‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 28 sur 92 · LIVRE DEVXIÈICS · texte numérisé non relu

LIVRE DEVXIÈICS

rhomme fût menteur ou non, sa polémique était menteuse, et Calvin n'a eu que le tort de déverser trop continuellement sur l'homme le mépris et l'irritation que produisait en lui l'ouvrage.

Deux points l'arrêtent plus longtemps : l'un, c'est la justiâcation par lafoi: l'autre, la Cène. Nous avons vu Sadolet, sur le premier, accorder le principe, et même avec empressement. Calvin demande ce que l'Église en a fait, ce qu'il peut en rester parmi tant de choses qui vont toutes à le faire oublier, à le détruire. Sadolet n'avait pas manqué de faire sonner bien haut le prétendu anéantissement des œuvres,^ singulier reproche à Calvin chassé de Genève pour avoir été,* en fait d'œuvres,plus exigeant que qui que ce fût. « Si tu regardois, répond Calvin, le catéchisme et instruction que j'ai écrit à ceux de Genève, au premier mot tu te tairais. » Mais comme Calvin sait bien que l'objection sera souvent reproduite, il y consacre cinq ou six pages qui sont des mieux raisonnées de la lettre, et, ce qui nous les rend encore meilleures, presque sans personnalités. Quant à la Cène, il réfute peu, mais cherche surtout à établir que la présence spirituelle du Christ est, en fait, pour quiconque a véritablement de la foi et de la piété, plus impressive, plus réelle^ que celle qu'on désigne si mal à propos par ce dernier nom, comme sUsl réalité du Christ n'était pas celle de son esprit bien plus que celle de son corps.

Viennent enfin la confession, les saints, le mi-

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nistëre, la papauté, k tradîtioii, les désordres de TÉglise, et ce dernier point le conduit à une cha* leureuse reproduction, en sens inverse, de la prosopopée de Sadolet. L'âme qu'il fait arriver devant Dieu est celle d'un de ces hommes que le cardinal a flétris comme novateurs et téméraires. Il va plaider la cause de tous ceux qui ont pensé, comme lui, que les maux de l'Église appelaient et légiti*maient une révolte. J'ai vu le Christ mis en oubli, devenu inutile ; que devais-je faire? J'ai vu l'Évangile étoufTé sous les superstitions; que devais*je faire? J'ai vu laParole sainte volontairement igno* rée, cachée ; que devais-je faire ? Si celui-là ne doit pas* « être réputé traître, lequel, voyant les soudards épars et écartés, élève l'enseigne du capitaine et les rappelle et remet en leur ordre, » suis-je donc un traître, moi, pour avoir élevé, au milieu de l'Église débandée, le vieux drapeau de Jésus- Christ? Car ce n'est point une nouvelle et « étrangère enseigne que j'ai mise au vent, mais ton noble étendart. Seigneur! » Nos adversaires, d'ailleurs, ne nous ont-ils pas assez justifiés par leur conduite? a Ne -couroient-ils pas tout soudain, et furieusement, aux épées et au gibet? N'estimoienlrils pas que leur seul recours étoit aux armes et à la cruauté ? » Ils nous ont donné, à défaut d'autre, la consécration de l'épreuve et du sang. Et ce sont eux qui viennent nous demander nos titres! Ils nous justifient encore par ces peintures flattées, menteuses, de l'Église que nous avons reniée.

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La défendre ainsi, n'est-ce pas renoncer à la défendre telle qu'elle est? N'est-ce pas avouer que nous l'avons bien jugée? « Ya maintenant, Sadolet, et appelle-nous séditieux ! » Nous savons ce que nous avons fait et en qui nous avons cru, et a fasse le ciel, Sadolet, que toi et les autres tiens » puissiez un jour en dire sincèrement autant!

Aucune réplique ni aucun essai de réplique ne fut fait, que nous sachions, à cette réponse de Calvin. Elle courut bientôt l'Europe. Luther la goûta vivement; il comprit ce qu'il y avait de force et d'avenir dans cette controverse aux allures si dégagées, si franches, si vivantes. « Voilà un écrit, dit-il, qui a des mains et des pieds. Je me réjouis de ce que Dieu suscite de tels hommes. Ils continueront ce que j'ai commencé contre l'antechrist, et, avec l'aide de Dieu, ils l'achèveront. y>

Quand Sadolet reçut l'épltre, il put recevoir, en même temps, des détails sur l'effet produit à Genève.

C'était, d'abord, la satisfaction toujours éprouvée à la lecture d'un écrit disant précisément ce qu'on aurait dit soi-même, pour peu qu'on eût su le dire; c'était, ensuite, la joie de la victoire, car la victoire sur Sadolet était évidente, incontestable,

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et, comme la victoire entraîne toujours les indécis, cette joie fut celle de tous, ou à peu près. Les amis de Calvin la transformèrent aisément, chez beaucoup de gens, en reconnaissance; on osa du-e publiquement qu'il n'y avait que lui pour rendre de pareils services. On relisait l'éloquente apologie qu'il avait faite, en passant, de son ministère à Genève, et on se laissait émouvoir à ces paroles si vraies, si nobles : « Quoique je sois déchargé, pour le présent, de l'administration de l'Église de Genève, néanmoins cela ne me peut ni doit retirer de lui porter une paternelle ainour et charité ; à celle-là, dis-je, sur laquelle Dieu m'ordonnant une fois, il m'a obligé à toujours de lui tenir foi et loyauté. »

Vers le même temps, les événements commençaient à se précipiter. Le chef de ses ennemis, Jean Philippe, allait périr, et cette mort devait donner le signal d'une réaction définitive en faveur du réformateur.

Le supplice de Jean Philippe n'eut cependant pas pour cause ou sa trahison de Lyon, encore ignorée, ou quelque autre affaire religieuse. Chargé, avec deux autres, de négocier avec Berne au sujet de la souveraineté du territoire conquis autour de Genève, il abandonna complètement les intérêts de sa patrie, et quand le traité, tenu secret quelque temps, fut enfin produit, on vit avec indignation que la souveraineté genevoise allait se trouver renfermée dans les murailles de la ville. Or, une

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