‹ Calvin [microform];Chapitre 31 sur 33 · Œuvres, t. VIIÏ, p · texte numérisé non relu

Œuvres, t. VIIÏ, p

CALVIN HUMANISTE

•mieux inculquer, mais toujours, selon une de ses expressions favorites, « avec rondeur et naïveté ». Toute supcrfluité de mots, tout « babil » lui est contraire. « La langue est créée de Dieu pour exprimer la cogitation {pensée), à ce que nous puis- ' sions communiquer ensemble. Pourtant (cest pourquoi) c'est pervertir l'ordre de Dieu, de battre Tair d'un son confus, lequel ne soit entendu, ou circuir par ambages à l'entour du pot, pour faire rêver les auditeurs et pour les laisser en tel état*. » Dire que la langue de Calvin est claire, nette, précise, ce n'est pas assez; elle est frappante et expressive; elle abonde en tours originaux et en formes heureuses. On s'est trop contenté de répéter le mot de Bossuet, qui n'est qu'à moitié juste, sur la tristesse du style de Calvin, comme si ce mot résumait toute sa manière de penser et d'écrire. Calvin sait varier, animer et môme égayer son style; mais ce n'est jamais aux dépens de la pensée, qui garde toujours son allure franche et sincère. Il parle souvent par images, et ses images sont ordinairement empruntées à la vie commune, aux objets les plus familiers et qui se présentent d'eux-mêmes, pour ainsi dire, à l'esprit de ses auditeurs ou de ses lecteurs. II s'adresse à des croyants en partie novices, encore peu affermis ou peu éclairés dans leur foi : comment leur faire saisir certaines vérités abstraites, sinon par comparaison et sous une forme sensible? « Quel privilège n'avons-nous pas de nous retirer à Dieu et de nous remettre entre ses mains? soit que nous

1. Contre la secte des libertins : Œuvres, t. Vil, p. 169. cossERT. — Calvin. 14

CALVIN

veillions, soit que nous dormions, soit que nous soyons occupés au labeur, à la ville, ou aux champs, que Dieu soit toujours comme au guet pour nous? » Quel avantage n'avons-nous pas, à cet égard, sur les païens! « Les païens ont bien connu qu'il y avait quelque divinité souveraine, mais ils ont toujours voulu avoiw une garenne de petits dieux à leur porte. » Et qu'est-ce que Dieu nous demande, en retour de la protection dont il nous couvre et du salut qu'il nous offre? La foi, mais une foi qui ne soit pas seulement en paroles, qui soit ancrée en nos cœurs.

Car plusieurs auront la foi, mais ce ne sera qu'une montre et une belle parure : cependant il n'y aura point de racine vive et qui soit profonde. Car, si on a une belle brandie couverte de fleurs, que sera-ce ? Il ne faut qu'une bouff'ée de vent pour tout emporter. Mais quand un arbre est bien planté, la racine le retiendra au milieu des tempêtes. Et ainsi nous faut-ii être enracinés en notre Seig-neur Jésus-Christ*.

Quand Dieu nous aura enrichis des dons de sa grâce, nous ne regretterons pas les biens de ce monde.

Car il est plus facile à un homme à qui Dieu n'aura point donné si grande abondance, de cheminer simplement, qu'à ceux qui ont grand'vo^^ue. C'est comme si quelqu'un était en une petite nacelle et en une rivière petite : il est vrai qu'il pourra chanceler, il est vrai qu'il pourra heurter contre quelque arbre, contre un bord de la rivière, mais il n'est pas en tel danger comme celui qui est en quelque navire au milieu de la mer, là où les vagues et les tempêtes sont beaucoup plus impétueuses. Ainsi, dis-je, est-il des pauvres et des riches : car, étant en ce monde, il est vrai que nous nageons et pouvons être agités de tempêtes, nous pouvons heurter contre quelque chose et être toujours en danger; mais les pauvres sont comme en un petit ruisseau, et les riches sont

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