Œuvres, éd. de Strasbourg, t. III, Introduction
toutes gens d'étude, de quelque nation qu'ils fussent; puis après, désirant de communiquer ce qui en pouvait venir de fruit à notre nation française, l'ai aussi translaté en notre langue. Je n'ose pas en rendre trop grand témoignage et déclarer combien la lecture en pourra être profitable, de peur qu'il ne semble que je prise trop mon ouvrage : toutefois je puis bien promettre cela, que ce pourra être comme une clef et ouverture pour donner accès à tous enfants de Dieu à bien et droitement entendre l'Ecriture sainte. . . . Et puisqu'il nous faut reconnaître toute vérité et saine doctrine procéder de Dieu, j'oserai hardiment protester en simplicité ce que je pense de cet œuvre, le reconnaissant être de Dieu plus que mien, comme à la vérité la louange lui en doit être rendue. » Calvin ne cessa, dans la suite, de corriger et de compléter son ouvrage. L'édition française la plus complète est celle de 1560, faite sur l'édition latine de 1559, et « augmentée de tel accroissement, dit le titre, qu'on la peut presque estimer un livre nouveau ». C'est celle qui est entrée dans l'usage commun, et qui est encore considérée comme l'édition définitive de Y Institution, bien qu'elle ne soit pas entièrement de la main de l'auteur ^
1. Les éditeurs de Strasbourg, Baum, Gunitz et Reuss, ont relevé les fautes de traduction que contiennent les « accroissements ». (Voir l'Introduction du troisième volume des Œuvres de Calvin,) — L'édition de 1536 est divisée en six chapitres : I, De la Loi; II, De la Foi', IIÏ, De la Prière; IV, Des Sacrements (le Baptême et l'Eucharistie) ; V, Des faux Sacrements ; VI, De la Liberté chrétienne, — Le texte de 1541 a été réimprimé, sous la direction d'Abel Lefranc, par H. Châtelain et J. Pannier; Genève, 1909. —L'édition latine de 1539 et la traduction française de 1541 contiennent dix-
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A travers les accroissements que prend le livre, la doctrine reste la même. Seule, la forme de l'argumentation change, selon le dessein que l'auteur se propose chaque fois. A la fin, son but est surtout de « préparer et instruire ceux qui se voudront adonner à l'étude de théologie », et de leur donner a facile accès à l'Ecriture sainte ». Au début, il est le champion de l'Eglise nouvelle, méconnue dans son enseignement, calomniée jusque dans ses martyrs. Alors, il « s'étudie à brièveté », ramassant ses arguments pour leur donner plus de force, prévoyant les objections et les réfutant aussitôt, déployant toutes les ressources d'une dialectique vigoureuse, sinon pour convaincre, du moins pour démasquer ses adversaires. La dédicace à François I®"^, qui s'adressait autant au clergé de France qu'au roi, est un plaidoyer dont V Institution chrétienne est la pièce justificative.
Calvin déclare d'abord au Roi très chrétien que c*est une cause qu'il vient plaider devant lui, non pas la sienne propre, mais celle de ses frères, que l'on condamne sans les entendre. Il est vrai que les juges mettent leur conscience à l'aise en disant qu'ils n^envoient à la mort que ceux qui sont convaincus, soit par leur aveu, soit par un témoignage certain. Convaincus, et de quel crime ? De cette doctrine dam-
sept chapitres. — L'édition française de 1560 est partagée en quatre livres, formant un ensemble de quatre-vingts chapitres. Livre I*"", De Dieu créateur et souverain gouverneur du monde; II, De Dieu en tant qu'il s*est montré Rédempteur en Jésus-Christ; III, De la manière de participer à la grâce de Jésus-Christ; IV, Des moyens extérieurs dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ, — Les éditeurs de Strasbourg, prenant pour base VInstitution de 1560, donnent en note les variantes de la rédaction de 1541.
nable, dit-on. Damnable, à quel titre? Ils n'avaient point à la désavouer, mais à la soutenir comme vraie : c'était leur seule défense, mais on leur fermait la bouche. C'est donc au roi à les entendre.
C'est votre office, Sire, de ne détourner ni vos oreilles ni votre courage {cœur) d'une si juste défense, principalement quand il est question de si grande chose : c'est à savoir comment la gloire de Dieu sera maintenue sur terre, comment sa vérité retiendra son honneur et dignité, comment le règne de Christ demeurera en son entier. 0 matière digne de vos oreilles, digne de votre juridiction, digne de votre trône royal ! Car cette pensée fait un vrai roi, s'il se reconnaît être vrai ministre de Dieu au gouvernement de son royaume ; et au contraire, celui qui ne règne point à cette fin de servir à la gloire de Dieu, n'exerce pas règne, mais brigandage. Or celui est abusé, qui attend longue prospérité en un règne qui n'est point gouverné du sceptre de Dieu, c*est-à-dire sa sainte parole.
