Œuvres, éd. de Strasbourg, t. XIII, p
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dans la classe de début, la quatrième, afin d' « assurer les fondements » et de donner dès l'abord une bonne direction à l'ensemble.
La pédagogie de Cordier se ramenait à quelques principes qui nous paraissent aujourd'hui évidents, mais qu'il y avait alors du mérite à proclamer. Il voulait que les élèves fussent groupés d'après leur âge, que l'enseignement fût gradué dans toute la série des études, enfin que les plus grands soins fussent donnés aux éléments, dont dépendait, selon lui, le succès de tout le reste. Il était l'ennemi des mesures de rigueur. « Ces flagellations quotidiennes détournent tellement les jeunes gens honnêtes de l'étude des lettres, qu'ils haïssent les écoles plus que la morsure d'un chien ou d'un serpent, et qu'ils croient vivre dans une galère ou dans une prison, tandis que les anciens, dans leur sagesse, se servaient de préférence du mot jeu pour désigner le lieu où l'on enseigne. Il ne faut pas traîner les élèves, mais les amener, et les amener de telle façon que non seulement ils aiment la langue latine, mais qu'ils s'en délectent. » Ces mots sont empruntés à la préface du premier livre que publia Cordier, pour corriger le latin bj^rbare qui se parlait dans les écoles K Car la bonne latinité était, pour lui, une source de sagesse à laquelle on ne pouvait puiser trop tôt. Il ne séparait pas les belles-lettres des bonnes mœurs. « Veux-tu instruire facilement, dit-il au précepteur, commence par les mœurs. Débute par Dieu et les choses célestes. Enseigne aux enfants à aimer
1. De corrupti sermonis emendaiione et latine Loquendi ratione liber] Paris, 1530.
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le Christ. Qu'ils ne soient pas livrés à eux-mêmes, mais soutenus par le secours divin. » Il enseigna plus tard au collège de Navarre, puis à Nevers et à Bordeaux. Il inclina au protestantisme et devint suspect. Calvin l'appela à Genève, d'où il passa à Neuchâtel et à Lausanne, pour revenir finir ses jours auprès de son ancien élève. Il avait quatre-vingtcinq ans lorsqu'il publia son dernier livre scolaire, qu'il tenait depuis longtemps en manuscrit : les Colloques, qui passèrent ensuite d'école en école, initiant partout les enfants à la bonne latinité. II mourut six mois après, le 28 septembre 1564.
Le jeune Calvin aurait voulu profiter plus longtemps des leçons et des exemples d'un si bon maître; mais « un homme inepte, dont la volonté ou plutôt le caprice dirigeait ses études », le fit avancer prématurément d'une classe. En même temps on le mit au collège de Montaigu, dont l'organisation était plus complète. Il paraît que ce collège se distinguait entre tous par la surcharge du travail, un abus précoce de scolastique, la rigueur de la discipline, et surtout la saleté. Rabelais appelle quelque part « éperviers de Montaigu » ce qui tombe des cheveux de Gargantua quand il se peigne. Le principal était alors ce même Noël Béda qui fut plus tard syndic de la faculté de théologie. Il s'adjoignit comme sous-directeur un certain Pierre Tempête a grand fouetteur d'écoliers », et à eux deux ils firent du collège « une vraie geôle de jeunesse captive ». Le travail et les exercices religieux, qui duraient de cinq heures du matin à huit heures du soir, n'étaient coupés que par deux heures de récréa-
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tion et une heure et demie donnée aux repas. Une heure avant le dîner et avant le souper était consacrée à l'argumentation et à la discussion. Mais un bon élève profite même d une mauvaise méthode. Calvin apprit à discuter, ce qui fut plus tard une de ses forces. « Il était dès lors, dit Théodore de Bèze, d'un singulier esprit, et profita si bien qu'en peu d'années il fut avancé à l'étude de philosophie. Quant à ses mœurs, il était surtout fort consciencieux, ennemi des vices et fort adonné au service de Dieu. »
Ainsi, chez le jeune élève de Montaigu, l'éducation morale et religieuse allait de pair avec l'instruction, le tout sous l'inspiration et en partie sous la direction immédiate de Mathurin Cordier. Si l'on considère le souvenir touchant qu'il a gardé de ce premier maître, on ne peut s'empêcher de penser que la pure latinité ne fut pas la seule chose qu'il apprit de lui. L'enseignement de Cordier fut, à tous les points de vue et surtout au point de vue moral, une des influences déterminantes dans la jeunesse de Calvin ; mais il faut y ajouter dès maintenant celle de Le Fèvre d'Étaples et celle d'Olivétan. .
