‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 34 sur 92 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

pas voulu se contenter de ce que le monde aurait trouvé suffisant, brillant. Il a voulu la femme selon la Bible, la femme « couronne de son mari,» comme disent les Proverbes, et il n'a pas estimé que la richesse ni la naissance pussent former cette couronne. Non-seulement il refuse le riche parti qu'on lui offre, mais il le refuse sans hésitation, sans effort ; il ne cherche aucun accommodement avec lui-même, et, frappant aussitôt à une autre porte, il s'enlève tout moyen de renouer l'affaire. N'oublions pas qu'il n'avait rien, et que son modeste salaire était toute sa fortune.

Il trouva enfin ce qu'il cherchait. Un anabaptiste, Jean Storder, ramené par lui à l'Évangile, était mort peu après, laissant une veuve et des enfants. Elle se nommait Idelette, Idelette de Bure, du nom d'une petite ville de la Gueldre. Bucer la connaissait; il avait vu ses belles et solides qualités se développer encore, dans son veuvage, sous le poids de l'épreuve et du devoir. Il parla d'elle à Calvin, et le choix de Calvin fut fait. Elle lui apportait en dot une piété sérieuse, une tendresse vigilante, une àme, enfin, à la hauteur de tous les sacrifices.

Le mariage eut donc lieu en septembre. Des députés de l'Église de Neuchâtel y assistèrent ; on ne sait pas si Farel fut du nombre. En partant, peu après, pour Worms, Calvin confia sa femme aux soins de son frère Antoine et d'une famille distinguée, celle des Richebourg, dont il avait instruit

les fils. Mais de tristes nouvelles vinrent bientôt le chercher à Worms, puis à Ratisbonne, où la diète avait été transférée. Strasbourg était décimé par la peste. Le jeune Louis de Richebourg avait succombé au fléau, et, après lui, son précepteur, Claude Ferey, ami intime de Calvin. Calvin tremblait de recevoir d'autres nouvelles, plus cruelles encore. Une lettre à un ami de Strasbourg (avril 1541) nous peint vivement ses angoisses. c< Je fais effort, écrit-il, pour résister à ma douleur. Je recours à la prière, aux méditations saintes, afin de ne pas perdre tout courage. » Ses prières furent exaucées. Il eut la force de remplir son devoir jusqu'au bout, et il retrouva à Strasbourg celle qui était désormais une portion de lui-même.

Ce fut donc à Worms que l'allèrent chercher les envoyés genevois. Il avait déjà répondu, le 23 octobre 1540, aux premières ouvertures du Conseil de Genève. «Magnifiques, nobles et honorables Seigneurs, écrivait-il, je vous puis testifler devant Dieu que j'ai en telle recommandation votre Église que je ne voudrois jamais défaillir à sa nécessité, en tout ce que je me pourrois employer... Et à cette cause je suis en merveilleuse perplexité, désirant de satisfaire à votre demande... et d'autre

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