LIVRE DEUXIÈME
Comme pasteur, Calvin ne s'était jamais renfermé strictement, à Strasbourg, dans les fonctions qu'il avait à remplir au milieu de la colonie française ; ses lettres nous le montrent plus d'une fois s'efforçant de faire entrer l'Église de Strasbourg dans cette voie d'ordre religieux et moral qu'il avait rêvée pour Genève. Strasbourg, il est vrai, ne connaissait pas cette opposition brutale que certains Genevois avaient faite à l'Évangile; les scandales, s'il y en avait, ne présentaient pas ce caractère de violence et d'intention. Mais Calvip aurait voulu davantage ; il s'accommodaitmal d'uneÉglise où foi et mœurs n'étaient pas, selon lui, assez nettement disciplinées. De là, dans ses prédications, quelques attaques contre cet état de choses ; de là aussi, dans ses lettres, quelques plaintes contre Bucer, docteur habile, pasteur plein de zèle et très-capable de s'indigner contre le mal, mais moins porté à chercher le remède dans des règles. Bucer, de son côté, se plaint aussi parfois de Calvin. Il le voudrait plus indulgent, plus doux ; il n'aime pas le voir persister si longtemps dans l'indignation que lui a causée une faute, dans l'irritation où l'a jeté une erreur qui a osé se produire devant lui. 11 lui en parle fraternellement à luimême, et Calvin reconnaît que ce n'est pas sans raison. c< 11 est ainsi fait, dit-il. De tous ses défauts, c'est celui qu'il lui est le plus difficile de combattre. 11 ne croit pas n'avoir absolument rien gagné ; mais il sent bien qu'il n'est pas encore arrivé à dompter
Gpogle
214 GÀLYIN.
tout à fait la bête. » Or, cette bête que nous portons tous en nous, il vaudrait souvent presque mieux lui laisser toute liberté que de la dompter à demi. Vous vouliez être doux, et vous n'arrivez qu'à être froid ; vous domptez Textérieur, ce qui est bien quelque chose, mais vous risquez alors de vous croire au bout, de vous persuader que vous agissez sans colère, sous l'impulsion de la raison seule, et d'être, en somme, plus rigoureux que vous ne l'eussiez été avec plus d'ardeur apparente. N'est-ce pas l'histoire de Calvin ? Moins contenu, moins maître de sa pensée et de ses passions, il eût été plus mécontent de lui-même, mais, en réalité, plus charitable, et sans doute aussi ses adversaires auraient été plus indulgents envers lui, soit pendant sa vie, soit après.
Un événement moins important pour le réformateur que pour l'homme nous appellerait encore, en cet endroit, à quelques études sur son caractère et son cœur. Au moment où lui arriva la première missive sollicitant son retour à Genève, une femme venait de prendre place à son foyer jusquelà solitaire.
On a généralement épargné au mariage de Calvin les accusations et les injures dont on a poursuivi celui de Luther. Mais on ne lui a pas,