On a appelé Le Fèvre le père du protestantisme français. C'est un titre trop ambitieux, qui ne convient ni à son caractère ni à la tournure de son esprit, et que lui-même aurait repoussé. Il n'avait rien d'un fondateur, et sous ce rapport il forme le plus parfait contraste avec Calvin, surtout avec le Calvin des dernières années. Il fut tout au plus un précurseur. C'était un tout petit homme [homunculus, comme disaient les contemporains), doux, méditatif, légèrement mystique. Son mérite fut de poser.
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volontairement ou involontairement, avec l'ingénuité du savant consciencieux et retiré, certaines questions qui allaient bientôt être discutées à grand fra'cas. Il fut comme ces hérauts d'armes qui ouvrent la lice aux combattants, mais qui n'ont ni la force ni l'envie de manier eux-mêmes la lance. Picard comme Calvin, né à Étaples-sur-Mer vers 1455 ^ il voyagea longtemps en France, en Italie et en Allemagne, et enseigna ensuite au collège du cardinal Lemoine. Briçonnet, abbé de Saint-Germain-des- Prés, puis évêque de Meaux, qui fut son élève, l'appela auprès de lui et lui donna du loisir pour ses études bibliques. Le Fèvre publia en 1509 son Psautier quintuple [Quintuplex Psalterium), qui contenait sur quatre colonnes parallèles quatre versions anciennes des psaumes, et sur une cinquième une révision faite par lui. On pouvait voir dans cette publication une attaque indirecte contre l'autorité de la Vulgate. Mais à la même époque Farel, élève de Le Fèvre, disait de lui : « Jamais je n'avais vu chanteur de messe qui en plus grande révérence la chantât, combien que [quoique) par toutes les parts je les aie cherchés jusques au plus profond des chartreux et autres moines. Il faisait plus grandes révérences aux images qu'autre personnage que j'aie connu, et, demeurant longuement à genoux, il priait et disait ses heures devant elles. » Le Commentaire latin sur
1. L'année de sa naissance est fort incertaine. M. Doumergue le fait naître vers 1435 et mourir, plus que centenaire, en 1536; mais, dans ce cas, il n'aurait commencé à écrire que fort tard ; son premier ouvrage sur Aristote est de 1492 (Doumergue, la Jeunesse de Caluin, Lausanne, 1899; p. 78j.
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les épîtres de saint Paul, qui parut trois ans après le Psautier, est plus explicite. M. Doumergue appelle ce livre « le premier livre protestant ». Le Fèvre y présente l'Évangile comme la vraie source de la croyance et du salut. « Abandonnons les préceptes et les dogmes humains.... Attachons-nous au seul Christ et à la doctrine apostolique : elle suffit, et elle est seule essentielle pour le salut. » Ailleurs il touche au grand problème théologique des œuvres méritoires : « C'est presque une chose profane de parler du mérite des œuvres, surtout vis-à-vis de Dieu; car un mérite semble ne pas demander une grâce, mais exiger ce qui est dû.... Célébrons seulement la grâce de Dieu, qui est tout. On ne peut attribuer réellement du mérite qu'à Christ, qui a tout mérité pour nous; mais, quant à nous, confessons que nous n'avons aucun mérite devant Dieu, et espérons en sa grâce. »
La Sorbonne commençait à s'émouvoir. Elle se souleva, à la voix de Béda, quand Le Fèvre osa soutenir, dans une dissertation, que Marie-Madeleine, Marie sœur de Lazare, et la femme pécheresse qui répand des parfums sur les pieds du Sauveur, étaient réellement trois personnes différentes, et non une seule et même personne, comme le disait la liturgie. On se battit pour ou contre les trois Marie, à coups de brochures et de sermons ; les moines s'en mêlèrent. La Sorbonne décréta, en 1521, Vunité de Marie-Madeleine \ Le Fèvre fut cité comme hérétique devant le Parlement, et il fallut l'intervention de François V pour arrêter les poursuites.
