‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 39 sur 92 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sans serrure ; » mais, en revanche, une douzaine d'escabelles que l'ancien inventaire appelait «tant bonnes que méchantes » se trouvent neuves dans le dernier. L'un comme l'autre mentionne « une chaise à dos, de noyer, menuisée, » et cette chaise, longtemps conservée dans la chaire de la chapelle de l'hôpital, est aujourd'hui dans celle de Saint- Pierre. Il n'y a, du moins, aucune raison de révoquer en doute la vérité de la tradition qui l'affirme.

Mais, ce modeste intérieur dont on se figure assez bien l'aspect matériel, on voudrait pouvoir l'animer de détails vivants, surtout pendant le peu d'années qu'Idelette de Bure en fut le centre. Ici revient malheureusement, sous un de ses aspects les plus sévères, le contraste que nous retrouvons sans cesse entre le génie du réformateur allemand ' et celui du réformateur français. « Autant Luther est prodigue de ces effusions familières qui nous initient aux événements, heureux ou tristes, de sa vie *, soit qu'il loue en termes enjoués sa chère Ketha, soit qu'il pleure sur le cercueil de sa petite Madeleine, soit qu'il décrive poéttquement à son fils les joies du paradis, autant Calvin est sobre de ces détails intimes qui répandent une douce lumière autour du foyer domestique. Son âme, absorbée par les tragiques émotions de la lutte qu'il soutient à Genève et par les travaux de sa

* Nous empruntons ces lignes à M. Jules Bonnet. (BuUetin de la Sod^é d'histoire du protestantisme français.

vaste propagande au dehors, semble redouter l'effusion comme une faiblesse, et ne s'épanche que rarement, par des paroles brèves, rapides, éclairs de sensibilité qui révèlent des profondeurs inconnues, mais sans les dévoiler entièrement. Vivant, pour ainsi dire, à l'ombre du réformateur, Idelette nous apparaît dans un demi-jour mystérieux.

Quelques traits, cependant, peuvent être fixés et réunis.

» Ces traits, épars dans la correspondance de Calvin et de ses amis, sont ceux de la femme chrétienne appliquée à tous les devoirs de sa vocation. Visiter lefe pauvres, consoler les affligés, accueillir les étrangers qui viennent frapper à la porte du réformateur ; veiller à son chevet durant les jours de maladie, ou lorsque, bien disposé « par tout le • reste du corps, » il est «tourmenté d'une douleur qui ne le souffre quasi rien faire, » tellement qu'il a c( presque honte de vivre ainsi inutile ; » le soutenir aux heures de découragement et de tristesse; prier, enfin, seule au fond de sa demeure, quand l'émeute gronde par les rues et que de toutes parts s'élèvent des cris de mort contre les ministres : voilà les soins qui remplissent la vie d'Idelette. Ses plaisirs les plus vifs sont d'ouïr les saintes admonitions, d'exercer l'hospitalité chrétienne envers les amis de Calvin, Farel, Viret, Théodore de Bèze, de l'accompagner dans ses rares promenades à Cologny ou à Bellerive, de visiter, à Lausanne, la femme de Viret, la pieuse Elisabeth Turtaz, qu'elle

Page 1