Ensuite Calvin entre au cœur du sujet. Que reproche-t-on à la doctrine qu'il défend ?
Premièrement, en ce qu'ils l'appellent nouvelle, nos adversaires font moût (très) grande injure à Dieu, duquel la sacrée parole ne méritait point d'être notée de nouvelleté. Certes je ne doute point que touchant d'eux elle ne leur soit nouvelle, vu que Christ même et son Evangile leur sont nouveaux. Mais celui qui sait que cette prédication de saint Paul est ancienne : c'est que Jésus-Christ est mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification : il ne trouvera rien de nouveau entre nous. Ce qu'elle a été longtemps cachée et inconnue, le crime en est à imputer à l'impiété des hommes. Maintenant, quand elle nous est rendue par la bonté de Dieu, pour le moins elle devrait être reçue en son autorité ancienne.
D'une même source d'ignorance provient ce qu'ils la reputent (croient) douteuse et incertaine. Vraiment, c'est ce que notre Seigneur se complaint par son prophète : Que le bœuf a connu son possesseur et l'âne l'étable de ses maîtres, et lui qu'il est méconnu de son peuple. Mais comment qu'ils se
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moquent de Tincertitude d'icelle, s'ils avaient à signer la leur de leur propre sang et aux dépens de leur vie, on pourrait voir combien ils la prisent. Notre fiance est bien autre, laquelle ne craint ni les terreurs de la mort ni le jugement de Dieu.
En ce qu'ils nous demandent miracles, ils sont déraisonnables. Car nous ne forgeons point quelque nouvel Évangile, mais nous retenons celui pour la vertu duquel confirmer servent tous les miracles que jamais et Jésus-Christ et ses apôtres ont faits....
« C'est injustement aussi qu'ils nous objectent les anciens Pères.... » A cela, dit Calvin, on pourrait se borner à répondre que les Pères étaient hommes et par conséquent faillibles, qu'ils se contredisent entre eux et qu'il leur arrive de se contredire euxmêmes. Mais les Pères ne parlaient-ils pas souvent comme pourrait parler un partisan de la Réforme ? Quelle moisson ne pourrait-on pas faire dans leurs écrits, si l'on voulait y relever tous les passages contraires à l'orthodoxie romaine !
C'était un Père qui disait que librement il osait manger chair en Carême, quand les autres s'en abstenaient.... Ceux étaient Pères, desquels l'un a dit qu'un moine qui ne laboure point de ses mains doit être réputé comme un brigand; l'autre, qu'il n'est pas licite aux moines de vivre du bien d'autrui, même quand ils seraient assidus en contemplations, en oraisons et à l'étude.... Celui était Père, qui a dit que c'était une horrible abomination de voir une image ou de Christ ou de quelque saint aux temples des chrétiens.... Un autre Père a conseillé qu'après avoir par sépulture exercé office d'humanité envers les morts, on les laissât reposer.... Celui était au nombre des Pères, qui a nié qu'au sacrement de la Cène sous le pain fût contenu le vrai corps de Christ.... C'était un Père qui a soutenu le mariage ne devoir être défendu aux ministres de l'Église, et a déclaré la compagnie de femme légitime être chasteté, et ceux qui se sont accordés
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à son autorité étaient Pères.... Celui qui a écrit qu'on doit écouter un seul Christ, duquel il est dit de par le Père céleste : Écoutez-le, et qu'il ne faut avoir égard à ce qu'auront fait ou dit les autres devant nous, mais seulement à ce qu'aura commandé Christ, qui est le premier de tous, celui-là, dis-je, était des plus anciens Pères.
Après cette argumentation serrée, qui s'adressait surtout aux gens d'Église, Calvin arrive au point délicat qui devait particulièrement toucher François V^ et les autorités civiles. On accuse la prédication nouvelle de jeter le trouble dans les esprits et d'être une cause de dissension. Mais c'est le propre de la vérité, toutes les fois qu'elle se réveille après avoir été assoupie pendant des siècles; et c'est ce qui la distingue du mensonge, qui s'insinue sournoisement et sans bruit, parce qu'il « vient à gré à tout le monde ». Jésus-Christ a été condamné comme séditieux. Les apôtres ont été accusés de provoquer des tumultes. Les apôtres devaient-ils dissimuler et se taire? Ils se sont souvenus que Christ est une pierre d'achoppement pour beaucoup : « de laquelle fiance étant armés, ils passaient hardiment et marchaient par tous les dangers.... Nous avons à nous conforter d'une même pensée ».
