‹ Calvin [microform];Chapitre 17 sur 33 · Evangile selon saint Jean, IIJ · texte numérisé non relu

Evangile selon saint Jean, IIJ

CALVIN

L « INSTITUTION CHRETIENNE »

Genève l'aient confirmé dans sa croyance; maïs, au fond, l'idée de la prédestination est bien conforme à l'ensemble de sa philosophie religieuse.

Tous les hommes ont péché et continuent de pécher, donc tous méritent la mort. Mais Dieu, par un effet de sa miséricorde, a voulu en sauver un certain nombre ; il les a séparés des autres ; ce sont ses élus. D'après quelle règle se fait l'élection? D'après le bon plaisir de Dieu. Appliquer à Dieu une règle, lui imposer une loi, ce serait reconnaître quelque chose au-dessus de lui; or Dieu est au-dessus de tout. L'élection est éternelle, car Dieu est en dehors du temps. Elle est irrésistible, car rien ne peut s'opposer à la volonté de Dieu. Enfin, elle s'exerce par la vocation. Or il y a deux espèces de vocations. « Il y a la vocation universelle, qui gît en la prédication extérieure de l'Evangile, par laquelle le Seigneur invite à soi tous hommes indifféremment, voire même ceux auxquels il la propose en odeur de mort et pour matière de plus griève condamnation. Il y en a une autre spéciale, de laquelle il ne fait quasi que les fidèles participants, quand par la lumière intérieure de son Esprit il fait que la doctrine soit enracinée en leurs cœurs*. » Ceux-ci constituent l'Église invisible, en laquelle seule s'accomplissent toutes les promesses de Dieu» Quant aux autres, c'est presque un piège que Dieu leur tend par une vocation illusoire.

Le dogme de la prédestination, comme toute croyance, ne se démontre ni ne se réfute. Calvin

1. Édition de 1541, chap. xiv; 1560, liv. III, chap. xxiv, § 8.

voulut cependant Tappuyer sur les données de l'Écriture. Il procéda, dans cette opération, selon l'ancienne méthode scolastique, faisant valoir les textes qui lui étaient favorables, négligeant les textes contraires, et ne se demandant pas si, d'une manière générale, son point de vue s'accordait avec les plus anciens témoignages qui nous sont restés de la prédication de Jésus. Il prévoyait les objections; elles sont nombreuses; il les énumère très loyalement, mais il n'y répond pas. N'y a-t-il pas contradiction entre le grand nombre des appelés et le petit nombre

'des élus? « Si quelques-uns demandent : Quel propos y a-t-il que Dieu appelle à soi ceux lesquels il sait qui n'y viendront point? que saint Augustin leur réponde pour moi : Veux-tu, dit-il, disputer avec moi de cette matière? Plutôt, émerveille-toi avec moi et t'écrie : O hautesse! » D'autres sont scandalisés du rôle qu'on fait jouer à Dieu dans un monde qui est son œuvre. « Ils demandent à quel propos Dieu se courrouce contre ses créatures, lesquelles ne l'ont provoqué par aucune offense; car de perdre et ruiner ceux que bon lui semble, c'est chose plus convenable à la cruauté d'un tyran qu'à la droiture d'un juge. » Il y a plus : Dieu punit le mal qu'il a ordonné lui-même. « Pourquoi, disent-ils,

-Dieu imputerait-il à vice aux hommes les choses desquelles il leur a imposé nécessité par sa prédestination? Car, que pourraient-ils faire? résisteraient-ils à ses décrets ? » Calvin se borne à trouver étrange que nous voulions « soumettre les œuvres de Dieu à cette condition que, quand nous n'en pouvons entendre la raison, nous les osions vitupérer »

CALVIN

Il le prend de haut avec ceux qui « intentent procès à Dieu », qui viennent « tancer et gergonner contre lui ». Et il se retranche invariablement derrière la volonté suprême, absolue et insondable de Dieu. Il ne faut pas dire que Dieu veut une chose parce qu'elle est juste, mais elle est juste parce qu'il la veut. Donc, « quand on demande : Pourquoi est-ce que Dieu a fait ainsi ? il faut répondre : Pource qu'il Ta voulu. Si on passe outre, en demandant : Pourquoi l'a-t-il voulu? c'est demander une chose plus grande et plus haute que la volonté de Dieu : ce qui ne se peut trouver* ». En d'autres termes, la prédestination est un mystère.

Après Calvin, le dogme tomba entre les mains des docteurs du xvii® siècle, puis s'atténua peu à peu et passa à l'arrière-plan de la prédication évangélique. On se demanda d'abord si le décret divin qui avait partagé l'humanité en deux troupeaux était antérieur ou postérieur à celui qui avait déterminé la chute d'Adam : supra lapsum ou infra lapsum. Il ne s'agissait pas, bien entendu, d'une succession dans le temps, puisque les deux décrets étaient éternels, mais d'une succession logique dans la conscience divine : c'était bien subtil. La première opinion était celle des supralapsaires, la seconde celle des infralapsaires. Les infralapsaires eurent gain de cause au synode de Dordrecht (1618-1619), sans que les supralapsaires se tinssent pour battus. Le même synode, confirmé par celui d'Alais (1630), condamna la doctrine des Arminiens, ou des disciples de

l' « INSTITUTION CHRETIENNE » .

Jacques Arminius, prédicateur à Amsterdam et plus tard professeur à l'université de Leyde. La plus o-rande hardiesse des Arminiens consistait à dire que la grâce est offerte à tous, mais que chacun est libre de l'accepter ou de la refuser. Il en résulta un schisme, qui s'atténua à mesure que l'hérésie devint l'opinion dominante. Le dogme de la prédestination apparut une dernière fois en 1819, dans un écrit de Schleiermacher, qui le combina ingénieusement avec ridée moderne de l'évolution. Le décret éternel, selon Schleiermacher, marque seulement le moment où chacun peut sentir l'effet de la grâce divine et entrer dans le groupe des élus ; mais comme chacun a l'éternité devant lui, ce moment peut venir pour chacun. Jésus lui-même n'est-il pas venu à l'heure propice où son action pouvait être efficace? Il en sera ainsi de tous ceux qu'il a rachetés du péché, et le royaume de Dieu finira par embrasser l'humanité entière ^

1. Ueber die Erwâhlungslehre {Theologische Zciischrift, 1819, ^vitm\QVCiïh\eT)SdmmtUcheWerk€^ Abtheilung h Band II).

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