LIVRE QUATRIÈME
sa vérité, et qu'il les amène au martyre comme par la main, jamais il ne les laisse dépourvus des armes qui y sont requises... Soyez donc assurés que ce bon Dieu, qui se montre au besoin, ne vous délaissera point que vous n'ayez de quoi magnifier puissamment son nom... Méditez cette gloire et immortalité céleste à laquelle nous sommes conviés et sommes certains de parvenir par la croix, ignominie et mort... C'est chose étrange, au sens humain, que les esclaves de Satan nous tiennent les pieds sur la gorge ; mais nous avons de quoi nous consoler en toutes nos misères, attendant cette heureuse issue, laquelle nous est promise, que Dieu lui-même essuyera les larmes de nos yeux...» Et après bien d'autres paroles que nous regrettons de ne pas transcrire : « Si vous pouvez, ajoutait-il, communiquer avec les autres frères, je vous prie les saluer aussi de par moi. » Or, savezvous comment ils communiquaient entre eux?
Voici ce que Louis de Marsac, un d'eux, écrivait à Calvin. « Je ne vous pourrois réciter. Monsieur et Frère, la grande consolation que j'ai reçue des lettres qu'avez envoyées à mon frère Denis Peloquin, lequel trouva moyen de les bailler à un de nos frères qui étoit en un croton * au-dessus de moi, et m'en fit la lecture, parceque je ne les pouvois lire, d'autant que je ne voyois rien en mon croton. Je vous prie donc de persévérer
( Cachot souterrain.
pour nous assister toujours de semblable consolation, qui nous invite à pleurer et prier. » C'est ce Louis de Marsac qui s'indigna, partant pour le bûcher, qu'on ne lui mît pas, comme aux autres, une corde au cou, vu qu'il était noble. Il demanda pourquoi on lui refusait le collier de « cet excellent ordre» du martyre. Un Genevois, Pierre Berger, avait eu peu auparavant cet honneur, et, au moment où les flammes l'atteignaient, il avait dit, comme Etienne : « Je vois les cieux ouverts!»
Mais de tous les martyrs que Calvin eut à exhortera cette époque, cinq surtout, les dnq prisonniers de Lyon^ comme on disait, eurent à le bénir en leur épreuve.
C'étaient cinq jeunes Français qui avaient étudié à Lausanne, où l'on venait de leur conférer le Ministère. Après quelques jours passés à Genève, ils rentrèrent en France, et, à Lyon, furent arrêtés. L'intervention du gouvernement bernois, les hautes protections qu'on mit en jeu, l'intérêt que ces jeunes gens excitèrent chez beaucoup de catholiques, tout cela ne servit qu'à prolonger un douloureux procès où l'acharnement des juges ne fut égalé que par la constance des victimes. Dans une première lettre, écrite en juin 1552, Calvin leur parle de ce qu'on a fait pour les sauver et de ce qu'on veut faire encore; mais, sans leur ôtertout espoir, il les prépare aux plus redoutables chances, et les invite à chercher en Dieu, sans tarder, ce