Le Fèvre avait des soutiens à la cour, qui à ce
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moment inclinait à la tolérance et était même favorable aux idées nouvelles. La Réforme n'avait pas encore gagné le peuple ; elle était confinée daws les classes savantes ; elle apparaissait à bien des esprits comme un côté de l'humanisme, un complément naturel et nécessaire de la restauration des lettres anciennes. Dans la même année 1521, la Sorbonne, sur un rapport de Béda, avait censuré en termes outrageants tous les écrits de Luther, et Mélanchton avait lancé sa réplique Contre le furibond décret des théologastres parisiens, dont la vente fut interdite par le Parlement, mais qui n'en fut pas moins criée impunément dans les rues de Paris. Quelques mois après, Marguerite d'Angoulême écrivait à Briçonnet : « Le Roi et Madame ont bien délibéré de donner à connaître que la vérité de Dieu n'est point hérésie. » La lutte entre la cour et les humanistes d'un côté, la Sorbonne et le Parlement de l'autre, durait encore, quand le jeune Calvin arriva à Paris en 1523. Un des partisans déclarés de l'humanisme et de la Réforme était le premier médecin du roi, Guillaume Cop. Les quatre fils de Cop étaient les condisciples de Calvin à Montaigu; le troisième, Nicolas, plus tard recteur de l'université, était son ami particulier; le quatrième, Michel, devint pasteur à Genève. La maison Cop était une de celles que Calvin fréquentait le plus, et il est impossible que les exploits de son principal, les grands noms d'Érasme de Luther, de Le Fèvre, qu'il entendait répéter autour de lui, n'aient pas fait une impression puissante sur son esprit déjà singulièrement développé.
Le premier séjour de Calvin à Paris dura de 1523
à 1527. Or c'est précisément dans cet intervalle que se compléta peu à peu la Bible française de Le Fèvre. Le Nouveau Testament fut publié en quatre parties dans le courant de l'année 1523; l'Ancien ne fut terminé qu'en 1528. Le texte, surtout celui de l'Ancien Testament, était plus ou moins exactement rendu : Le Fèvre ne savait pas l'hébreu. Mais c'était la première fois que les Ecritures étaient translatées , dans la simple et stricte acception du mot, sans suppression, ni glose, ni commentaire. De plus, le mode de publication par parties successives et dans le format courant était favorable à la propagande. Ce n'était plus le grand in-folio, fait pour être étalé sur la table du savant, mais Tin-octavo commode et maniable, à l'usage de l'étudiant et même du bourgeois. La Sorbonne intervint, comme on devait s'y attendre, et cette fois plus efficacement, grâce à la réaction qui suivit la captivité du roi, en 1525. Elle déclara qu'il serait très pernicieux de laisser répandre parmi le peuple des versions complètes ou partielles de la Bible, et la commission instituée en 1525 pour juger ceux « qui étaient entachés de la doctrine luthérienne » condamna au feu « les livres de la sainte Bible translatés du latin en français ». Le Fèvre se réfugia à Strasbourg, pour ne pas comparaître devant le Parlement. Il fut rappelé après le retour du roi, qui le nomma bibliothécaire du château de Blois et lui confia l'éducation de son troisième fils, Charles d'Orléans. Il passa ses dernières années auprès de Marguerite, devenue reine de Navarre, à Nérac, où il mourut en 1536. D'après une tradition incertaine, il se serait reproché à son
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lit de mort de n'avoir pas professé publiquement la vérité dont il était intimement convaincu et pour laquelle d'autres souffraient le martyre. Il n'était fait que pour les luttes d'école. Au milieu de ses plus ardents démêlés avec la Sorbonne, il resta fidèle aux observances du culte catholique. C'était un humaniste en lettres sacrées, plutôt qu'un réformateur.
La Bible traduite était le grand levier de la Réforme. La Bible allemande est sortie du génie de Luther avec la soudaineté d'une création originale, et elle garde à tout jamais son empreinte. La Bible française a passé de Le Fèvre d'Étaples à Olivétan; d'Olivétan elle passera à Calvin et en d'autres mains encore, et, à travers tous ses remaniements, elle ne sera jamais un vrai monument de la langue.
