plus ou moins le dogme..

* Vers la même époque, on commence à rendre toute liberté aux prêtres restés dans la ville, chose louable si c'eût été tolérance, mais, dans le cas présent, pure faiblesse ou pur abandon de l'Évan* gile. Les ministres réclament. On mande quelques prêtres qu'on sait avoir dit la messe ; on les renvoie avec quelques mots de remontrance, et ils sont libres de recommencer le lendemain. Rien de mieux, encore une fois, si c'eût été vrai libéralisme ; mais ce n'était qu'un honteux acheminement vers Rome, plus indulgente pour le vice,

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