‹ Calvin [microform];Chapitre 13 sur 33 · Édition de 1541, chap. i · texte numérisé non relu

Édition de 1541, chap. i

se connaître? C'est se rendre compte de son infirmité.

Tant que notre contemplation ne passe point la terre, étant très bien contents de notre propre justice, sagesse et vertu, nous nous flattons et applaudissons, et peu s'en faut que nous ne nous estimions demi-dieux; mais si nous dressons une fois notre cogitation (pensée) au Seigneur, et reconnaissons quelle est la perfection de sa justice, sapience et vertu, à la mesure de laquelle il nous faut régler, ce qui nous plaisait auparavant sous couleur de justice apparaîtra être souillé de très grande iniquité ; ce qui nous trompait merveilleusement sous ombre de sagesse se montrera être extrême folie ; ce qui avait apparence de vertu se déclarera être misérable faiblesse; tant s'en faut que même ce qu'il semble avis (ce que nous croyons) être très parfait en nous réponde à la pureté qui est en Dieu.

Quand l'homme, après avoir contemplé la majesté divine, abaisse ses regards sur lui-même, que trouve-t-il ? Uii pauvre être, en qui le Créateur avait fait tomber à l'origine une goutte de sa sagesse, mais qui s'est éloigné de lui, qui a « trébuché du droit chemin », et qui n'est plus enfin qu'un réceptacle de toutes les misères, tellement « dépouillé des ornements célestes », qu'il est confus de sa propre nudité. Cette antithèse entre le Dieu parfait et l'homme « vide et affamé » forme le fond invariable de la philosophie religieuse de Calvin. L'homme a soif de justice, tout en ayant le sentiment profond et angoissant de sa déchéance morale. Que Calvin lui refuse la liberté, le pouvoir de se déterminer par lui-même, cela va sans dire. Parfois il lui laisse la volonté, c'est-à-dire le simple pouvoir d'agir, car autrement sa culpabilité serait

l' a INSTITUTION CHRETIENNE ». fig

impossible à soutenir, et le châtiment ne serait plus qu une monstrueuse iniquité. Mais d'autres fois il faut encore que Dieu « émeuve ,, notre volonté • et « Il ne l'émeut pas comme on a longtemps imaginé et enseigné, tellement qu'il soit après en notre élection d obtempérera son mouvement ou résister mais il la meut avec telle efficace qu'il faut qu'elle suive i ,,. A ce compte, la pierre n'est pas plu» inerte que l'homme. r f -

Dieu est l'unique auteur de notre salut, et si nous y contribuons pour une part, cela n'est possible que par opération du Saint-Esprit, c'est-à-dire encore par 1 action de Dieu. L'appel de Dieu se fait entendre a nous dans la prédication, et surtout dans sa parole, c'est-à-dire dans les saintes Écritures. Mais Il faut que l'Esprit de Dieu lui-même nous ouvre 1 intelligence des Ecritures et nous donne la conviction de leur absolue vérité. Vouloir fonder l'autorité de la Bible sur des preuves extérieures, sur son ancienneté, sur des témoignages humains, ou même sur les miracles, c'est, selon Calvin, l'obscurcir par de vaines disputes. « Si nous voulons bien pourvoir aux consciences, si [de telle sorte) qu'elles ne soient point agitées en perpétuel doute, il nous faut prendre 1 autorité de l'Ecriture de plus haut que des raisons ou indices ou conjectures humaines, c'est à savoir que nous la fondions sur le témoignao-e intérieur du Saint-Esprits >> Et dans la dernière édition Il ajoute : « Il est nécessaire que le même Esprit qui a parlé par la bouche des prophètes entre en nos

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