Œuvres de Calvin, t. XIV, p
accusateur à son tour. Le 15 septembre, il adressa cette requête à la Seigneurie : « Mes très honorés Seigneurs, je vous supplie très humblement que vous plaise abréger ces grandes dilations [délais) ou me mettre hors de la criminalité. Vous voyez que Calvin est au bout de son rôle, ne sachant ce que doit dire, et pour son plaisir me veut ici faire pourrir en la prison. Les poux me mangent tout vif, mes chausses sont déchirées, et n'ai de quoi changer, ni pourpoint, ni chemise que une méchante. » Il demande aussi qu'on l'assiste d'un avocat, « attendu qu'il est étranger et qu'il ignore les coutumes du pays » ; enfin, que sa cause soit portée devant les Deux Cents. Le Conseil ordonne « qu'on lui fasse faire des chausses et vêtements à ses dépens », et rejette ses autres demandes. Dans une nouvelle requête, du 21 septembre, il veut qu'on applique à Calvin la loi du talion, et qu'on l'interroge sur une série de points, se rapportant à l'envoi des manuscrits de Servet à Lyon. Calvin n'a-t-il pas fourni des documents « afin que plus sûrement ledit Servet fût accusé et convaincu, comme le fait s'en suivit » ? Ne savait-il pas que « ce n'est point l'état d'un ministre de l'Évangile d'être accusateur criminel et de poursuivre judiciairement un homme à mort » ? Non seulement Calvin est faux accusateur, mais il « veut, par frivoles et calomnieuses raisons, opprimer la vérité de Jésus-Christ ; par quoi il doit non seulement être condamné, mais être exterminé [banni] et déchassé de la ville ». Servet ajoute : « Et son bien doit être adjugé à moi, en récompense du mien que lui m'a fait perdre. » Il va sans dire que le
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CALVIN
LE PROCES DE SERVET
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Conseil ne fit aucune réponse à ce cri d*angoîsse que la colère et le désespoir arrachaient au prisonnier.
Servet pouvait encore espérer que la consultation demandée aux Eglises suisses inclinerait l'esprit de ses juges à la clémence. Une consultation de ce genre, lors du procès de Bolsec, avait profité à l'accusé. Mais il ne s'agissait alors que du dogme de la prédestination, qui pour la plupart des Eglises n'était pas un article de foi. Servet, au contraire, en s'attaquant aux idées traditionnelles sur la divinité de Jésus-Christ, semblait ébranler les fondements mêmes de la chrétienté, et, en condamnant le baptême des enfants, il donnait la main aux anabaptistes, quoique dans toutes ses déclarations il eût repoussé toute solidarité avec eux. On comprend ainsi que les autorités civiles et ecclésiastiques des quatre cantons se soient accordées pour le flétrir et pour appeler sur lui la rigueur du tribunal de Genève. Les réponses ne contenaient aucune indication sur la nature de la peine, mais par leur contenu même elles approuvaient d'avance sinon une sentence capitale, du moins toute répression sévère. Les pasteurs zurichois disaient même que la Providence avait donné aux Seigneurs de Genève une occasion unique de laver l'Eglise protestante du reproche d'abriter dans son sein toutes les hérésies.
Le messager qui avait été chargé de recueillir les réponses des cantons rentra à Genève le 19 octobre. Le 26, les juges, « ayant Dieu et ses saintes Écritures devant leurs yeux, disant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », condamnèrent Michel Servet à être « brûlé tout vif avec son livre tant
écrit de sa main qu'imprimé * ». Cinq membres du Conseil, sur vingt-cinq, manquèrent à la séance où ce jugement fut rendu. Le même jour, Calvin écrivit à Farel : « Il a été condamné sans débat. Demain il sera conduit au supplice. Nous nous sommes efforcés de modifier la peine, mais inutilement. » Calvin, depuis la séance du 17 août, désirait la mort de Servet, naais il aurait voulu lui épargner l'horreur du bûcher. L'homme, en lui, n'était pas cruel, mais le théologien était impitoyable*.
