III. — De la Prière (explication de l'Oraison Dominicale
lY. — Des Sacrements (le Baptême et la Sainte- Cène).
V. — Des Sacrements (fausseté des cinq autres que l'Église romaine a ajoutés).
NI. —De la liberté chrétienne (pouvoir ecclésiastique, administration civile, etc.).
Ce n'était donc, en somme, qu'un catéchisme; mais ce catéchisme avait en soi tous les éléments du rôle immense que l'Institution Chrétienne allait jouer dans l'Église.
D'al)ord, il répondait à un besoin général. L'idée d'un semblable livre nous paraît aujourd'hui si simple , qu'on s'étonne qu'il fût encore à faire, et que Luther, en particulier, ne l'eût pas fait.
< Préface gur left Psaumes.
Les Lod Communes de Mélanehthon, publiés en 1524 et traduits plus tard en français par Calvin lui-même, n'étaient encore que de la scolastique; la vie nouvelle est au fond, mais la méthode est celle du moyen âge, à peine modifiée par Tonction et la piété de l'auteur. En 1828 avait paru le livre de Zwingli, son Commentarius de verâ et falsâ Religione, et, quoique se dégageaîit de la méthode des Lociy Fauteur est encore loin de donner une dogmatique complète, à la fois précise et vivante. Nul, cependant, n'avait songé à lui en faire un reproche, pas plus qu'à Mélanchton ou à Luther. C'est que le besoin même d'une dogmatique semblable avait à se former, auparavant, dans les esprits, dans les cœurs. Alors on la demanderait ; alors on irait avec joie au-devant de qui la donnerait.
Ce mouvement avait marché plus vite en France qu'en Allemagne. Calomniés ou non, appelés ou non à dire ce qu'ils croyaient, les Réformés de France voulaient pouvoir se le dire à eux-mêmes, non pas seulement point après point, ce que beaucoup auraient pu faire, mais sous la forme plus satisfaisante et plus solide d'un système, d'un tout, ce que n'avait encore fait ni pu faire aucun d'eux. Le succès de Y Institution dans tous les pays protestants montra bientôt que le même besoin était partout, même là oîi la foi était déjà officiellement filée. On voulait plus et mieux qu'une confession de foi. On attendait un livre qui en fût une, mais
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accompagnée de tout ce qui serait nécessaire pour la comprendre et la défendre. L'Institution fut ce livre. Elle donna aux Églises nouvelles le sentiment définitif de leur légitimité, de leurs droits et de leur force. Avec cette exposition claire et concise du christianisme apostolique, cet appel vigoureux à l'Écriture, cette hautaine fermeté à tracer la limite entre les traditions humaines et les vérités révélées, Calvin, en quelque sorte, scella du sceau de Dieu tout ce qu'avait fait la Réforme, et la lança, pleinement rassurée, vers toutes les conquêtes qui s'offraient à son zèle.
Nous ne jugeons pas ; nous constatons. Si nous jugions, il y aurait peut-être des remarques à faire sur cette souveraine autorité que s'arrogeait le réformateur. Mais il était l'homme nécessaire ; et quand nous voyons la Réforme l'adopter, l'admirer, est-ce à nous de venir, après trois siècles, calculer froidement si elle a eu raison ou tort d'abdiquer pour un temps entre ses mains? Les correspondances de l'époque fourniraient mainte preuve de cette faveur universelle qui accueillit Ylnstitution^ et qui devenait aisément, en dépit de la sécheresse du livre, un véritable enthousiasme. Écoutez, en 1537 , le professeur de Poitiers, Charles de Sainte -Marthe, déplorant que « cette voix de Calvin, V Institution, » ne puisse retentir librement dans le royaume, ce Heureuse l'Allemagne, ajoutet-il, de posséder le trésor qui nous est refusé ! » Écoutez le magistrat du parlement de Paris, celui
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que la Saint-Barthélémy verra périr , Pierre de la Place. « Il n'est personne en ce monde, écrit-il à Calvin, à qui je doive plus qu'à toi, et je ne vois pas comment je te paierais, dans cette vie mortelle, cette immortalité que j'ai puisée dans ton livre. »
