LIVRE PftSMlEE
doit ces fruits-là? Et si elle ne les a jamais produits, n'est-ce pas une preuve qu'elle n'était pas réellement ce qu'elle paraît aujourd'hui? C'est donc à l'histoire à la juger, bien plus qu'à la raison, au sentiment ou à la théologie. 11 faut la voir, non en elle-même, mais dans l'ensemble de l'œuvre de Calvin, soit de son vivant, soit après lui. Au lieu d'être la base, comme elle aurait malheureusemenl pu l'être, elle n'a jamais été qu'un appendice; au lieu de tuer l'activité, le courage, la moralité, l'espérance, elle semble n'avoir servi, au contraire, qu'à donner aux âmes une plus vigoureuse trempe, et à leur faire affronter plus hardiment les plus rudes devoirs ou les rudes épreuves. Ils croyaient à la prédestination, tous ces martyrs qui allaient au supplice encouragés et consolés par quelque pieuse épître de celui qui la leur avait enseignée. Ni les disciples ni le maître ne songeaient, alors, à douter que la couronne incorruptible ne fût pour quiconque serait mort avec courage et avec joie.
Un écrivain qui n'est assurément pas un calviniste, ni même, malheureusement, un croyant, a été frappé comme nous par ce côté moral, héroïque, de la question. — « Genève, dit Michelet, dura par sa force morale. Point de territoire, point d'armée, rien pour l'espace, le temps ni la matière ; la cité de l'esprit, bâtie de stoïcisme sur le roc de la prédestination. Contre l'immense et ténébreux filet où l'Europe toinbait par l'abandon de la France, il ne fallait pas moins que ce séminaire héroïque. A
tout peuple en péril, Sparte, pour armée, envoyait un Spartiate. Il en fut ainsi de Genève... Et maintenant, commence le combat! Que, par en bas, Loyola creuse ses souterrains ; que, par en haut, l'or espagnol, Fépée des Guises, éblouissent ou corrompent ! Dans cet étroit enclos, sombre jardin de Dieu, fleurissent, pour le salut des libertés de rame, ces sanglantes roses, sous la main de Calvin. S'il faut quelque part en Europe du sang et des supplices, un homme pour brûler ou rouer, cet homme est à Genève, prêt et dispos, qui part en remerciant Dieu et lui chantant ses psaumes. »
Le quatrième et dernier livre a pour sujet T^glise. Des vingt chapitres qu'il renferme, l'auteur en consacre douze à la question même de TÉglise (constitution, administration, discipline, etc.), un aux vœux monastiques, six aux sacrements, un, enfin, au gouvernement civil, considéré dans ses rapports avec l'Église et le gouvernement de l'Église. L'analyse de ce livre ne pourrait se faire qu'en détail; nous aurons d'ailleurs à reprendre plusieurs des questions qu'il aborde. Le législateur de Genève ne fit que mettre en lois les idées développées dans cette partie de l'ouvrage.
Nous n'avons pas parlé de la polémique. Elle est