La sentence fut exécutée le lendemain, vers deux heures de l'après-midi, sur le petit plateau de Champel, qui forme aujourd'hui un des faubourgs de la ville. Dans la matinée, Calvin, sur la demande de Servet, alla le voir dans sa prison. Servet « lui
1 . Trois exemplaires de la Restitution ont échappé au feu ; ils se trouvent l'un à la Bibliothèque nationale de Paris, l'autre à la Bibliothèque impériale de Vienne, le troisième (auquel manquent le titre et les seize premières pages) à la bibliothèque de l'université d'Edimbourg. Tollin,le consciencieux historien de Servet, suppose que le premier exemplaire a servi à Golladon, l'avocat de Nicolas de la Fontaine; les passages incriminés sont soulignés.
2. « J'estimais, je ne le dissimule pas, qu'il était de mon devoir de réprimer, autant qu'il était en moi, un homme d'une obstination sans exemple, afin d'éviter la contagion. Nous voyons avec quelle licence l'impiété exerce ses ravages, et comme l'erreur pullule d^ toutes parts ; et nous sommes témoins de l'apathie de ceux que Dieu a armés du glaive pour venger l'honneur de son nom. Quand les papistes poursuivent avec tant d'animosité ceux qui attaquent leurs superstitions, les magistrats chrétiens devraient rougir de leur mollesse, quand il s'agit do protéger la vérité. » (Lettre à Sulzer, du 9 septembre 1553.) — C'est d'une logique incontestable, et effrayante. Calvin ne réfléchissait pas que le seul bûcher de Servet justifiait, aux yeux des catholiques, tous les supplices infligés aux protestants de France.
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cria merci ». Calvin, de son côté, protesta « qu'il n'avait jamais vengé sur lui aucune injure particulière ». Il aurait dû s'en tenir là. Mais il crut devoir, avec un adversaire qui allait mourir, et sans doute pour sauver son âme, entamer une dernière controverse sur les trois personnes en Dieu. A la fin, dit-il, « voyant que je ne profitais rien par exhortations, je ne voulus point être plus sage que mon maître ne me permet : par quoi, suivant la règle de saint Paul, je me retirai d'un hérétique qui était condamné de soi-même, portant sa marque et flétrissure en son cœur * ». Il lui reproche encore de n'avoir pas pu ou voulu dire, devant la foule assemblée sur le lieu du supplice, pour quelle vérité il mourait : « Qui est-ce qui dira que ce soit là une mort de martyr? » Saint Augustin avait déjà dit : « Ce n'est pas la peine, c'est la vérité qui fait le martyre. » Et qui est-ce qui décidera de la vérité? est-ce le bourreau ou la victime? Aux yeux de l'humanité, ce qui distingue le martyr, quelle que soit la cause pour laquelle il se dévoue, c'est l'héroïsme d'une conviction qui va jusqu'au sacrifice de la vie. L'erreur a ses martyrs comme la vérité; l'une et l'autre ont aussi leurs persécuteurs.
Sur la question du martyre, les calvinistes euxmêmes se sont chargés de répondre à Calvin. Le l^'* novembre 1903, pour le trois cent cinquantième
1. Calvin force le sens du passage auquel il fait allusion. Saint Paul recommande à son disciple Tite (cliap. m) de s'éloii g-ner de l'hérétique, mais non de le livrer au bourreau. Le passage en question est le seul endroit de la Bible où figure le mot hérétique) l'authenticité de l'épître est fort contestée.
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anniversaire de la mort de Servet, la ville de Genève a inauguré, sur la place de Champel, un monument expiatoire avec cette inscription : A Michel Servet : Fils respectueux et reconnaissants de Calvin^ mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle, et fermement attachés à la liberté de conscience selon les vrais principes de la Réformation et de VÉvangile^ nous avons élevé ce monument expiatoire le 21 octobre 1903, Un des orateurs qui prirent la parole à cette occasion caractérisait le monument en ces termes : « C'est une Église qui proteste contre elle-même au nom de la religion ^ »
Cependant l'erreur de Calvin ne fut pas simplement celle de son siècle; elle lui est personnelle, elle reste attachée à son nom. Ce qui le prouve, ce sont les voix qui s'élevèrent de divers côtés, au lendemain de l'exécution, et surtout après la publication de l'écrit où Calvin crut devoir justifier sa conduite ^.
