‹ Calvin [microform];Chapitre 3 sur 33 · J II · texte numérisé non relu

J II

sfT- -mt-'n*

LES ETUDES CLASSIQUES

L'université de Paris, au moment où le jeune Calvin y commença ses études, conservait ses vieux cadres, tels que les lui avait tracés le moyen âge. Elle comprenait d'abord les trois grandes facultés, la très sacrée [sacratissima] faculté de théologie la très avisée [consultissima] faculté de droit, et la très salubre [saluberrima] faculté de médecine, toutes trois d'égale dignité, mais non d'égale importance. Bologne rivalisait avec Paris pour le droit, Montpellier pour la médecine. Mais la faculté de théologie attirait les étudiants de tous les pays. Elle eut pour doyen ou syndic, au commencement du xvi^ siècle, Noël Bédier ou Natalis Beda, l'adversaire d'Érasme et de Le Fèvre d'Étaples, « le plus grand clabaudeur, selon Bayle, et l'esprit le plus mutin et le plus factieux de son temps ». La faculté de théoloo-ie, installée au collège de Sorbonne. était la dernière citadelle de la scolastique. Gomme autrefois elle avait tenu tête à l'Eglise, maintenant elle se raidis-

LES ÉTUDES CLASSIQUES,

sait contre le flot montant de la Renaissance et de la Réforme.

Après les trois facultés dites supérieures venaient les quatre nations dont se composait la faculté des Arts, celles de France, d'Allemagne, de Normandie et de Picardie; et ainsi se complétaient les sept ordres de l'université, qui avait sa représentation dans le sénat et son chef suprême dans le recteur. Chaque nation avait son procureur, qui la convoquait en assemblée générale, et qui assistait au conseil de l'université. La faculté des Arts enseignait les sept arts libéraux, depuis la grammaire jusqu'à l'astronomie; elle préparait ses élèves pour les études supérieures de théologie, de droit et de médecine. Autour des facultés, dans le quartier Saint- Victor et sur la montagne Sainte-Geneviève, se groupaient les nombreux collèges, autrefois de simples asiles ouverts au.v étudiants pauvres, mais bientôt des heux d'étude où les maîtres venaient enseigner. Enfin, auprès des collèges, ou dans les collèges mêmes, se formaient des pédagogies, c'est-à-dire des groupes d'élèves dont un précepteur dirigeait le travail; et c'est sans doute d'une de ces pédagogies que Théodore de Bèze veut parler, quand il^dit que Calvin « demeura en chambre sous un précepteur espagnol ». Les étudiants qui travaillaient ainsi en chambre particulière s'appelaient les caméristes. Les autres étaient les boursiers et les pensionnaires, ensuite les martinets, c'est-à-dire les externes libres' libres comme des oiseaux voyageurs, sans parler des galoches, vieux étudiants, ainsi nommés des précautions qu'ils prenaient contre les boues du

BossEBT. — Calvin. o

SttS

CALVIN

vieux Paris, et paraissant plus soucieux de préserver leur corps que d'orner leur esprit. C'est de ces derniers surtout que Rabelais nous a fourni le type dans Panurge, « pipeur, beuveur, batteur de pavés, coureur de nuit^ au demeurant le meilleur fils du monde ». Quant aux maîtres, qui « pour être plus savants n'en sont pas moins ineptes », Montaigne les dépeint en beaucoup d'endroits des Essais ^

Calvin entra comme martinet au collège de la Marche, où il eut la rare fortune de rencontrer d'abord un excellent maître, Mathurin Cordier. Il disait plus tard, en lui dédiant son Commentaire de la première Epître aux Thessaloniciens : « Lorsque, enfant, ayant à peine goûté aux rudiments de la langue latine, je fus envoyé par mon père à Paris, tu me fus donné par Dieu comme précepteur pour très peu de temps, mais assez pour m'enseigner la vraie méthode d'apprendre et me permettre de mieux profiter ensuite. Par la préparation que tu m'as donnée, j'ai été aidé de telle sorte que je te rapporte à juste titre tous les progrès que j'ai pu faire dans la suite. Et j'ai voulu en rendre témoignage devant la postérité : si elle retire quelque utilité de mes écrits, qu'elle sache que c'est en partie à toi qu'elle le doit^. » Cordier venait d'enseigner avec succès la rhétorique dans la première classe; mais, voyant les élèves « uniquement formés pour la montre et gonflés de vent » (ne dirait-on pas Montaigne qui parle?), il était volontairement descendu

1. Voir Alfred Franklin, la Vie privée d*autrefois : Écoles et Collèges-, Paris, 1892.

Page 1