LIVRE DEUXIÈME
pour cela, fait grâce, et on s*est rejeté surTabsence même des passions dont on faisait un crime à d'autres. Jamais, a-t-on dit, il n'éprouva nul besoin d'affection. Son cœur était dans sa tête.
Non ; mais son cœur était ce que devait être le cœur d'un homme dévoué à une si grande tâche, et si habitué à penser peu à lui-même, à son plaisir, à son bonheur.
Il laissa donc à ses amis le soin de lui trouver une compagne. Nous ne savons pas s'ils y pensèrent pendant son séjour à Genève ; c'est à Strasbourg que nous les voyons s'en occuper. Farel, qui n'y pensa pour lui-niême que bien des années après, s'associait de loin à leurs démarches. Calvin, dans une de ses lettres (mai 1839), ^^^ rappelle ce qu'il lui avait dit probablement plus d'une fois. « Souviens-toi de ce que je désiré surtout rencontrer dans une compagne. Je ne suis pas, tu le sais, de ces amants qui adorent jusqu'aux défauts de la femme dont ils sont épris. La seule beauté qui puisse plaire à mon cœur est celle qui est douce, chaste, modeste, économe, patiente, soigneuse, enfin, de la santé de son mari.» Hélas! quoiqu'il n'eût pas trente ans, il était bien forcé d'ajouter cette triste clause. On ne possède pas impunément des facultés commeles siennes; d'affreuses migraines continuaient de labourer cette tête labourée déjà par la pensée. Une autro lettre nous donne de curieux détails sur l'intervention de Calvin dans une de ces affaires qu'enta-
mait la sollicitude de ses amis. « On m'offrait, écrit-il à Farel, une personne jeune, riche, de noble naissance, dont la dot surpasse de beaucoup tout ce que je puis désirer. Deux choses, cependant, me poussaient à refuser : elle ne sait pas le français, et me semble devoir être un peu fière de sa naissance et de son éducation. Son frère, d'une rare piété, et aveuglé par son amitié pour moi au point d'oublier ses propres intérêts, me pressait d'accepter, et les intances de sa femme se joignaient aux siennes. Que faire ? J'allais avoir la main forcée, si le Seigneur ne m'eût tiré d'embarras. Je réponds que j'accepte, si elle veut bien, de son côté, s'engager à apprendre notre langue. Elle demande à réfléchir, et je charge aussitôt mon frère, avec un de nos amis, d'aller demander pour moi la main d'une autre personne qui m'apportera, sans fortune, une dot assez belle, pour peu que ses qualités répondent à ce qu'on en dit. Si, comme je l'espère, ma demande est accueillie, les noces ne tarderont pas au delà du 10 mars (1540), et tout mon désir est que tu viennes bénir notre union. » Ce projet ne se réalisa pas. Quelques dé- . tails révélés à Calvin sur sa fiancée le forcèrent de retirer sa parole, et, quelques mois après, il se montre assez découragé. « Je n'ai pas encore trouvé, écrit-il à Farel. Ne serait-il pas plus sage de rençncer à mes recherches? »
11 n'a donc k pas trouvé, » mais parce qu'il a cherché en homme sérieux et en chrétien, et n'a