Une courte allusion aux mœurs des martyrs, « auxquelles la bouche même des envieux a été contrainte de donner témoignage », amène, comme péroraison, un dernier appel à la justice du roi :
Je retourne à vous, Sire.... Vous avez la venimeuse iniquité de nos calomniateurs exposée par assez de paroles, afin que vous n'incliniez pas trop l'oreille pour ajouter foi à leurs rap- BossERT. — Calvin. 4
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ports. Et même je doute que je n'uîe été trop long, vu que cette préface a quasi la grandeur d'une défense entière, comj bien que {quoique) par icelle je n'aie prétendu composer une défense, mais seulement adoucir votre cœur pour donner audience à notre cause. Lequel, combien qu'il soit à présent détourné et aliéné de nous, j'ajoute même enflambé, toutefois j'espère que nous pourrons regagner sa grâce, s'il vous plaît une fois hors d'indignation et courroux lire cette notre confession, laquelle nous voulons être pour défense envers votre Majesté. Mais si au contraire les détractions des malveillants empêchent tellement vos oreilles que les accusés n'aient aucun lieu de se défendre, d'autre part si ces impétueuses furies, sans que vous y mettiez ordre, exercent toujours cruauté par prisons, fouets, géhennes, brûlures, nous certes, comme brebis dévouées à la boucherie, serons jetés en toute extrémité : tellement néanmoins qu'en notre patience nous posséderons nos âmes et attendrons la main forte du Seigneur, laquelle sans doute se montrera en sa saison et apparaîtra armée, tant pour délivrer les pauvres de leur affliction que pour punir les contempteurs qui s'égayent si hardiment à cette heure.
Le Seigneur, Roi des rois, veuille établir votre trône en justice et votre siège en équité.
Telle est cette préface, un des morceaux les plus éloquents que Calvin ait écrits, où Ton ne sait ce qu'il faut admirer le plus, l'habileté dans la gradation des effets, ou la conviction profonde qui donne le mouvement à l'ensemble. Il est bien sûr que la parole de Calvin n'alla pas au cœur du roi, si elle arriva seulement à son oreille; mais du jour où il prit avec cette insistance et cette solennité la défense de ses coreligionnaires, il se posa en chef d'Eglise.
Une préface ne pouvait être un exposé de doctrine; cet exposé venait après. Mais l'Épître au Roi indique déjà très nettement quel sera désormais le
ton de l'enseignement et de la polémique de Calvin. 11 ne faudrait pas y voir un appel à la tolérance, dans le sens moderne du mot. L'idée de la tolérance n'était pas absolument étrangère au xvi® siècle, mais elle était absente de l'esprit de Calvin, comme de l'esprit de tous les réformateurs. Calvin n'admet pas, en matière religieuse, la diversité des opinions. Il est aussi dogmatique qu'on peut l'être : c'est le seul point sur lequel il s'entendrait avec Rome, s'il pouvait s'entendre avec elle. Ce qu'il réclame, ce n'est pas une place pour l'Église nouvelle, à côté de l'ancienne. C'est plutôt son Église à lui qui est l'ancienne, qui est la seule, instituée par Dieu et fondée sur sa parole. Elle dédaigne les pompes extérieures; le culte qu'elle offre à Dieu est d'autant plus pur qu'il est plus simple; elle peut même n'avoir aucune existence visible; mais « elle vivra tant que Christ régnera à la dextre de son Père : de la main duquel elle est soutenue, de la garde duquel elle est armée, de la vertu duquel elle est fortifiée ».
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l'idée de dieu
Les contemporains de Calvin parlent d'un geste qui lui était habituel. Souvent, au milieu d'une conversation, d'une main il enlevait son bonnet de drap noir, et de l'autre il montrait le ciel. Quelquefois il ajoutait : « Tout pour la gloire de Dieu. » Et même, quand la parole s'arrêtait sur ses lèvres, ses interlocuteurs le comprenaient. Tout pour la gloire de Dieu : ce mot contient toute la vie de Calvin, et V Institution de la religion chrétienne n'en est que le développement.
