‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 53 sur 92 · LIVRE QUATRIÈME. 36S · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 36S

qu'œuvre d'homme, fragile et vaine comme toute œuvre d*homme.

Sur le troisième point (lesvices), un seul princiite encore : réprimer tout ce qu'on pourra réprimer, punir tout ce qu'on pourra punir. Même logique et même erreur, ici, que dans les lois données par lui à Genève. Même logique : Vous punissez, dit Calvin, les crimes commis contre les hommes ;pouvezvous ne pas punir les crimes commis contre Dieu? Même erreur et même danger : En punissant les crimes commis contre Dieu, vous risquez d'usurper ses droits, d'être un tyran, et, ce qui est pis, de lui en donner l'air à lui-même. Mais Calvin ne voit et ne veut voir, en Angleterre comme à Genève, que la nécessité de mettre les mœurs en harmonie avec la foi; il ne comprend pas un chrétien ayant le pouvoir en main, et ne l'employant pas à faire régner l'Évangile.

Le Régent goûtait ce programme ; il fit de son mieux pour le remplir. Renversé, l'année suivante, par une coalition d'intérêts politiques et de haines religieuses, emprisonné, menacé demort, il prouva, par une chrétienne patience, que le christianisme n'était pas seulement, pour lui, un moyen de gouvemement, mais, une force intime et une vie. C'est ce dont Calvin le félicite, en mai 1680, bien plus que du retour de fortune qui lui a rendu, en partie, son autorité de Régent. Chrétien dans la disgrâce, qu'il le soit encore, maintenant, en pardonnant à ceux dont il pourrait se venger; qu'il le soit aussi

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en remettant courageusement la main k l'œuvre du Seigneur en Angleterre. « Relevés d'une maladie périUeuse, ne devons-nous pas être soigneux au double et honorer ce bon Dieu à double, comme s'il nous avoit donné une seconde vie?... Dieu, en vous obligeant à soi de nouveau, a voulu vous inciter à faire mieux que jamais. » Mais Dieu, parfois, laisse périr ses meilleurs ouvriers; il ne veut pas que nul homme se croie nécessaire à ses desseins. Le duc de Somerset fut renversé une seconde fois, et, peu après, monta sur l'échafaud, pleuré du jeune roi au nom de qui on le condamnait à y monter.

Mais ce jeune roi annonçait plus de zèle encore que le duc pour l'établissement définitif de la Réforme évangélique. Il avait quatorze ans lorsque Calvin lui dédia deux de ses ouvrages, le Commentaire sur Ésale et le Commentaire sur les Épttres Catholiques; et l'hommage de ces deux livres ne s'adressait pas au roi seulement, mais à l'enfant extraordinaire déjà capable de les lire, de les juger et de s'en nourrir. Une raison précoce et des facultés éminentes avaient frappé d'étonnement, dès ses premières années, les maîtres chargésde l'instruire ; une piété vive lui faisait trouver de l'attrait à toute étude religieuse, soit d'édification, soit de controverse, et c'est vers cette époque qu'il écrivit, sous forme de discours, un plan de rétormation probablement calqué sur la lettre de Calvin au duc de Somerset. L'hommage des deux livres lui fut une grande joie; Calvin, dans une lettre à Farel, raconte

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