LIVRE BEtXlÈME
représentant du duc, et le duc allait être le seul et vrai souverain.
On ne s'inquiéta même pas de ménager les apparences. En 1481, Amédée YIII fait donner Tévêché au prince Pierre, son petit-fils, âgé de dix ans; Tadministrateur, Thomas de Sur, viole ouvertement les Franchises, veut destituer les syndics^ chefs laïques de la cité, et ne recule que devant la plus énergique résistance. Le jeune évêque meurt, et un autre prince de Savoie, âgé de douze ans, lui succède. En 1484, François de Savoie; en 1498, Philippe de Savoie; en 1513, Jean de Savoie, le pire de tous, qui céda au duc sa juridiction temporelle, lui ouvrit les portes de Genève, et l'aida à noyer dans le sang des citoyens tout ce qui restait des Franchises jurées par ses prédécesseurs. Alors mourut, entre autres, ce grand mipriseur de mort^ • comme dit Bonivard en ses chroniques, Philibert Berthelier. Alors mourut aussi Lévrier, pour avoir dit dans le conseil que le duc n'était pas le souverain de Genève. Alors fut enfermé au château de la Grolée, en Bugey, ce même Bonivard qui devait plus tard passer six ans, toujours pour là même cause, dans les souterrains de Chillon. Yoilà ce que l'épiscopat était devenu, en politique, pour Genève et les Genevois.
Religieusement, c'était pis encore, car les violences prennent fin, mais la corruption teste. Genève, comme tous les pays à gouvernement ecclésiastique, avait assisté à un développement
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exceptionnel de tous les abus et de tous les vices reprochés alors au clergé. Quelques évoques pieux avaient tâché d'arrêter le torrent ; les ordonnances d'Antoine Champion, en 1493, nous montrent un homme ami du bien, mais, en même temps, nous révèlent à quel incroyable excès le mal était arrivé. Ces ordonnances, comme tant d'autres essais de réformation dans l'Église, n'aboutirent à rien ; l'épiscopat de Champion ne fut qu'une parenthèse de cinq ans dans cette série de prélats qui donnaient, au contraire, l'exemple de tous les désordres. Que pouvait être, sous de pareils chefs, un clergé nombreux, oisif, riche, ignorant? Aussi, longtemps avant qu'il fût question de Réforme et de Réformés, nous voyons le peuple se plaindre de la corruption des prêtres, et les magistrats, à sa requête, s'efforcer d'obtenir au moins quelque modération dans les scandales. Leurs registres nous, ont conservé des détails qu'on refuserait d'admettre pour peu que l'authenticité en fût douteuse ; il semblerait impossible que la corruption ait jamais osé se produire avec une telle audace. Profondément méprisé, même de ceux qui ne valaient pas beaucoup mieux, le clergé n'avait, à Genève, que des racines qui durent céder aisément au premier vent des nouvelles idées.