LIVRE DEUXIÈME
Nous n'avons pas à raconter en détail comment et sous quelle forme ces idées pénétrèrent dans la vieille ville épiscopate. Il ne serait pas facile, d'ailleurs, d'assigner une date aux tout premiers commencements ; plusieurs des faits qu'on cite comme ayant marqué, à Genève, les débuts de la Réforme, supposent un mouvement antérieur, une préparation déjà assez avancée. L'état du pays, ses luttes contre le pouvoir épiscopal, l'activité naturelle des esprits, les relations de Genève avec l'Allemagne, tout conduit à penser que la Réforme avait eu des échos, dès l'origine, sur les bords du Léman.
Hais une idée s'imprègne nécessairement toujours de l'atmosphère où elle se développe ; elle peut, selon les lieux, être ou paraître plus ou moins différente d'elle-même. Que devint donc, à Genève, dans l'atmosphère que nous avons décrite, ridée de la Réformation?
Des historiens superficiels, soit catholiques, soit protestants, ont vu toute la Réformation dans une seule cause : l'indignation soulevée par tant de scandales et d'abus. lisse trompaient. Non-seulement cette cause n'a pas été la seule, mais, dans plusieurs pays, elle ne fut que la cause apparente, l'occasion. Plus on a, de nos jours, creusé
l'histoire des temps antérieurs à la Réformation, plus on s'est convaineu que la cause intime et première fut un travail religieux, lentement accompli dans les esprits et dans les consciences. Si vous voulez un tableau complet et vivant de ce travail de plusieurs siècles, prenez la jeunesse de Luther. Longtemps avant l'affaire des indulgences, vous le voyez agité, tourmenté ; il frémirait à la pensée d'abandonner le catholicisme, ou, pour mieux . dire, cette pensée ne lui vient pas, ne peut pas lui venir ; et cependant il sent que le catholicisme ne le satisfait plus, ne peut plus et ne pourra plus le satisfaire.. Son âme s'élance, dans les ténèbres, audevant d'une lumière qu'il pressent bien plus qu'il ne l'entrevoit. Les indulgences ne feront que lui ouvrir les yeux, et que fixer la direction de ses regards jusque-là incertains^ Ainsi en fut-il en France, en Angleterre aussi, pour plusieurs des premiers prédicateurs de la Réforme. Les abus et les scandales ne leur furent que l'occasion de se rendre compte du mal, puis de se prononcer ouvertement, et de prêcher ce que la méditation, la souffrance intime, la Bible surtout, avaient déjà accompli dans leurs âmes.
Mais ce travail préliminaire n'avait pas été partout également profond ; l'histoire de Genève épiscopale en offre peu de traces. Si quelques hommes de ces temps connurent les angoisses d'un Luther ou les aspirations plus vagues de quelques-uns de ses devanciers, ils se turent, apparemment, ou on