LIVRE QUATRIÈME
courage qui n'est qu'en Dieu. Condamnés, en effet, par les juges de Lyon, ils en appelèrent au parlement de Paris. Conduits à Paris, ramenés ensuite à Lyon pour y entendre leur sentence, ils la reçu rent le 1" mars 1583 : l'arrêt de mort était définitif. (( Nous avons été, leur écrit Calvin, eu plus grande tristesse que jamais, ayant entendu la conclusion prise J)ar les ennemis de la vérité. » On tentera encore quelques démarches; la grande, la seule qui ne puisse échouer, c'est dé les recommander à Celui qui les a déjà tant soutenus. « Nous fetdns ici notre devoir de le prier qu'il se glorifie de plus en plus en votre constance, et que, par la consolation de son Esprit, il adoucisse et rende aimable tout ce qui est amer à la chair, et tellement ravisse vos sens à soi, qu'en regardant à cette couronne céleste, vous soyez prêts de quitter sans regret tout ce qui est du monde.» Enfin, au commencement de mai, dernière lettre. « Le roy de France a refusé plat et court toutes les requêtes que lui ont faites Messieurs de Berne. Il n'y a, de ce côté là, plus d'attente, et même quelque part que nous regardions ici-bas.» Ils ont su, quand il y avait encoTe de Tespôir, ne pas cesser de regarder à Dieu ; comment ne le fetaient-ils pas maintenant que «t la nécessité les eihorte d'adresser tous leurs sens au ciel?» bien les a c*hoisis potirîait*e éclater sa force en leur faiblesse. « D'autant qu'il vous a fait ce privilège que vos litens orft été renommés fet tjue le bruit en a été épandu partout, il fâittdrà, en dépit
de Satan, que votre mort retentisse encore plus fort, à ce que le nom de notre Dieu en soit magnifié. » Ainsi continue-il encore longtemps, ému, mais ferme, toujours parlant au nom du devoir, toujours demandant le sacrifice tel qu'il l'accomplirait lui-même, sans s'étourdir, sans demander à Tenthousiasme de lui épargner aucune douleur, aucun effort, mais inébranlable en son courage et inébranlable en sa foi.
Ils périrent donc, le 16 mai, animés de cet esprit et pleins de ce courage. « Étant venus au lieu du supplice, raconte Crespin dans YHistoire des Martyrs^ ils montèrent d'un cœur alègre sur le monceau de bois, les deux plus jeunes les premiers... Le dernier qui monta fut Martial Alba , le plus âgé des cinq, lequel avoit été longtemps à deux genoux, priant le Seigneur. Il demanda au lieutenant Tignac de lui octroyer un don. Le lieutenant lui dit : c< Que veux-tu ? » Il lui dit : « Que je puisse baiser mes frères devant que mourir. » Le lieutenant le lui accorda. Lors le dit Martial baisa les quatre déjà liés, leur disant à chacun : « Adieu, adieu, mon frère! n Le feu fut allumé. On entendit la voix des cinq confesseurs s' exhortant encore l'un l'autre : <c Courage, mes frères, courage ! » et ce furent, poursuit Crespin, «les dernières paroles ouïes des dits cinq vaillants champions et martyrs du Seigneur.»
Ainsi mourut, deux mois après, un autre martyr, Dymonet, qu'une longue et belle lettre de