LIVRE DEUXIÈME. 21 f
fesse brisé.» Mais, en 1 544, Luther reprend laplume contre les Zwingliens, et, oubliant qu'il a reconnu lui-même, dans cette question de la Cène, combien Calvin a modifié Zwingli, il attaque, sans distinction, tout ce qui n'est pas luthérien. Calvin ressent vivement l'injustice; mais Luther, pour lui, n'en sera pas moins Luther, et il veut que ce sentiment soit celui de ceux mêmes qui ont été le plus vivement attaqués, a BuUinger, écrit-il au successeur de Zwingli, je te conjure de ne jamais oublier quel homme éminent est Luther, et de quels dons il est doué. Pense avec quelle force d'âme, quelle persévérance inébranlable, quelle puissance de doctrine, il s'est consacré, jusqu'à ce jour, à renverser l'antechrist, et a répandu, près et loin, les doctrines du salut... Pour moi, je l'ai souvent dit et je le répète encore : quand il m'appellerait un diable, je ne cesserais pas de le tenir en grande estime, et de reconnaître en lui un illustre serviteur de Dieu. » Et quelques mois après, écrivant à Luther lui-même : « Oh ! si je pouvais voler vers toi, et jouir, ne fût-ce que quelques heures, de ta société!... Mais puisque ce bonheur ne m'est pas donné ici-bas, bientôt, j'espère, il nous sera donné dans le royaume de Dieu. Adieu donc, homme très-illustre, éminent ministre de Christ, père à jamais vénérable pour moi. Que le Seigneur continue à te diriger par son Esprit, pour le bien commun de son Église.»
Hélas ! cette lettre si touchante, Luther ne la reçut
pas. Encore une des timidités de Mélanchthon. Calvin lui avait envoyé la lettre : il n'osa pas la remettre à Luther, craignant, écrit-il à Calvin, que son ami, aigri par tant de luttes, ne la prît en mauvaise part, bien qu'elle ne touchât pas à la question de la Cène. Mais d'autres faits, vers le même temps, permirent à Calvin d'espérer encore une entente sur cette question même, et, après la mort de Luther, quand recommença la lutte, nous le retrouvons persuadé que le maître eût été plus accommodant que les disciples.
Mais ne dépassons pas 1540, à Strasbourg.
La même année vit paraître encore deux ouvrages, son Commentaire sur l'Épître aux Romains, dédié à Simon Grynée, son ami de Bàle, et sa version de la' Bible. Quoique cette version ne soit que celle d'Olivetan, corrigée, on ne peut guère ne pas se demander où Calvin trouvait le temps de faire tant de choses, car nous l'avons laissé, à la un de 1S38, remaniaût Yinstitution Chrétienne^ et montant chaque jour dans ses deux chaires de pasteur et de professeur. Mais ne dépensons pas trop tôt notre étonnement sur ce sujet ; nous en aurons plus tard assez d'occasions, encore meilleures.