Calvin est un logicien incomparable; mais il a peu d'invention, ou du moins il n'a d'invention que dans les développements. Qu'une idée s'offre à lui, il voit d'abord tout ce qu'elle contient, il en découvre toutes les faces, il en tire toutes les conséquences ; mais il faut que l'idée lui vienne d'autre part. A quoi bon, aussi, inventer, quand la vérité entière a été donnée un jour à l'homme, pour qu'il
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s'applique éternellement à la comprendre et à s'en pénétrer? Cette vérité est dévoilée dans la Bible; elle s'y présente entourée de toutes ses preuves. Il va sans dire que Calvin, lorsqu'il invoque un texte biblique, n'a garde de le soumettre à un examen critique, et encore moins d'en contrôler l'authenticité. Pour nous, la Bible n'est pas un livre, mais une littérature, changeante et progressive comme toutes les littératures, où chaque œuvre a sa date et ne s'explique bien que par sa date. Pour lui, c'est un bloc de doctrines, où tout est de même âge et de même provenance. Il en use comme d'un répertoire qu'on ouvre à n'importe quelle page, comme d'un arsenal où l'on cherche indifféremment la pièce dont on a besoin. L'Ecriture, en toutes ses parties, « a même autorité envers les fidèles que pourrait avoir la voix ouïe de la propre bouche de Dieu * ».
Calvin est l'homme d'une seule idée et d'un seul livre. Le livre, c'est la Bible; l'idée, c'est la gloire de Dieu.
Dieu est glorifié dans la création, dans le gouvernement du monde physique et moral, enfin dans l'œuvre de la Rédemption et dans l'économie du salut : tel est le plan général de Vlnstilution chrétienne,
Calvin insiste d'abord sur l'universalité du sentiment religieux. « Il y a quelque dieu : cette conception est enracinée dans tous les esprits et fichée dans tous les cœurs. » Calvin fait même cette remarque, que ce sont les cultes les plus grossiers
1. Ghap. \*^. — Les citations qui suivent se rapportent, sauf indication contraire, à l'édition de 1541.
qui témoignent le plus hautement du besoin d'adoration qui est inhérent au cœur humain. L'homme n'a-t-il pas une tendance à s'élever au-dessus des autres créatures?
Puis donc qu'il aime mieux honorer le bois et la pierre que d'être en réputation de n'avoir point de dieu, il appert combien est véhémente cette impression de la majesté divine, laquelle tellement ne se peut effacer de Tesprit humain, qu'il est plus aisé de rompre son affection naturelle : comme certes elle est rompue, quand l'homme de sa hautesse et présomption s'abaisse volontairement sous les plus viles créatures de la terre, afin de porter révérence à Dieu.
Ceux-là mêmes qui s'efforcent de nier Dieu et qui Téloignent de leur esprit, le sentent involontairement dans leur cœur.
La majesté de Dieu se venge d'eux en épouvantant d'autant plus leurs consciences qu'ils s'efforcent de la fuir. Ils regardent bien toutes les cachettes qu'il est possible pour se retirer de la présence de Diçu, et tachent d'effacer la mémoire d'icelle de leur entendement; mais, bon gré mal gré, ils sont tenus enserrés. Et combien qu'il (quoiqu'il) semble aucunes fois qu'elle s'évanouisse pour petit de temps, néanmoins elle revient toujours et les presse de nouveau plus que par avant, tellement que s'ils ont quelque relâche de l'angoisse de leur conscience, elle ne diffère guère du dormir des ivrognes ou frénétiques, lesquels même en dormant ne reposent point en tranquillité, d'autant qu'ils sont inquiétés assiduellement (continuellement) de visions et songes épouvantables.
Pour le chrétien, savoir qu'il y a un Dieu, c'est savoir en même temps que Dieu est Tauteur de toutes choses; que toutes les créatures lui doivent Texistence, et par conséquent l'obéissance et la soumission; qu'il est la source de tout bien, qu'il faut donc s'attacher à lui, et, sans chercher à
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« l'amuser par de vaines cérémonies », tâcher de « lui complaire en sainteté et innocence de cœur ». La connaissance de Dieu devient ainsi le premier degré de la foi.
Dieu, par sa nature infinie, échappe à « notre petite capacité ». Il a voulu cependant que nous le connaissions, cette connaissance étant nécessaire à notre salut. Il s'est donc manifesté dans sa création; il a (( engravé » sa majesté dans ses œuvres, par lesquelles « il se rend prochain et familier à nous et se communique ». Le monde est un miroir dans lequel nous contemplons le Dieu invisible. Il n'est si petite portion du vaste univers dans laquelle ne reluise quelque étincelle de sa gloire. Les sciences humaines, la Physique, la Médecine, l'Astrologie, étudient ces merveilles : leur secours est utile, il n'est point nécessaire. L'homme « le plus rude », en jetant ses regards autour de lui, peut, derrière l'œuvre, découvrir l'ouvrier.
