‹ Calvin [microform];Chapitre 8 sur 33 · L EPITRE A FRANÇOIS · texte numérisé non relu

L EPITRE A FRANÇOIS

er

La première, rédactîon de V Institution de la religlon chrétienne fut faite ou du moins terminée à Baie dans l'année 1535. Le plan de ce livre mûrissait depuis quelque temps dans l'esprit de Calvin. Peut-être, selon le témoignage d'un historien presque contemporain, en était-il déjà occupé à Angoulême. « Angoulême, dit Florimond de Raemond, fut la forge où ce nouveau Vulcain battit sur l'enclume les étranges opinions qu'il a depuis publiées*. »

Le séjour de Calvin à Bâle est un de ceux sur lesquels nous sommes le moins renseignés. Œcolampade, qui avait introduit la liturgie protestante et le chant des psaumes dans sa paroisse de Saint-Martin, était mort quatre ans auparavant. Érasme vieillissait, et il est fort douteux qu'il y ait eu des relations entre Calvin et lui; on n'en trouve du moins aucune men-

1. Histoire de la naissance^ progrès et décadence de V hérésie y Paris, 1605.

L (( INSTITUTION CHRETIENNE ))

tion. L'impression du livre fut achevée au mois de mars 1536. Si l'arrivée de Calvin à Bâle doit être placée, selon les calculs les plus probables, au commencement de 1535, il passa là une quinzaine de mois dans une retraite laborieuse, tout entier à son ouvrage, dont il prévoyait sans doute la portée. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il demeurait au faubourg Saint-Alban, chez une matrone distinguée [lectissima matrona), qui plus tard logea aussi Ramus, et qui ne se lassait pas de dire à celui-ci combien elle avait été émerveillée du génie austère de son hôte (sanctitate singularis ingenii miriftce capta),

La lettre à François I®^ qui sert de préface au livre, datée du dixième jour avant les calendes de septembre, c'est-à-dire du 23 août 1535, fut tout entière écrite à Bâle, et sous le coup des événements qui se passaient en France. « Et voici que, raconte Calvin dans la Préface sur les Psaumes^ voici que, demeurant inconnu à Bâle, comme les feux auxquels on condamnait en France beaucoup de personnes pieuses eurent donné beaucoup d'aversion aux Allemands, on sema, pour la diminuer, des libelles pleins de faussetés et de malices, portant qu'on n'en usait si sévèrement qu'envers des anabaptistes et des hommes turbulents, qui, par leurs rêveries maudites, renversaient non seulement la religion, mais tout l'ordre politique. » Ce n'étaient pas seulement des libellistes aux gages de l'Eglise qui répandaient ces faussetés; François I®'' lui même, qui avait besoin des princes protestants de l'Allemagne dans sa lutte contre Charles-Quint, s'efforçait de leur persuader que les bûchers qu'il allumait en France n'étaient

•^%lA«P<MH<Ml|| <

kk

CALVIN

L (( INSTITUTION CHRETIENNE >)

destinés qu'à des « restes d'anabaptistes, ennemis de l'ordre public, des fous furieux, excités par l'Esprit de mensonge » : tel était le sens d'un grand placard qu'il adressa aux États de l'Empire à la date du l*''" février 1535. C'est cette erreur volontaire du très chrétien roi de France que la lettre-préface devait dissiper.

La lettre est écrite en latin, aussi bien que le livre. François P'' l'a-t-il lue? était-il capable de la lire? Cela est douteux, et, au fond, cela importe peu. Elle allait, par-dessus la tête du roi, au monde lettré tout entier, et c'était là que Calvin en attendait reffet. Le latin était la langue universelle du xvi® siècle ; les savants la parlaient, et les souverains étaient censés la comprendre. François I", selon la fine remarque des derniers éditeurs de Calvin, aurait été blessé dans son amour-propre, si l'on avait pu supposer qu'il n'était pas assez lettré pour recevoir une dédicace en latin *.

Calvin, en publiant la première rédaction de son ouvrage en 1536, était allé, comme on dit, au plus pressé. C'était le moment, pensait-il, où il fallait élever la voix, le plus haut possible, et sans tarder. Mais il ne considérait cette première rédaction que comme une ébauche ; il la reprit en 1539, et donna une seconde édition de V Institution, « édition plus conforme au titre » ; et, sur cette seconde édition, il fit lui-même, en 1541, une traduction française. « Premièrement, disait la préface de 1541, j'ai mis le présent livre en latin, à ce qu'il pût servir à

Page 1