La première édition ne comptait donc que six chapitres; la deuxième édition latine, publiée à Strasbourg en 1839 , en compta dix-sept. Celle de 1543, retravaillée encore, en a vingt-et-un ; celle de 1859 , rédaction définitive et dernière, arrive à quatre-vingts. Quant aux éditions intermédiaires, on en a perdu le nombre, et, quoique le latin fût encore partout reçu comme la langue de la théologie, il y eut, pendant cette même période, des traductions en toutes les langues de l'Europe . Les éditions françaises avaient suivi pas à pas les éditions latines ; le texte français définitif est, comme le texte latin, de 1859. Une courte préface, datée du 1" août comme celle de 1538, nous initie à ce persévérant enfantement. Après avoir rappelé combien l'ouvrage était d'abord peu considérable et a été successivement augmenté : « Quoique je n'eusse, poursuit-il, point d'occasion de me déplaire au travail que j'y avois pris , toutefois je confesse que jamais je ne me suis contenté moi-
même jusqu'à ce que je l'ai eu digéré en l'ordre que vous y verrez maintenant, lequel vous approuverez, comme j'espère. » Menacé, l'hiver précédent, c( de partir de ce monde, je me suis d'autant moins épargné jusques à ce que j'eusse parfait le livre, lequel, survivant après ma mort, montrât combien je désirois satisfaire à ceux qui déjà y avoient profité... Je l'eusse bien voulu faire plus tôt ; mais ce sera assez tôt si assez bien, et, quant à moi, il me suffira qu'il ait apporté fruit à l'Église de Dieu. »
Une analyse complète de ce livre nous entraînerait beaucoup trop loin ; ce serait tout un livre. Nous ne pouvons cependant nous en tenir aux quelques détails qui précèdent, les tins tout à fait généraux, les autres purement bibliographiques. L'/rwtitution Chrétienne est plus qu'un livre : c'est une portion importante de la vie de Calvin, ou, pour mieux dire, une portion de Calvin lui-même, si ce n'est Calvin tout entier. Essayons donc d'en donner au moins une idée.
Le but du livre, ou, si on veut, le problème à résoudre , était celui-ci : « Appliquer régulièrement à la dogmatique chrétienne le principe de la justification par la foi, remis en lumière par
Luther, et reconnu comme la seule base vraie, possible, d'une réformation de TÉglise, dans le sens le plus large de ce mot. y>
Cette solution, Calvin l'a cherchée et trouvée dans un développement complet de la doctrine du salut au point de vue de la conscience humaine, mise successivement en présence des quatre manifestations divines qui ont à agir sur elle , révélation dans le Père, dans le Fils, dans le Sainte Esprit, dans la communion de TÉglise.
De là quatre parties qui sont encore confuses dans les premières éditions, mais qui allèrent se séparant toujours mieux, et qui finirent par former les quatre livres de l'ouvrage : Connaissance de Dieu et de son œuvre créatrice, de Jésus-Christ et de son œuvre rédemptrice, du Saint-Esprit et de son œuvre de régénération, de l'Église, enfin. Corps de Christ^ comme dit l'apôtre, dépositaire des moyens de grâce et de salut, mais non pas de telle sorte qu'elle puisse sauver personne sans qu'il y ait cœur nouveau, régénénition par le Saint-Esprit.
Le premier livre traite donc de la connaissance de Dieu a en titre et qualité de créateur et souverain gouverneur du monde. » Mais, dès les pre-' mières lignes, c'est en regard de la conscience que l'auteur se place et nous place. Le résumé de la vraie science religieuse, c'est « qu'en connoissant , Dieu, chacun de nous aussi se connois^e, » et nul, d'autre part, ne se connaîtra lui-même c< jusqu'à ce*
qu'il ait contemplé la face de Dieu, et que, du regard d'icelle, il descende à regarder à soi. » Mais qu'est-ce que connaître Dieu? Ce n'est pas sonder sa nature ; c'est l'adorer, l'aimer, le craindre. Les lumières naturelles auraient suffi pour cela ; le péché les a éteintes. Une révélation a donc été nécessaire ; un livre la contient, car il a été nécessaire aussi que Dieu « eût ses registres authentiques pour y coucher sa vérité, afin qu'elle ne pérît point. » Ces registres y quel témoignage auront-ils de leur autorité divine? L'Église? Non, mais le Saint-Esprit lui-même , attestant en chacun de nous la vérité de son œuvre. « Il n'y a de vraie foi que celle que le Saint-Esprit scelle en nos cœurs. » Voilà la base de la dogmatique de Calvin.
Sept chapitres sont consacrés à ces préliminaires. Viennent ensuite, dans le huitième, les preuves apologétiques de la vérité de la Bible, et, dans les suivants , les questions de la spiritualité de Dieu, du culte en esprit, de la Trinité, de la création en général, de la création de l'homme, de ses facultés originelles et de son état primitif. Trois chapitres sur la Providence terminent ce premier livre, et posent, chemin faisant, les bases de la doctrine de l'élection, telle que le troisième livre la développera.