En général, les représentants officiels des Églises félicitèrent Calvin de ce qu'ils considéraient comme un acte de préservation pour la Réforme. « Je m'étonne, écrivit Mélanchton à Bullinger, qu'il se soit trouvé des personnes qui désapprouvent la sévérité déployée si justement en cette circonstance. )? Il s'en trouva cependant, et en assez grand
1. Discours de E. Doumergue (Monument expiatoire du supplice de Michel Servet, Genève, 1903).
2. Defensio orthodoxœ fidei de sacra Trinitate contra prodigiosos er rares Michaelis Serveti Hispani, uhi ostenditur hsereticos jure gladii coercendos esse,... Genève, 1554. — L'ouvrage fut traduit la même année en français : Déclaration pour maintenir la Ivraie foi, etc.
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nombre. Un des meilleurs amis de Calvin, le chancelier Nicolas Zurkinden, de Berne, après l'avoir remercié de l'envoi de sa Déclaration, disait : « Après cela, je vous avouerai librement que je suis, moi aussi, de ceux qui, par ignorance ou par timidité, voudraient restreindre le plus possible l'usage du glaive pour la répression des adversaires de la foi, même de ceux dont l'erreur est volontaire. » A la rigueur des juges de Genève il oppose la sagesse du sénat de Bâle, « qui n'a pas voulu prononcer une seule peine capitale pour cause de religion : on s'est borné à enfermer les délinquants, sans dureté, dans un lieu où les ministres et les gens de bien allaient les voir et tâchaient de les ramener avec humanité ». Il cite ensuite, entre autres exemples, celui de deux anabaptistes d'Augsbourg qui, après avoir accueilli par des injures les ministres qui venaient les instruire, « se sont si bien corrigés que l'un est devenu diacre dans une église et Tautre un des meilleurs citoyens de la ville ». Et il ajoute : « Moi-même, après une sentence capitale contre des anabaptistes, j'ai entendu l'un des juges dire, en revenant du lieu du supplice : « Ce malheureux a tendu sa tête au bourreau avec « plus de sérénité que je n'en aurai peut-être sur mon « lit de mort, moi qui l'ai condamné. » La lettre se termine par ces mots : « J'aurais voulu que la première • partie de votre livre, au sujet du droit du glaive que les magistrats réclament pour la répression des hérétiques, parût non pas sous votre nom, mais au nom du Conseil, qui pouvait bien défendre lui-même ce qu'il avait fait. Je ne vois pas que vous puissiez
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vous faire bien venir auprès des hommes de sens rassis, en entreprenant le premier de défendre ex professa cette thèse odieuse à presque tous, autant que je puis le reconnaître par les jugements que j'ai déjà pu recueillir ^ »
On voit, par la lettre de Zurkinden, qu'un esprit plus libre soufflait à Bâle. Des ministres bâlois, qui n'avaient pas été appelés à la consultation demandée par le Conseil de Genève, se déclaraient plus ou moins ouvertement contre la répression des « crimes d'hérésie ». C'est aussi de Bâle que partit, au mois de mars 1554, le petit Traité des hérétiques, à savoir s'il faut les persécuter, le plus ancien pamphlet et l'un des plus éloquents contre l'intolérance. Le titre portait comme lieu d'origine la ville de Magdebourg; mais Théodore de Bèze devina bien vite que ce Magdebourg était situé sur le Rhin. La préface était signée du pseudonyme de Martin Bellius. Les auteurs étaient un groupe de réfugiés français et italiens; le principal était Sébastien Castellion, autrefois directeur du collège de Genève, alors maître à la faculté des Arts de l'université de Bâle. Bellius, en bon dialecticien, part d'une définition. Qu'est-ce qu'un hérétique ? Il y en a de deux sortes, dit-il ; ceux dont la vie est contraire aux préceptes de l'Evangile, et ceux qui s'écartent de la croyance commune sur quelque point de doctrine, en d'autres termes, les hérétiques de moeurs et les hérétiques d'opinion. Les premiers sont les seuls que connût
1. Œuvres de Calvin, t. XV, p. 19. — Voir Jules Bonnet, Derniers récits du xvi* siècle : Un magistrat bernois du XVI* */èc/e; Paris, 1870.
