‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 52 sur 92 · L1TR£ QUATRIÈME · texte numérisé non relu

L1TR£ QUATRIÈME

Henri VIII était mort en 1546, et, avec lui, cette religion que la mauvaise foi ou l'ignorance a seule pu confondre avec le protestantisme évangélique. Son fils, Edouard VI, n'avait que neuf ans ; le duc de Somerset, Régent, l'éleva dans les principes d'un christianisme sérieux, et les proclama, sans délai, dans le royaume. De là les relations du Régent avec Calvin, qui lui dédie, en juin 1548 , son Commentaire sur la première Épître à Timothée ; de là , en particulier, cette remarquable lettre que Calvin lui adresse, cette même année, en octobre, et qui renferme un exposé complet des vues du réformateur sur la transformation à faire subir à l'Angleterre.

Il commence par féliciter le Régent de ce que Dieu lui a mis au cœur cette grande œuvre. Dépositaire de l'autorité royale, il peut «réprimer parlé glaive» ceux qui s'opposeraient à ses projets; mais, le grand moyen, c'est de faire en sorte que l'Évangile porte tous ses fruits de sainteté, et que c< ceux qui font profession de l'Évangile soient vraiment réparés à l'image de Dieu. » Or, pour cela, trois choses sont nécessaires : Pureté de la doctrine, extirpation des abus, correction des vices et des scandales.

Sur le premier point, un seul principe est réellement fécond, et tout doit y être ramené : c'est celui de la justification par la foi. Mais la fécondité de ce principe dépend de la manière dont on le prêche; et ici vient une belle page sur ce que doit

être ou ne pas être une prédication vraiment chrétienne. Il faut que le peuple soit « touché au vif, » et Calvin craint qu'il n'y ait encore a bien peu de prédication vive » en Angleterre. Or, a vous savez, Monseigneur, comme saint Paul parle de la vivacité qui doit être en la bouche des bons ministres de Dieu, qui ne doivent point avoir une parade de rhétorique pour se faire valoir, mais que l'Esprit de Dieu doit résonner en leur voix. » Qu'on ait donc « de bonnes trompettes qui entrent jusques au profond des cœurs, car il y a danger que vous ne voyiez pas grand profit de toute la réformation que vous aurez faite, quelque bonne et sainte qu'elle soit, sinon que cette vertu de prédication soit déployée quant et quant.»

Sur le second point (les abus), un seul principe est aussi à poser : c'est de revenir pleinement à l'Écriture et aux vraies traditions apostoliques. Sans nommer Henri VIII, qu'il ne pouvait directement prendre à partie sous le règne de son fils, Calvin demande qu'on proscrive tout ce qu'il avait conservé du romanisme, tous les accommodements qu'il avait imaginés entre le romanisme et l'Évangile. c( Rien qui déplaise plus à Dieu que quand nous voulons par notre prudence humaine modérer ou retrancher, ou avancer ou reculer outre [au delà dé) sa volonté. » La Réformation doit être l'œuvre de Dieu ; si ce n'est pas la Parole de Dieu qui* règle souverainement ce qu'on doit conserver ou abolir, la Réformation n'est plus

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