‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 38 sur 92 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

bleu se serait reflété dans plus d'une de ses pages le Jura lui aurait fourni plus d'une image gracieuse, les Alpes plus d'une image austère, l'ensemble plus d'une prière à l'auteur de toutes ces merveilles. Pourtant, de ce que Calvin n'en a rien dit, ne nous hâtons pas de conclure qu'il n'en ait rien su voir; il pourrait, au contraire, tel que nous le connaissons, en avoir beaucoup joui sans en jamais rien dire. JJne lettre à M. de Falais, en février 1847, n'est pas d'un homme qui ne mette aucun prix aux petits jardins, aux belles vues. Chargé par son ami de lui louer une maison à Genève, il décrit celle qu'il a choisie. «Vous aurez jardin au devant; derrière, autre jardin encore. Une grand'salle d'aussi belle vue que vous en sauriez souhaiter pour l'été. . .» Il dit cela sans phrases, cir toute phrase lui fait peur; mais c'est précisément pourquoi un seul mot, chez lui, dit beaucoup. Que de choses, par conséquent, dans cette autre lettre, fort courte, qu'il écrit à Viret en juillet 1550 ! Il a appris que le pasteur de Lausanne veut lui faire une visite, et le voilà bâtissant, sur cette nouvelle, tout le plan d'une charmante semaine pendant laquelle il prendra, ce qui ne lui arrive guère, ses vacances. Viret s'arrangera pour être à Genève le dimanche. Il piochera, le matin, à la ville; Calvin doit prêcher à Jussy, au pied de la montagne, et Viret viendra l'y rejoindre après dîner. Promenade, ensuite, jusque chez M. de Falais, à Veigy. Le lendemain, on traversera le

lac, et on ira « rustiquer » jusqu'au jeudi, sur les riants coteaux du pays de Vaud, chez les seigneurs de Pommier et de l'Isle. Le vendredi, enfin, excursion à Pregny ou à Bellerive. Dans tout cela, point de phrases non plus ; mais on sent palpiter, sous ces quelques mots si simples, un cœur ouvert aux charmes de la nature comme aux douceurs de l'amitié.

Au reste, il est bien d'autres choses qu'on voudrait pouvoir demander à cette humble maison où habita et mourut Jean Calvin.

Sa femme vint l'y rejoindre en octobre. Le Conseil avait donné ordre, dès le 16 septembre, d'aller la chercher à Strasbourg, elle et « son ménage, » et le registre mentionne, un mois après, les vingtdeux journées payées au messager pour l'allée et le retour, puis la vente aux enchères du a charret» et des trois chevaux que la république avait achetés pour ce voyage, considérable alors. Mais le « ménage, » plus que modeste, allait être insuffisant pour la maison ; aussi, dès le lendemain du jour où on avait arrêté de le faire chercher, le registre mentionne c( cent vingt et un florins deux sols » votés pour payer « le ménage livré à maître Jehan Calvin, » ménage que nous trouvons inventorié, du moins quant aux meubles de bois, en date du 12 décembre 1547, et inventorié encore, après la mort de Calvin, le 25 septembre 1564, jour où l'État en reprit possession. L'inventaire constate, à cette époque, qu'il manque « un buffet

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