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l'Eglise primitive; ce sont les seuls aussi qui puissent mériter un châtiment, et parmi eux il faudrait ranger les persécuteurs eux-mêmes. Quant aux dissentiments de doctrine, que prouvent-ils, sinon notre ignorance ? Car si les points contestés étaient clairs, comme il est clair qu'il y a un Dieu, on n'en disputerait pas. Quel est le devoir des vrais chrétiens, et quelle est la vraie manière d'avancer le règne de Dieu? C'est que chacun individuellement conforme sa vie à la règle de l'Évangile, et que tous se supportent les uns les autres. L'auteur termine par une apostrophe au Christ, qu'il prend à témoin des cruautés qui se commettent en son nom : « 0 Christ, commandes-tu et approuves-tu ces choses? Ceux qui font ces sacrifices sont-ils tes vicaires à cet écorchement et démembrement? Te trouves-tu, quand on t'y appelle, à cette cruelle boucherie, et mangestu chair humaine? Si toi. Christ, fais ces choses, ou commandes être faites, qu'as-tu réservé à Satan qu'il puisse faire * ? »
Ce pamphlet produisit dans les Églises suisses une émotion d'autant plus profonde, qu'il n'était pas l'œuvre d'un homme, mais la voix de tout un parti, le parti de la fraternité chrétienne, opposé à celui du dogmatisme autoritaire. Théodore de Bèze, tout en n'y voyant que du fatras [farrago\ écrivit, pour y répondre, son Traité de V autorité du magistrat en la punition des hérétiques^, où il soutient que le glaive
1. Voir Ferd. Buisson, Sebastien Castellion, 2 vol., Paris, 1892; chap. xi.
2. De hxreticis a cwili magistratit puniendis, Genève, 1554. — Traduit cinq ans après en français par Gonadon.
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de l'autorité civile doit être suspendu non seulement sur les hérétiques, mais encore sur ceux qui demandent l'impunité pour l'hérésie. Dans sa discussion, il ne fait que reproduire avec moins de vigueur les arguments que Calvin avait déjà fait valoir dans sa Déclaration. Sa brochure n'augmenta ni ne diminua le nombre des bellianistes, comme on les appelait, ou des partisans de la tolérance, et les deux opinions restèrent en présence, sans conciliation possible. Pendant que Bèze réfutait Castellion, celui-ci s'attaquait directement à Calvin dans un nouvel écrit d'une forme originale et piquante. C'était un dialogue entre Calvin et un contradicteur imaginaire, qui prenait le nom de Vaticanus, comme pour indiquer que ses objections pourraient aussi bien être mises dans la bouche d'un catholique que dans celle d'un protestant, comme pour unir les deux Éo-lises rivales dans un sentiment de réprobation commune. La question est nettement circonscrite dans la préface : « Ce n'est pas la doctrine de Servet que je défends, c'est celle de Calvin que j'attaque. Je laisserai complètement de côté le débat sur la Trinité, le baptême et autres questions plus ardues : je n'ai pas les livres de Servet pour savoir au juste ce qu'il soutenait, et quand son adversaire, après avoir fait brûler les livres avec l'auteur, a l'audace de nous y renvoyer en citant les pages, c'est comme si, après avoir réduit une maison en cendres, l'incendiaire nous enjoignait d'y aller chercher les meubles. » Vient ensuite une discussion très serrée, âpre et pressante, où chaque proposition extraite de la Déclaration de Calvin est aussitôt suivie d'une
BOSSERT. — Calvin.
