Liv. II, chap. v
CALVIN
opposent, et lui-même atténue le sens de sa déclaration par ce qu'il dit dans la suite du même passage : « Ayant eu quelque goût de la vraie piété, je fus rempli d'une telle ardeur d'y profiter que, quoique je n'abandonnasse pas mes autres études, je les poursuivais plus froidement. » Il semble qu'une conversion soudaine aurait eu des résultats plus immédiats et plus décisifs. Il n'y a pas ici de trace d'un de ces déchirements intérieurs, d'un de ces bouleversements de conscience qui transforment brusquement l'être moral et qui poussent un homme aux résolutions suprêmes. Toute comparaison avec Luther serait ici hors de propos. Calvin n'a pas eu à rompre violemment ses liens avec le passé. II n'a pas commencé, comme Luther, par la contrainte et l'abstinence du couvent; il n'a pas été terrifié, comme le réformateur allemand, à l'idée de s'élever, lui pauvre moine, avec les seules armes de sa foi inébranlable, contre une Église jusque-là révérée ayant derrière elle quinze siècles de tradition victorieuse. L'Eglise, pour le jeune Calvin, ce fut d'abord l'évêché de Noyon et le chapitre, en rivalité perpétuelle, sauf dans les moments où ils s'unissaient contre l'hérésie; ce fut ensuite la commission inquisitoriale de Paris, envoyant au bûcher les hommes et les livres. Il n'eut à lutter ni contre lui-même ni contre aucun pouvoir extérieur; il n'eut qu'à laisser croître et se fortifier sa foi protestante, dont les germes avaient été déposés en lui dès l'adolesconce, et qui s'épanouissait lentement au cours de ses études.
LE DROIT ET LA THEOLOGIE
Orléans et Bourges possédaient alors des facultés de droit plus importantes que celle de Paris. Celle de Bourges était la plus jeune; c'était une création de Louis XI, qui voulait montrer sa reconnaissance à la ville qui l'avait vu naître. L'université d'Orléans datait du commencement du xiv® siècle; Erasme y avait enseigné le latin, Reuchlin l'hébreu. C'était, au dire de Rabelais, une université joyeuse, où les jeunes gens de la noblesse se donnaient rendez- vous. Pantagruel trouva là « force rustres d'écoliers, qui lui firent grand chère à sa venue, et en peu de temps apprit avec eux à jouer à la paume, si bien qu'il en était maître; et au regard de se rompre fort la tête à étudier, il ne le faisait mie, de peur que la vue lui diminuât* ». On pense bien que Calvin n'eut pas les mêmes égards pour sa vue. Au contraire, « il profita tellement en peu de temps, dit Théodore de Bèze,