‹ CalvinChapitre 92 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

il au moins aussi long, aussi complet, quand il arrive aiux vraies difficultés? Il les a toutes éludées. Dans sa théorie de l'Église, il montre fort bien TÉglise conduite par l'esprit de Dieu ; mais il a soin de ne pas ajouter qu'elle est régie aussi par sa Parole, et, la Parole ôtée, l'Esprit de Dieu pourra toujours n'être qu'un mot dont on autorisera tout ce qu'on voudra. Calvin passe alors en revue tout ce qu'on a couvert de ce grand mot; chaque point lui prend peu de lignes, mais incisives, nerveuses, tombant comme des coups de marteau. On aimerait mieux qu'il s'adressât moins obstinément à Sadolet, et ne s'acharnât pas à diriger contre lui, personnellement, toutes ses argumentations, toutes ses figures, tous sesmots; on souffre un peu decette tension perpétuelle qui ne concède rien, n'adoucit rien. Mais on comprend aussi qu'un esprit de cette trempe ait dû être particulièrement irrité, agacé, par la flexible polémique du mielleux cardinal. Que l'homme fût menteur ou non, sa polémique était menteuse, et Calvin n'a eu que le tort de déverser trop continuellement sur Thomme le mépris et l'irritation que produisait en lui l'ouvrage.

Deux points l'arrêtent plus longtemps : l'un, c'est la justification par la foi ; l'autre, la Cène. Nous avons vu Sadolet, sur le premier, accorder le principe, et même avec empressement, Calvin de-

mande ce que l'Église en a fait, ce qu'il peut en rester parmi tant de choses qui vont toutes à le faire oublier, à le détruire. Sadolet n'avait pas manqué de faire sonner bien haut le prétendu anéantissement des œuvres, singulier reproche à Calvin chassé de Genève pour avoir été, en fait d' œuvres, plus exigeant que qui que ce fût. ce Si tu regardois, répond Calvin, le catéchisme et instruction que j'ai écrit à ceux de Genève, au premier mot tu te tairais. » Mais comme Calvin sait bien que l'objection sera souvent reproduite, il y consacre cinq ou six pages qui sont des mieux raisonnées de la lettre, et, ce qui nous les rend encore meilleures, presque sans personnalités. Quant à la Cène, il réfute peu, mais cherche surtout à établir que la présence spirituelle du Christ est, en fait, pour quiconque a véritablement de la foi et de la piété, plus impressive, plus réelle^ que celle qu'on désigne si mal à propos par ce dernier nom, comme si la réalité du Christ n'était pas celle de son esprit bien plus que celle de son corps.

Viennent enfin la confession, les saints, le ministère, la papauté, la tradition, les désordises de l'Église, et ce dernier point le conduit à une chaleureuse reproduction, en sens inverse, de la prosopopée de Sadolet. L'âme qu'il fait arriver devant Dieu est celle d'un de ces hommes que le cardinal

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