Pierre Robert, ou Pierre d'Olivet, ou Olivetanus, est une des figures les moins connues et pourtant les plus attachantes de l'histoire de la Réforme. Aucune des lettres qu'il a écrites, aucune de celles qui lui étaient adressées, n'a été conservée. C'est à peine si l'on peut, à l'aide de quelques renseignements épars, fixer les principaux événements de sa carrière de savant et d'apôtre. Mais, à travers le voile qui couvre sa vie, on devine un caractère d'une grande noblesse, un mélange d'ingénuité, d'abnégation et d'héroïsme. Il était de Noyon, et avait probablement quelques années de plus que Calvin. Son père était procureur en cour d'Église, par conséquent collègue de Gérard Cauvin. Dés liens de parenté unissaient les deux familles. D'après l'unique témoignage de Théodore de Bèze, les deux jeunes gens se seraient trouvés ensemble à Paris, Olivétan déjà avancé dans
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la connaissance des Ecritures, et faisant « goûter à son cousin quelque chose de la pure religion ». Puis Olivétan précède Calvin à Orléans. En 1528, inquiété pour ses opinions religieuses, il se réfugie à Strasbourg, où il étudie le grec et l'hébreu sous la direction de Bucer et de Capiton. En 1531, on le trouve maître d'école à Neuchâtel. L'année suivante, il est précepteur à Genève. Là, raconte la chronique de Roset, il entendit un jour un moine prêcher dans un couvent et « crier fort contre les luthériens; il le reprit ouvertement, dont s'émut grand trouble; il fut tiré de -danger par quelques évangélistes, mais banni de la ville par la seigneurie ». Il se mit à évangéliser les Alpes vaudoises, toujours occupé de sa Bible, et accompagné de ses livres. « Ayant déjà longuement traîné ce joug tout seul, dit-il dans V Apologie du translateur, j'ai été contraint, entre ces montagnes et solitudes, d'user tant seulement des maîtres muets, c'est-à-dire des livres, vu que ceux de vive voix me défaillaient. » En 1536, il fut rappelé à Genève, peu de temps avant que Calvin y arrivât; il enseigna pendant deux ans au collège. Puis il fit un voyage en Italie, dont il ne revint pas. Il séjourna sans doute à Ferrare, auprès de la duchesse Renée de France; mais on ne sait au juste où il mourut.
Olivétan est à la fois plus savant et plus écrivain que Le Fèvre. Quand il parle en son propre nom, il a un style pittoresque, qui s'agrémente volontiers d'une pointe humoristique. Sa Bible terminée, il se demande sous quel patronage il la produira. Va-t-il suivre l'exemple de tant d'auteurs, que l'on voit « courir et trotter » pour offrir leur livre « l'un à son
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Mécénas libéralissime, l'autre à son patron colendissime, l'autre à son je ne sais quoi révérendissime » ? Lui, grâce à Dieu, « se passe bien de tel gibier ». Il n'a qu'à mettre sa Bible sur le giron de la « pauvre petite Eglise de Jésus-Christ ». Et aussitôt il l'évoque devant ses yeux.
Or avant donc, paoure petite Eglise, qui es encore en état de chambrière et servante, sous les furieuses trognes et magistrales menaces de tant de magistrats renfrognés et rébarbatifs : va décrotter tes haillons tout poudreux et terreux, d'avoir couru, viré et tracassé par le marché fangeux de vaines traditions.... N'est-il pas temps que tu entendes à ton époux Christ.^... Viens hardiment avec tous les plus braves et mignons de ta cour, tous faits exécration pour Christ, non pour leurs méfaits, desquels les titres sont ceux-ci : à savoir injuriés, blâmés, chassés, décriés, excommuniés, emprisonnés, tenaillés, rôtis.... Tous lesquels il n'a point à dédain, lui qui est tout au contraire des autres princes et rois, lesquels ne veulent personne à leur cour et service s'il n'est noble, bien accoutré,... mais il les veut tels comme luimôme a été en ce monde.
Ces lignes sont datées « des Alpes » le 12 février 1535; et l'auteur ajoute en post-scriptum : « Je t'eusse écrit plus amplement, mais tu vois ici le détroit où je suis de papier et d'autres choses. » L'impression se fit à Neuchâtel, sans que le missionnaire en course pût toujours revoir exactement les épreuves. La partie originale de l'ouvrage était l'Ancien Testament, fait sur le texte hébreu; ^e Nouveau Testament et les Apocryphes n'étaient guère qu'une révision de Le Fèvre. Calvin mit une préface latine devant l'Ancien Testament, une préface française devant le Nouveau. Celle-ci est la première page que Calvin ait publiée en français. La Bible
d'Olivétan fut ensuite remaniée d'édition en édition par les pasteurs de Genève.
