‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 37 sur 92 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Consistoire émanerait de l'État, serait l'État, mais l'État organisé en vue d'un mandat moral et religieux. La séparation des deux domaines serait donc analogue a celle que nos lois modernes établissent entre le pouvoir politique, quelle qu'en soit la forme, et le pouvoir judiciaire. Le juge émane du souverain, prononce au nom du souverain, et prononce pourtant souverainement. Il est souverain dans le domaine que lui a assigné le souverain. L'idée n'iivait cependant reçu, depuis le mois d'avril, aucun commencement d'exécution. Après quelques tâtonnements, on avait fini par décider qu'on attendrait Calvin, et nous venons de voir ce qui eut lieu, en effet, dès le premier jour.

Nous avons aussi vu que l'on s'était occupé, avant son arrivée, du logement à lui donner. D'autres détails ont été trouvés dans les registres. Ainsi, le 20 septembre : c( Ordonné qu'il lui soit acheté du drap pour lui faire une robe, » et, quelques jours après : ce Fait mandement au trésorier de livrer pour la robe de maître Calvin, enclus drap et fourrure, huit écus soleil. » Le 4 octobre : «Salaire de maître Calvin, lequel est homme de grand savoir et propice à la restauration des Églises chrestiennes, et supporte grande charge de pas-

sants. Sur quoi, résolu qu'il ait de gage par an cinq cents florins, douze coupes de froment et deux bossots de vin. » Cinq cents florins représentaient environ quatre mille francs d'aujourd'hui.

Mais revenons au logement. Quelques détails sur ce point ne seront peut-être pas sans intérêt.

La maison ce du seigneur de Freyneville » était une maison vendue précédemment par l'État à ce seigneur, originaire de Picardie. Ayant quitté Genève, il désirait la revendre, et le Conseil avait décidé de la racheter. Calvin, cependant, nous ne savons pour quelles raisons, n'y entra que deux ans après, et fut logé, pendant ces deux années, dans une maison touchant celle-là, ancienne propriété de l'abbé de Bonmont, Aimé de Gingins. Les deux étaient dans la rue des Chanoines, et correspondaient, l'une au numéro actuel 11, l'autre au numéro 13. Moins grandes que celles qui les ont remplacées, elles avaient chacune, par derrière, un petit jardin ; la vue, par derrière aussi, passait par dessus les toits échelonnés de la ville, et embrassait au loin le lac, ses rives, le pays de Vaud, les pentes boisées du Jura.

Là donc allait vivre Calvin; là il devait, après ving-trois années, rendre le dernier soupir. Ce lac, ces montagnes, ce lointain à la fois si riant et si grandiose, on aimerait savoir si ses yeux en étaient charmés, si son âme y cherchait parfois le repos et son esprit le délassement. Luther ne nous aurait pas laissés dans cette incertitude. Le Léman

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