LIVRE DEUXIÈME
ble de s'en tirer. Les pasteurs reculaient comme le reste. Non qu'ils ne \isscnt mieux ce qu'il y avait à répondre ; mais ils sentaient mieux aussi la nécessité de bien répondre, et aucun d'eux n'était un écrivain. Un seul nom était prononcé, d'abord tout bas, puis plus haut, et les plus grands ennemis de Calvin se surprenaient disant, ou du moins pensant, qu'on eût été, avec lui, 'bien moins embarrassé. Il apprit à Strasbourg ce qu'on pensait, ce qu'on disait, et la réponse au cardinal ne se fit pas attendre.
Calvin, dès le début, ébranle tout l'échafaudage. Il commencera bien par des compliments à Sadolet, mais à Sadolet homme de lettres, connu par sa « grâce merveilleuse en parler, » et tenu par les savants « en grosse admiration. » Il lui c( déplaît merveilleusement , » dira-t-il, d'avoir à « toucher et blesser cette bonne renommée et opinion ; » mais aussi ce serait « une lâcheté trop grande » que de se taire, et il ne se taira pas. Sadolet a usé c< de l'office d'un bon . orateur, » autrement dit d'un habile rhéteur ; il n'a eu pour les Genevois que de douces paroles, et il a tout rejeté sur ceux a par le moyen desquels ils se sont soustraits de la tyrannie. » — En voici un, de ces hommes, et il répondra pour tous.
C'est donc, d'abord, son apologie qu'il présente.
Rien de plus net que ces premières pages. Il défie Sadolet de prouver une seule de ses allégations; il le harcelle' sur chaque point, sur chaque phrase, jusque dans ses derniers retranchements. Sadolet l'a accusé d'ambition ; mais qu'est-ce que la Réforme lui a donné, lui donnera jamais, qui ne lui fût « tout appareillé » dans le royaiune du pape? Ne pouvait-il pas prétendre à tout, et n'était-il pas déjà en chemin de tout obtenir? Mais, même alors, il n'ambitionnait qu'une chose : vivre en paix et étudier. Ce sont les événements, c'est la Parole de Dieu, c'est Dieu qui l'a jeté dans la mêlée. De cette apologie générale, il passe à celle de sa conduite à Genève. Qu'a-t-il fait, dans cette ville, que ne doive approuver tout ami de Tordre et des mœurs, même catholique? Et s'il n'a rien fait que de bon, pourquoi refuser de reconnaître l'arbre à ses fruits ? Pourquoi considérer comme une peste cette Réformation dont lui, Calvin, faisait sortir le salut et la vie de Genève régénérée ?
Et ceci le conduit à la question principale. Il écarte, d'abord, ce que Sadolet a dit, et fort bien dit, sur ce qui n'était point en discussion, la vie éternelle*, par exemple; évidemment Sadolet n'a cherché là qu'à c< se rendre en plus grosse estime et recommandation, en faisant apparoître que toute sa pensée étoit de la vie bienheureuse. » Que n'est-