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contre-proposition qui l'annule. L'impression du pamphlet fut interdite par le sénat de Baie; il ne fut publié qu'au siècle suivant avec d'autres œuvres de Castellion, par les Arminiens de la Hollande*. Le sénat pensait sans doute que, de quelque côté que fût la vérité, il était temps d'arrêter la querelle entre Bâlois et Genevois, et qu'il était de l'intérêt de toutes les Eglises suisses de ne pas affaiblir l'autorité de Calvin.
On a dit que si le bûcher de Champel avait été allumé par des mains catholiques, on n'en aurait pas tant parlé : il n'y aurait eu qu'une victime de plus, à ajouter à tant d'autres! Cela est vrai. La faute de Calvin en est-elle diminuée? Non, cela prouve seulement que la condamnation de Servet n'était pas dans la logique du protestantisme. Le protestantisme, qui déclarait ne reconnaître d'autre autorité en matière de foi que la Bible, qui faisait même de ce principe sa loi et sa justification suprême, sortait de son programme en étouffant la voix d'un homme qui, lui aussi, ne s'autorisait que de la Bible, et qui l'interprétait en toute loyauté.
D'ailleurs, ce qui montre la vanité de certaines formules pour lesquelles une époque se passionne, c'est le peu qui en reste quand elles ont subi l'épreuve du temps. Aujourd'hui, dans les Églises issues de la Réforme, on prie et l'on baptise régulièrement au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit; mais ni le pasteur qui prononce ces paroles,
1. Contra libellum Calvini in quo ostendere conatur hœreticosjure gladii coerccndos esse, 1612. En hollandais Tannée suivante. •>-
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ni les fidèles qui les entendent ne se demandent s Ils invoquent ainsi trois personnes réelles et distinctes, ni comment l'une est engendrée de l'autre Le pasteur le plus orthodoxe de nos jours, si on 1 interrogeait à fond sur le dogme de la Trinité aurait risqué d'être taxé d'hérésie devant le tri' bunal de Genève. Guizot, qui dans les dernières années de sa vie s'était érigé en chef de l'orthodoxie protestante, présente l'incarnation de Jésus-Christ comme un symbole de l'action de Dieu sur l'huma nité. « Qu'est-ce que l'homme, sinon une incarnation incomplète et imparfaite de Dieu? C'est l'instinct naturel et universel de l'homme de se représenter sous la forme de l'incarnation de Dieu dans l'homme' 1 action de Dieu sur le genre humain K » Servet qui pensait que Dieu est en tout et soutient tout aurait pu signer ces paroles, mais les anciens magistrats de Genève auraient condamné l'auteur au bûcher 2.
IsÎgiT^^-So'' '" ^'""'" ^' ^' ''^'-"''^ chrétienne, Paris,
2. Un pasteur de Magdebourg, Henri Tollin a consnrr^ c vie à la réhabilitation de Servet; on trouvera^!, liste /e 3 : publications dans la brochure : Michel Servet portralf 7n ^... par Henri Toljin, traduit de l'allemand pt CS;!" Dardier, Pans, 1879 ^'^i^ciai-
LE TRIOMPHE DE LA THÉOCRATIE
Calvinistes et Perrinistes s'étaient unis un instant' contre Servet, qui paraissait l'ennemi commun, ou plutôt les Perrinistes n'avaient pas osé se séparer des Calvinistes dans une cause qui touchait à la législation religieuse de la cité. Mais à peine le jugement fut-il prononcé, que la lutte recommença, plus ou moins ouverte. Au cours même des débats, Philibert Berthelier, le fils de celui qui avait laissé sa vie pour la liberté, avait été exclu de la Cène, et l'interdiction prononcée par le Consistoire pesa sur lui pendant des années, sans que le Conseil voulût se prononcer pour ou contre lui. Le Conseil, tout en maintenant son droit, hésitait à heurter de front le réformateur, qui, lui, était « décidé à ne pas reculer d'une semelle * ». Par moments, on se réconciliait, on dînait même ensemble, mais chacun gardait ses positions.