LIVRE DSUXIÈMB
Dès le temps que, par la yolonté de Dieu, je fus élu évéque de Carpentras, je commençai à priser et aimer la noblesse de votre ville, Tordre et forme de votre république, l'excellence des citoyens, et surtout cette tant exquise et louable humanité de vous envers toutes gens... » Mais que sont devenus tous ces éléments de bonheur et de considération? Dès le premier jour où Genève a paru incliner vers la Réforme, il a compris, lui, Sadolet, qu'elle se condamnait à l'anarchie et à toutes sortes de maux. Son amour pour les Genevois lui fait un devoir de leur parler. Il ne procédera cependant point c< par subtiles, ardues et épineuses disputations, lesquelles saint Paul appelle vaine philosophie. » La doctrine chrétienne n'est-elle pas fondée, non sur des syllogismes, mais a en humilité, piété etobéissance du Seigneur?» Puis vient un bel éloge de l'Écriture Sainte, puis une fort belle page sur Jésus- Christ, unique auteur du salut, puis une autre sur la justification par la foi, et ce n'est qu'après avoir eu l'air de poser, comme bases, les bases du protestantisme, qu'il se hasarde à bâtir, sur ces bases, l'Église et l'autorité de l'Église. Mais, en fait, il ne bâtit point, et c'est ici surtout que sa tactique a été suivie, de nos jours, par certains écrivains. Il prend l'édifice tout bâti ; il en décrit poétiquement la grandeur, la beauté, la maJQstueuse unité, et il demande, à chaque peinture, comment on pourrait persister à se bâtir une autre demeure. L'argument, sous sa plume, avait
au moins le mérite d'être neuf, quoique valant, au fond, moins encore qu'aujourd'hui. Il fallait une singulière hardiesse ou une singulière puissance d'abstraction pour venir parler poétiquement de cette Église inondée de vices, de cette unité tombée en pièces au premier choc de la Réforme, et ne se maintenant, là où elle existait encore, que parla terreur et les bûchers; il fallait, surtout, singulièrement compter sur le peu de mémoire des Genevois, à qui cette Église avait donné plus de motifs encore qu'à d'autres de la mépriser et de la craindre.
Mais Sadolet compte surtout sur les bonnes paroles qui coulent de sa plume, sur cette charité qu'il croit profonde et qui l'est peut-être en effet, car, bien que le tout ne soit qu'on long sophisme et une perpétuelle échappatoire, on .répugne à penser que l'auteur fût un hypocrite. Il s'élève, parfois, jusqu'à une véritable éloquence, témoin cet endroit souvent cité où il représente arrivant ' au tribunal de Dieu, juge suprême, deux âmes dont l'une a suivi Tancienne voie, toujours sûre, tandis que l'autre s'est jetée dans la voie des réformateurs. Les dernières pages sont d'un pathétique achevé, mais où domine pourtant, comme au début, cette flatterie insinuante, cette humilité décidément trop profonde qui voudrait faire oublier le prêtre, ï'évêque, le cardinal, et qui en fait souvenir. On se rappelle involontairement ce serviteur des serviteurs de Dieu, qui mettait son pied