LIVRE DEUXIÈME
loi de Tannée précédente condamnait à mort tout citoyen convaincu d'avoir amoindri la souveraineté de l'État. Le Conseil-Général usa cependant d'indulgence ; Jean Philippe et ses deux complices ne furent condamnés qu'au bannissement. Mais, le lendemain, Jean Philippe excite une émeute. Il est pris, condamné à mort, et exécuté. — C'était en juin 1540.
La réaction politique s'était manifestée, dès le commencement de l'année, par le choix de quatre syndics honorables ; les ordonnances avaient déjà repris, entre leurs mains, quelque force. Le crime de Jean Philippe ayant fait faire à beaucoup de gens des réflexions sur le patriotisme des Libertins, les pasteurs crurent le moment favorable pour obtenir un renouvellement du serment à la confession; ils demandèrent au Conseil-Général de <i remettre les choses où elles étoient quatre ans auparavant, que chacun avoit Genève en grosse estime, et y venoit pour voir l'ordre évangélique établi. » Mais c'était encore trop tôt, et ces pasteurs n'avaient pas une telle autorité personnelle qu'ils pussent hâter les temps; le souvenir de Calvin, ravivé, leur faisait plutôt du tort, iDien que Calvin eût écrit une lettre où il les recommandait à Taffection du troupeau. On refusa le serment. Deux d'entre eux, peu après, découragés par le peu de respect que beaucoup de gens leur témoignaient, quittèrent Genève. Le Conseil écrivit à Yiret, pasteur à Lausanne, pour le prier de
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venir les remplacer, au moins pendant quelque temps, et Viret.répondit qu'il allait faire son possible pour en obtenir l'autorisation . Mais l'appel de Viret n'était qu'un acheminement à ce rappel dont la nécessité était maintenant reconnue à peu près par tout le monde.
Enfin, le 21 septembre, le Conseil charge Amied Perrin, un de ses membres, de « trouver moyen, dit le registre, s'il pourroit faire revenir maître Caulvin. » Perrin écrit; Farel, banni avec Calvin, lui écrit aussi, de Neuchâtel, pour le presser d'accepter. Calvin, devant cette porte qui se rouvre, n'aperçoit plus que les redoutables chances qu'on l'invite à courir ; comme il n'admet pas même la pensée d'une modification dans ses tendances, d'un adoucisisement dans ses rigueurs, il ne comprend pas que ces gens qui l'ont chassé comme trop sévère puissent en venir jamais à s'accommoder de lui. Ils lui seront intolérables, écritil à Farel, et lui à eux. Tout sera à recommencer, et, cela, sans la confiance qui l'animait la première fois. Et cependant, Dieu le préserve de refuser absolument! S'il peut réellement faire quelque chose pour l'Église de Genève, son devoir est d'accepter.
Les registres du Conseil nous tiennent, presque jour par jour, au courant de cette affaire, devenue la grande préoccupation des Genevois.
Le 13 octobre, arrêté d'écrire « à monsieur Caulvin » une lettre pour le prier « de nous vouloir assister, d Le porteur de la lettre sera chargé