LIVRE DEUXIÈME
appellera la poésie au secours de sa. pensée, et* c'est ainsi que nous aurons son Hymne au Christ vainqueur.
Un curieux intérêt s'attache à ces quelques vers, les seuls que nous ayons de lui, et les seuls, probablement, qu'il ait faits. Il ne les publia même pas, et n'en donna que deux ou trois copies ; mais, quatre ans après,, il les trouva signalés dans un index des inquisiteurs de Toulouse, et c'est alors qu'il les publia.
Amis et ennemis, dans leurs jugements sur ce morceau, ont abusé, ce nous semble, de l'idée que Calvin n'était pas né poëte. Il est vrai que lui-même, en terminant, le reconnaît. « Ce que la nature m'a refusé^ dit-il, mon zèle pieux vient de le faire * . » Mais ce zèle pieux avait pourtant à son service une plume fort exercée, et Cicéron n'avait pas tellement fait négliger Virgile que le bon prosateur fût condamné à faire de mauvais vers. Aussi ne le sont-ils nullement, quoi qu'on ait dit. Si l'ensemble est un peu trop raisonné, les détails sont vivants, et l'idée première s'y reflète avec toute sa poésie ; si quelques vers sont prosaïques, d'autres sont fort élégants, même fort beaux. Voyez, entre autres, ceux où il peint les menaces
< Quod natura negat, sttuiii pvus effieit ardor.
dont Rome et le monde poursuivent les amis de la vérité ; voyez, ensuite, ceux où il revient à ridée que le chrétien peut toujours et partout chanter victoire, grâce à son union avec le Christ, toujours vainqueur * ; voyez encore ceux où il peint le Christ s'élançant, le glaive à la main, parmi la mêlée du siècle, et frappant de ce divin glaive, sa Parole, l'ennemi déjà terrassé par son regard. Nous ne saurions donc être fâchés que les loisirs de Worms nous aient valu cet unique essai poétique, et, en le lisant, nous nous sommes dit plus d'une fois que bon nombre de ceux qui en ont parlé ne l'ont point lu.
Calvin, dans ces divers voyages, n'eut pas occasion de voir Luther. On le regrette; on se demande avec curiosité ce qu'eût été une discussion entre eux, et ce que chacun d'eux eût été en face de l'autre. Qui eût gagné, qui eût perdu à la comparaison ? Peut-être n'auraient-ils gagné ni perdu ni l'un ni l'autre, car ils étaient trop divers pour que la comparaison fût même possible. Il est probable que Calvin eût été peu facilement désarçonné par la verve de Luther. La logique, sa bonne épée, lui
* Sed quia mors vita est, et crux Victoria Christi^ Nil dirœ impediunt gaudia nostra minx; nie sut similis manet éetemumque manehit, Vincere nonvinci quipatiendo solet^