Le deuxième a pour titre : De la connaissance de Dieu^ en tant quil s'est montré rédempteur en Jésus-Christ. ^
Cinq chapitres, d'abord, sur le péché, car tout
dépend, en théologie chrétienne, de la manière dont on aura envisagé cette question. Calvin enseigne l'absolue incapacité de Thomme à faire, de lui-même, aucun bien ; mais il enseigne, en même temps, à ne pas tirer les conséquences qu'une logique intéressée pourrait faire sortir de là. Incapable de se relever lui-même, l'homme possède, en Jésus-Christ, un moyen admirable de relèvement et de salut. C'est pour le préparer à l'acceptation de ce moyen que Dieu lui donne une loi morale, loi qu'il n'observera jamais assez complètement pour qu'elle ne le convainque de péché. Le but de cette loi, l'exposition des commandements qu'elle renferme, l'enchaînement des deux alliances, leur « similitude, » leurs différences, oci^upent cinq chapitres. Les cinq suivants sont une christologie complète. Jésus, vrai homme, vrai Dieu, prophète, roi et sacrificateur, a accompli, par sa mort, l'œuvre de notre salut. Un dernier chapitre rassemble toutes les déclarations scripturaires qui affirment et garantissent l'accomplissement de cette œuvre.
Voilà le salut accompli, mais hors de nous ; ce n*est, jusqu'ici, qu'un fait historique, quoique divin, et ce fait pourrait nous rester indéfiniment étranger. Comment se trouvera-t-il accompli en nous, en chacun de nous?
C'est le sujet du troisième livre, intitulé : De la manière de participer à la grâce de Jésus-Christ^ des fruits qui nous en reviennent et des effets qui s en ensuivent.
Cette a manière, » c'est la foi. Mais si Calvin s'arrêtait là, la question ne serait que reculée. — Existe-t-il une liaison réelle, effective, entre la foi et l'œuvre du salut, opérée par Jésus-Christ hors de nous? Non. Il faut un agent qui mette en contact les deux choses ; cet agent, ce sera le Saint- Esprit. A lui donc de créer en nous la faculté de posséder autre chose qu'une notion abstraite et historique du salut; c'est avec Jésus même, l'auteur du sâlut, que l'âme sera mise en relation, en contact, ou, mieux encore, en communauté de vie. Ainsi s'appropriera-t-elle, non l'idée, mais la substance même du salut.
Voilà donc, à la fois, la théorie et le grand précepte. Le salut, c'est la vie en Christ; point de salut pour qui ne vit pas en Christ. Mais si la foi, sans l'opération du Saint-Esprit, ne mène à rien, il n'en est pas moins nécessaire, pour que le Saint-Esprit agisse en nous, qu'elle aille au-devant de cette action toute -puissante, ou, pour mieux dire, que le Saint-Esprit commence par la transformer ellemême en une force, en une vie. Ce n'est qu'alors qu'elle est véritablement la Foi; jusque-là, c'est simple croyance.
C'est par cette même action du Saint-Esprit que la repentance devient féconde. Elle ne serait, sans cela, que le repentir^ chose tout humaine ; il faut qu'elle devienne une régénération, chose divine.
De la foi et de la repentance, ainsi fécondées, résulte la vie chrétienne. Comment se développe
cette vie? Calvin nous le montre en cinq chapitres qui suffiraient à prouver combien cette vie, chez lui, était réelle, profonde, malgré l'apparente sécheresse de sa théologie et de son cœur.
Cela dit, et si bien dit, la doctrine de la justification par la foi se trouve tout éiablie, et Calvin n'a plus qu'à l'expliquer. C'est ce qu'il fait en huit chapitres, non sans, montrer , quand le sujet l'y appelle, comment sa théorie a répondu d'avance à toutes les objections. Il la reprend ensuite en vue d'une des principales manifestations de la vie chrétienne, la prière. Ce chapitre est un des plus riches, un des mieux marqués au sceau de l'expérience chrétienne.
Vient enfin la redoutable doctrine qui allait s'étendre comme un voile, et, aujourd'hui, presque comme un linceul, aux yeux de beaucoup de gens, sur toute la théologie calviniste, — la doctrine de la prédestination.
