‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 10 sur 92 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

plQg hardi et plus fprme. •— Son Trc^ de la Cine du Seignfiwr.

— n poursuit, par Mélanchtbon, Pidée d*un rapprochement avec Luther. — Son admiration pour le ehef de la Réforme allemande.

— Lettre qu'il lui écrit, et que Mélanchthan n*ose pas remettre.

XIX. ^n Commentaire sur rËpître aux Bomains. *- Sa version de la Bible. ~ Luttes diverses. — Qualités et défauts qui s'accentuent chez lui.

XX. Ses amis travaillent à le marier. — Il se montra honorablement et chrétiennement difficile. — Idelette de Bure. — Mariage.

XXL Négociations avec le Conseil de Genève. — Hésitations et frayeurs de Calvin. — On fait agir ses amis.*— Il cède. — Son retour. — Il passe à Neuchâtel pour y rétablir la paix. — Ses idées sur l'autorité fraternelle de toute Eglise auprès des autres. ~ La Compagnie des P/tsteuri.

XXII. Arrivée à Genève. ~ Réorganisation de 1 Église. — Le Consistoire.

XXin. Position faite à Calvin. — Sa demeure. — Calvin et la nature.

— Une promenade avec Viret. — Idelette à Genève. — La femme chrétienne et la mère. — Trois enfants morts en bas âge.— tf N'ai -je pas des dix-milliers d'enfants dans le monde chrétien? » — Le rire et les larmes. — Calvin, l'homme de sa lâche et du monde chrétien.

Le doigt de Dieu, dans Thistoire, est partout ; partout, à qui sait le voir, il se révèle. Mais Thistoire a des p^ges où, à moins d'être aveugle, on ne pourrait pas ne pas le voir, — et nous voici à une de ces pages.

Cet étranger, cet exilé qui n'a d'autre dessein que de se reposer un jour ou deux des fatigues d'un long voyage, — il va être, près de trente ans, le législateur et le maître de cette ville où rien ne

l'appelait, et où rien, lui semblail^il, ne devait le retenir. Cette ville, il n'en sera pas seulement le maître, mais il en fera la capitale d'un des plus grands empires qui se soient vus sous le soleil, la capitale d'une idée, comme a dit un historien. Il Ta, cette idée, dans sa tête, et il en a déjà rempli un livre ; mais, quelque confiance et quelque foi qu'il ait en elle, il ne se doute pas encore de ce qu'elle pourra, par lui, comme idée génératrice d'un peuple, d'une Église, d'un siècle. Il a hâte d'aller retrouver ses livres, «a vieille et studieuse Bâle. S'il s'est jeté, çà et là, dans la mêlée, s'il s'est trouvé courageux, c'était comme sans y songer; l'idée ne lui est pas venue que ce fût là son rôle. Il a besoin, pour en venir à se révéler tout entier tel que Dieu Ta fait à son insu, que les événements le forcent de se révéler à lui-même.

Mais aussi, la révélation venue, il sera d'autant plus puissant qu'il a plus tardé à comprendre en quoi et comment il devait Fétre. L'ambitieux a beau se bâtir un haut piédestal; il sait qu'il se l'est bâti, et, par cela même, il s'en défie. Calvin se trouva grand sans l'avoir cherché, sarfs l'avoir voulu. Le piédestal était à Genève, mais bâti avant lui, sans lui, et bâti de la main de Dieu.

L'histoire de Genève va donc s'unir intimement à l'histoire (Je Calvin ; les deux, pendant près de trente ans, n'en feront qu'une, et celle du réformateur se continuera longtemps, lui mort, dans celle de Genève. Il est donc nécessaire que nous

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prenions rapidement les choses d'un peu plus haut, rassemblant et groupant tout ce dont nous aurons besoin, plus tard, pour être bien compris.

La religion, ou, pour mieux dire, TÉglise, avait joué de tou\ temps un grand rôle à Genève. Ville impériale, la dissolution de Tempire de Charlemagne l'avait laissée dans un isolement dont ses évéques profitèrent pour s'emparer du pouvoir temporel, qui, cependant, resta toujours en partie aux mains du peuple. Un d'eux, Ardutius, contemporain et ami de saint Bernard, obtint de l'empereur Barberousse la confirmation régulière de cet état de choses; Genève, menacée par les comtes de Savoie, accepta cette solution avec bonheur, et bénit longtemps Ardutius comme le vrai fondateur de son indépendance. Plusieurs de ses successeurs marchèrent sur ses traces. Adhémar Fabri, évoque en 1385, voulut consolider encore cet heureux compromis entre les droits de l'évêque et ceux de la cité. Un code fut rédigé qui prit le nom de Franchises; Fabri en jura solennellement l'observation, et reconnut aux citoyens le droit d'exiger de ses successeurs le même serment. Les historiens catholiques ont exagéré, surtout de nos jours, la portée de ces faits. Ils ont représenté Genève comme

ayant dû toutes ses libertés à ce pouvoir qu'elle proscrivit plus tard ; ses évéques les lui auraient octroyées en pur don. Quand cela serait» nous pourrions demander encore où ils avaient pris le droit de les octroyer, et ce droit, évidemment, ne pourrait s'expliquer que par une usurpation antérieure. Mais ce n'est point ainsi que la chose fut entendue au temps des Ardutius et des Fabri. Ils ne firent que reconnaître, avec une louable loyauté, des libertés depuis longtemps établies et des droits bien plus anciens que les leurs.

Au reste, si quelques évoques méritèrent la reconnaissance de Genève, d'autres allaient venir qui la méritèrent fort peu.

Les comtes (ducs ensuite) de Savoie n'avaient cessé de revendiquer Genève comme une portion de leur héritage, et maintes fois il avait fallu leur reconnaître, au moins en fait> une certaine autorité. De là de perpétuels conflits entre le prince et l'évéque, entre le prince et la cité, souvent forcée d'accorder à l'évéque, pour se garantir du prince, un pouvoir qui n'était jamais sans danger pour les Franchises. Au commencement du xv"" siècle, Rome trouve un moyen de mettre un terme à ces conflits, souvent fort embarrassants pour elle. Elle s'empare de l'élection de Tévéque, qui appartenait au clergé et devait être confirmée par le peuple, et le diocèse de Genève ne sera plus qu'une espèce d'apanage réservé aux cadets de la maison de Savoie, (r était décréter que Tévêque ne serait plus q^'un

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