‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 36 sur 92 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

selon lui, donne à chaque Église le droit d'intervenir frateniellement dans les affaires de toutes les autres. Cette idée fut celle des premiers siècles chrétiens; nous voyons, en ces temps, toutes les Églises, tous les évoques, se considérer comme solidaires de tout ce qui se passait dans le monde chrétien, et s'en mêler, par conséquent, sans scrupule. Les applications de ce droit vont nécessairement s' amoindrissant à mesure que les Eglises reçoivent une organisation plus régulière; mais, quand reviennent des circonstances plus ou moins analogues à celles des premiers siècles, le droit se retrouve entier et le devoir aussi. Ce n'était donc point un privilège que Calvin réclamât pour FÉglise de Genève ; mais bientôt, grâce aux circonstances, grâce à lui, surtout, et à son génie, le privilège se trouva établi, et même d'autant plus so- Udement qu'il n'avait à sa base aucune idée hiérarchique. Nous reviendrons sur cette espèce de papauté fraternelle que la Compagnie de Genève allait exercer au milieu du monde protestant, et nous n'avons voulu qu'en marquer ici l'humble début. Tout est fécond dans la main d'un grand homme.

Calvin, du reste, n'avait pas perdu un moment pour remettre l'Église de Genève en état de jouer

âignement ce rôle. Dès sa première audience en Conseil, après ces « excuses tout au long » dont il est parlé dans le registre, Calvin « prie Messieurs qu'on mette ordre en l'Église, que cet ordre soit mis par écrit, et qu'on choisisse gens du Conseil pour en conférer ensemble. » Il entendait que l'on coordonnât tous les règlements existants, qu'on y ajoutât ceux qui seraient jugés nécessaires, et que le tout formât un code ecclésiastique complet. Cette proposition ne pouvait soulever aucun débat; elle était acceptée d'avance parle seul fait du rappel de Calvin. Six conseillers, quatre du Petit Conseil, deux du Grand, sont élus c< pour avoir conférence avec les prédicants, » et préparer soit les Ordonnances générales, soit ce qui a rapport au Consistoire.

Ce dernier mot avait paru au registre, pour la première fois, le 8 avril. « Ordonné qu'il soit érigé un Consistoire, » soit pour juger les causes matrimoniales, soit pour o( faire des remonstrances à plusieurs qui vivent mal. » On était donc revenu, avant le retour de Calvin, à une des idées auxquelles il tenait le plus. Il estimait que tout corps de lois suppose un tribunal chargé de punir les infractions; mais il ne voulait pas que le Conseil, le gouvernement, continuât à être ce tribunal, et, en demandant une juridiction spéciale, il avait en vue deux choses : assurer une répression régulière ; séparer, autant que cela était alors possible, le domaine religieux du domaine politique. Ainsi, le

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