Olivétan, Mathurin Cordier, Le Fèvre d'Étaples, Guillaume Cop et ses fils, représentent les influences sous lesquelles grandit et se forma le jeune Calvin. Ces hommes lui offraient, à des degrés divers, des exemples de cet humanisme théologique qui, partant des lettres profanes pour aboutir à l'Écriture sainte, devait conclure infailliblement à la Réforme. Parfois aussi, dans ce groupe encore hésitant, retentissait de loin la voix de Luther et de Mélanchton, que la Sorbonne avait eu l'imprudence de provoquer par une maladroite censure.
Les études classiques de Calvin se terminèrent à la fin de l'année 1527. Alors intervient un changement de carrière, plus apparent que réel. Son père décide qu'il étudiera le droit, « voyant que c'était un meilleur moyen pour parvenir aux biens et aux honneurs ». Le jeune Calvin obtempéra d'autant plus facilement à la volonté de son père, dit Théodore de Bèze, que l'enseignement de la théologie était alors (( tout corrompu dans les écoles ». Peut-être aussi pensait-il que cette nouvelle étude, d'un caractère tout pratique, et pour ainsi dire de tout repos, lui donnerait quelque répit pour méditer à son aise et asseoir définitivement ses opinions religieuses. Il se rendit donc à Orléans au commencement de l'année 1528.
Il ne faut sans doute pas prendre à la lettre ce que Calvin a dit plus tard, dans la Préface sur les Psaumes, de sa « conversion soudaine », qui aurait eu lieu un an après. Trop d'autres témoignages s y
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opposent, et lui-même atténue le sens de sa déclaration par ce qu'il dit dans la suite du même passage : « Ayant eu quelque goût de la vraie piété, je fus rempli d'une telle ardeur d'y profiter que, quoique je n'abandonnasse pas mes autres études, je les poursuivais plus froidement. » Il semble qu'une conversion soudaine aurait eu des résultats plus immédiats et plus décisifs. Il n'y a pas ici de trace d'un de ces déchirements intérieurs, d'un de ces bouleversements de conscience qui transforment brusquement l'être moral et qui poussent un homme aux résolutions suprêmes. Toute comparaison avec Luther serait ici hors de propos. Calvin n'a pas eu à rompre violemment ses liens avec le passé. Il n'a pas commencé, comme Luther, par la contrainte et l'abstinence du couvent; il n'a pas été terrifié, comme le réformateur allemand, à l'idée de s'élever, lui pauvre moine, avec les seules armes de sa foi inébranlable, contre une Église jusque-là révérée, * ayant derrière elle quinze siècles de tradition victorieuse. L'Église, pour le jeune Calvin, ce fut d'abord l'évêché de Noyon et le chapitre, en rivalité perpétuelle, sauf dans les moments où ils s'unissaient contre l'hérésie; ce fut ensuite la commission inquisitoriale de Paris, envoyant au bûcher les hommes et les livres. Il n'eut à lutter ni contre lui-même ni contre aucun pouvoir extérieur; il n'eut qu'à laisser croître et se fortifier sa foi protestante, dont les germes avaient été déposés en lui dès l'adolesconce, et qui s'épanouissait lentement au cours de ses études.
LE DROIT ET LA THEOLOGIE
Orléans et Bourges possédaient alors des facultés de droit plus importantes que celle de Paris. Celle de Bourges était la plus jeune; c'était une création de Louis XI, qui voulait montrer sa reconnaissance à la ville qui l'avait vu naître. L'université d'Orléans datait du commencement du xiv^ siècle; Erasme y avait enseigné le latin, Reuchlin l'hébreu. C'était, au dire de Rabelais, une université joyeuse, où les jeunes gens de la noblesse se donnaient rendez-vous. Pantagruel trouva là « force rustres d'écoliers, qui lui firent grand chère à sa venue, et en peu de temps apprit avec eux à jouer à la paume, si bien qu'il en était maître; et au regard de se rompre fort la tête à étudier, il ne le faisait mie, de peur que la vue lui diminuât* ». On pense bien que Calvin n'eut pas les mêmes égards pour sa vue. Au contraire, « il profita tellement en peu de temps, dit Théodore de Bèze,