‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 27 sur 92 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sur les conronnes, ce père des chrétiens, qui savait si bien demander Textermination de ses enfants, et, sans aller jusqu'à croire que le cardinal Sadolet eût été, le cas échéant, aussi impitoyable que tant d'autres, on lit entre les lignes l'effrayant commentaire dont l'histoire du temps accompagnait ces paroles si charitables, si doucereusement évangéliques. Sadolet, sur ce point, joua de malheur. Sa lettre est du 18 mars 1539, et, en avril, deux Genevois étaient brûlés en Savoie, l'un à Annecy, l'autre à Chambéry. Le supplice de ce dernier, Jean Lambert, frère d'un des membres du Conseil, fut marqué par les plus odieuses circonstances. Saisi comme Genevois et protestant, les prêtres ne permirent même pas qu'il y eût forme de procès. Le bûcher fut immédiatement dressé. Ils présidèrent au supplice, et, tout ce qu'ils pwent ajouter, par leurs obsessions et par leurs imprécations, aux souffrances du martyr, ils l'ajoutèrent avec une joie sauvage. Voilà ce qu'étaient, à quelques lieues de Genève, les ministres de cette douce et compatissante mère dont Sadolet faisait le portrait aux Genevois, les conjurant de retourner dans ses bras.

11 avait donc dépassé le but. L'effet ne fut pas ce qu'il avait espéré ; rien, du moins, dans les documents du temps, n'indique une activité nouvelle imprimée aux tendances catholiques, et ce moment allait marquer, au contraire, le commencement de la réaction protestante. Tout ce qui n'était pas

déjà catholique au fond du cœur se réveilla comme d'un songe, et se mit à s'interroger. Avaient-ils donc fait, sans le savoir, tant de chemin vers Rome, qu'elle s'imaginât ne plus avoir qu'à les inviter à rentrer? L'abîme entre elle et eux s'étaitil donc tellement rétréci, que Sadolet pût jeter par dessus, en se jouant, ce pont tap;ssé de velours, jonché de fleurs? Les protestants plus sérieux se demandaient s'ils avaient donc tant lutté, tant soufiFert, sur un simple malentendu, et pour en venir à se séparer d'une Église avec laquelle il eût été si facile de s'entendre et de vivre en paix. Tous sentaient qu'il y avait là-dessous un grand sophisme ; tous désiraient, et pour leur propre instruction, et pour l'honneur de Genève, que ce sophisme fût démasqué. Mais à qui donner cette tâche? Personne, dans la cité, ne se sentait capable de s'en tirer. Les pasteurs reculaient comme le reste. Non qu'ils ne vissent mieux ce qu'il y avait à répondre; mais ils sentaient mieux aus^ la nécessité de bien répondre, et aucun d'eux n'était un écrivain. Un seul nom était prononcé, d'abord tout bas, puis plus haut, et les plus grands ennemis de Calvin se surprenaient disant, ou du moins pensant, qu'on eût été, avec lui, bien moins embarrassé. Il apprit à Strasbourg ce qu'on pensait, ce qu'on disait, et la réponse au cardinal ne se fit pas attendre.

Calvin, dès le début, ébranle tout l'échafaudage. Il commencera bien par des compliments à Sado-

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let, maisà Sadolet homme de lettres, connu par sa a grâce merveilleuse en parler, » et tenu par les savants <c en grosse admiration. » Il lui a déplaît merveilleusement, » dira-t-îl, d'avoir à « toucher et blesser cette bonne renommée et opinion ; x> mais aussi ce serait « une lâcheté trop grande » que de se taire, et il ne se taira pas. Sadolet a usé « de l'office d'un bon* orateur, » autrement dit d'un habile rhéteur ; il n'a eu pour les Genevois que de douces paroles, et il a tout rejeté sur ceux « par le moyen desquels ils se sont soustraits de la tyrannie. » — En voici un, de ces hommes, et il répondra pour tous.

C'est donc, d'abord, son apologie qu'il présente. Rien de plus net que ces premières pages. Il défie Sadolet de prouver une seule de ses alléga-* tions ; il le harcelle sur chaque point, sur chaque phrase, jusque dans ses derniers retranchements. Sadolet l'a accusé d'ambition ; mais qu'est-ce que la Réforme lui a donné, lui donnera jamais, qui ne lui f6t a tout appareillé x) dans le royaume du pape ?Ne pouvait-il pas prétendre à tout, et n'étaiwil' pas déjà en chemin de tout obtenir? Mais, même alors, il n'ambitionnait qu'une chose : vivre en paix et étudier. Cescmtles événements, c'est la Parole de Dieu,^ c'est Dieu qui l'a jeté dans la mêlée. De cette apologie générale, il passe à celle de sa conduite à Genève. Qu'a-t-il fait, dans cette ville, que ne doive q[)pFouver tout ami de l'ordre et des mœurs, même catholique? Et s'il n'a rien fait que de bon, pour-

quoi refuser de reconnaître Tarbre à ses fruits? Pourquoi considérer comme une peste cette Réformation dont lui, Calvin^ faisait sortir le salut et la vie de Genève régénérée ?

Et ceci le conduit à la question principale. Il écarte, d'abord, ce que Sadolet a dit, et fort bien dit, sur ce qui n'était point en discussion, la vie éternelle, par exemple ; évidemment Sadolet n'a cherché là qu'à a se rendre en plus grosse estime et recommandation, en faisant apparoître que toute sa pensée étoit de la vie bienheureuse, » Que n'estil au moins aussi long, aussi complet, quand il arrive aux vraies difficultés? Il les a toutes éludées. Dans sa théorie de l'Église, il montre fort bien l'Église conduite par l'Esprit de Dieu ; mais il a soin de ne pas srjouter qu'elle est régie aussi par sa Parole, et, la Parole ôtée, l'Esprit de Dieu pourra toujours n'être qu'un mot dont on autorisera tout ce qu'on voudra. Calvin passe alors en revue tout ce qu'on a couvert de ce grand mot ; chaque point lui prend peu de lignes, mais incisives, nerveuses, tombant comme des coups de marteau. On aimerait mieux qu'il s'adressât moins obstinément à Sadolet, et ne s'acharnât pas à diriger contre lui, personnellement, toutes ses argumentations, toutes ses figures, tous ses mots ; on souffre un peu decette tension perpétuelle qui ne concède rien, n'adoucit rien. Mais on comprend aussi qu'un esprit de cette trempe ait dû être particulièrement irrité, agacé, parla flexible polémique du mielleux cardinal. Que

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