Car ce n'est point chose cachée ou obscure, quelle vertu c'est de soutenir cette grandeur infinie du ciel et de la terre par sa seule parole; de faire à son commandement maintenant trembler le ciel de tonnerres, brûler ce que bon lui semble de foudre, enflamber l'air d'éclairs, étonner le monde par diverses espèces de tempêtes; incontinent que bon lui semble, lui rendre sa sérénité toute paisible; soutenir tellement la mer pendue en l'air qu'elle ne puisse faire nuisance à la terre, combien que [quoique) par sa hauteur elle la menace de la détruire, et maintenant l'émouvoir horriblement par grande impétuosité des yents, incontinent apaiser ses vagues et la rendre tranquille. Même icelle puissance nous doit conduire à reputer (méditer) son éternité, vu qu'il faut que celui soit éternel et ait son commencement de soi-même, dont toutes choses prennent leur origine.
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La physique de Calvin est celle de la Bible. Sa philosophie est celle des apôtres. Dieu a créé le monde par sa puissance; il continue de le gouverner selon sa sagesse. Rien n'arrive sans sa volonté, même ce qui nous paraît en dehors du « cours de nature ». Calvin nous met en garde contre les « folles imaginations » des philosophes, même de Platon, « le plus sobre et le plus raisonnable de tous, et approchant le plus de religion ». Leur plus grande erreur est de croire que la fortune puisse avoir une part quelconque dans l'arrangement de notre destinée, ou que la justice de Dieu puisse jamais être en défaut dans la répartition des biens et des maux entre les hommes.
Et ce qu'il souffre les méchants et malfaiteurs pour quelque temps impunis, au contraire endure que les bons et innocents soient grevés de plusieurs adversités et même oppressés par l'iniquité des mauvais, en cela la règle perpétuelle de sa justice ne doit être obscurcie. Mais au contraire nous devons avoir une tout autre pensée : c'est que, quand manifestement son ire (sa colère) se déclare sus quelque péché, il faut reconnaître que tous péchés lui sont détestables ; et d'autant qu'il en laisse beaucoup impunis, il faut attendre un autre jugement, auquel la punition en est différée.
Ici pourtant une objection se présente. Comment le péché a-t-il pu entrer dans le monde ? Si la création est la manifestation visible de Dieu, le pur miroir de sa puissance et de sa sagesse, comment Dieu a-t-il pu permettre qu'elle fiit souillée dès l'origine par une tache imprimée sur la plus noble des créatures terrestres? Si l'ouvrier était parfait, l'œuvre a dû être parfaite aussi. Comment donc l'homme, image de Dieu, a-t-il pu transgresser le
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commandement de Dieu? Et si rien ne se fait que par la volonté divine, c'est donc Dieu qui a voulu le péché, et le mal qui en est la suite ? Calvin commence par mettre tous ces raisonnements sur le compte de l'impiété, qui espère se couvrir ellemême en plaidant contre Dieu. En pareil cas, son premier mouvement est toujours de détourner l'attaque avec un geste d'indignation ou de dédain. Pourtant, comme l'objection subsiste, il y revient dans les éditions de 1560 et 1561. Là, il distingue deux états de l'âme, l'un avant, l'autre après la chute.
Avant la chute, toutes les parties de l'ame étaient réglées à se bien ranger : l'entendement était sain et entier, la volonté était libre à élire le bien. Si on objecte là-dessus qu'elle était comme en lieu glissant, pource quelle avait une faculté et puissance imbécile, je réponds que, pour ôter toute excuse, il suffisait que Dieu l'eût mise en ce degré que nous avons dit. Car ce n'était pas raison, que Dieu fût astreint à cette nécessité de faire l'homme tel qu'il ne pût ou ne voulût aucunement pécher. Vrai est que la nature en cette sorte eût été plus excellente ; mais de plaider précisément contre Dieu et le contrerôler, comme s'il eût été tenu de douer l'homme de telle vertu, cela est plus que déraisonnable, vu qu'il pouvait lui donner tant peu qu'il lui eût plu. Or quant à ce que Dieu ne l'a soutenu en la vertu de persévérance, cela est caché en son conseil étroit, et notre devoir est de ne rien savoir qu'en sobriété *.
En somme, l'explication revient à une fin de nonrecevoir, à une recommandation de sobriété.
L'homme a péché, par désobéissance et par orgueil, et par le péché il s'est séparé de Dieu. Il en est résulté un changement dans sa nature, dont