L'existence du mal, le salut des uns, la condamnation des autres, les circonstances qui acheminent Tun vers le salut, l'autre vers la condamnation, — voilà les faits qui ont, de tout temps, posé le problème. Comment concilier la prescience d'un Dieu juste avec la responsabilité d'un être que ce Dieu savait devoir pécher et se perdre, et que ce Dieu au-
rait pu, par conséquent, ou ne pas créer, ou créer en dehors de la possibilité de pécher? La raison ne peut rien répondre; l'Écriture, selon que vous presserez plus ou moins telles ou telles de ses dé* clarations, vous fera pencher plus ou moins vers la souveraineté divine ou vers la liberté humaine, seule source logique de la responsabilité. La plupart des théologiens ont admis une élection de grâce y qu'il était difficile de ne pas voir clairement enseignée dans plusieurs de ces déclarations ; mais, la plupart aussi, ils n'ont pas cru que cette élection de grâce, manifestation libre et spéciale de la bonté divine, emportât élection de mort pour ceux qui n'en auront pas été l'objet. Ils se résignaient donc à ne pas chercher le dernier mot, laissant à Dieu le soin de concilier un jour les choses.
Selon Calvin, cette conciliation n'est ni à chercher, ni à trouver, car elle n'existe pas, n'existera jamais , et c'est porter atteinte à la souveraineté de Dieu que de supposer Dieu s'en occupant. Dieu, dans la plénitude de sa souveraineté, dans « son conseil étemel et immuable^ » a destiné les uns au salut, les autres à la damnation, et, comme il ne leur devait rien ni aux uns ni aux autres, les élus ont à le bénir éternellement, les réprouvés n'ont nul droit de se plaindre. Calvin reconnaît, ou à peu près, que la chose n'est pas explicitement dans l'Écriture ; il lui suffit que la logique y conduise. « Ceux que Dieu laisse en élisant, dira-t-il. Dieu les réprouve, » Admettre l'élection de grâce
et rejeter l'élection de mort, c'est « puéril, » c*est « une sottise trop lourde. » Il faut que l'idée humaine, la justice humaine, la pitié humaine, disparaissent de ces questions. « L'honneur de Dieu» l'exige.
Calvin n'oublie qu'un point : c'est que la logique est aussi une chose humaine. La logique, c'est la raison, et même la raison s'arrogeant le droit de juger seule, souverainement, sans appel. « L'honneur de Dieu » exige donc aussi que nous sachions quelquefois la faire taire, et que nous ne prétendions pas imposer à Dieu nos conclusions, quelque rigoureuses, quelque claires que notre esprit les trouve. Quand Calvin croit la prédesti nation démontrée par cela seul qu'il n'y a pas d'autre solution logique, sa méthode, au fond, n'est pas autre que celle de l'incrédule établissant logiquement l'impossibilité d'une révélation surnaturelle, ou du catholique établissant, non moins logiquement, que Dieu a du, la révélation donnée, instituer une autorité visible chargée de l'interpréter. Tout cela suppose Dieu ne pouvant trouver d'autres solutions que celles qui nous paraissent, à nous, les seules possibles ; toute cette logique, par conséquent, est illogique dès qu'il s'agit de Dieu, de ses desseins, de sa sagesse, de sa bonté, de sa puissance. ,
Mais, ces observations franchement faites, il en est d'autres que nous avons maintenant le droit de faire.
On s'est habitué à laisser peser sur Calvin toute la défaveur dont cette doctrine est l'objet. — Erreur et injustice. Le premier qui a positivement enseigné la prédestination, c'est Augustin. Elle peut , chez lui , sembler plus douce ; elle y est pourtant, et pleinement.
On s'est aussi habitué à la condamner, che2 Calvin, en l'isolant de tout ce dont il l'entoure, en. la représentant comme le premier et le dernier mot de son système. — Erreur encore et injustice encore. Ce qui est vrai, seul vrai, c'est que le réformateur semble, au contraire, avoir épuisé sa logique dans l'exposition de l'idée, tellement qu'il ne lui en reste plus pour passer de là aux conséquences. Aucune trace, ni dans sa théologie, ni dans sa morale, ni dans sa vie, de ce fatalisme pratique qui découlerait, à la rigueur, du terrible dogme enseigné. Jamais homme n'a plus énergiquement prêché la responsabilité, l'activité, le devoir, le progrès chrétien; jamais homme ne s'est plus sévèrement prêché toutes ces choses à lui-même. Ce que nous disons de lui, nous le dirions de ses disciples. Pour eux, comme pour lui, la doctrine de la prédestination est restée une lettre morte. On veut que le calviniste ait dû nécessairement se dire : « Ou je suis un élu, et, dans ce cas, je serai sauvé q\ioi que je fasse ; ou je ne suis pas un élu, et, dans ce cas, quoi que je fasse, je suis perdu. » Yoilà bien encore la logique ; mais, en fait, où et quand l'erreur de Calvin a-t-elle pro-