‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 55 sur 92 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

pour restaurer et propager la vérité?)) L*inteation était bonne; ridée, dangereuse. Un concile protestant n'eût probablement servi qu'à mettre en saillie, avec les divergences qui s'étaient déjà manifestées, celles qui disparaissaient, devant Rome, au milieu des périls et des héroîsmes de la lutte. Ne valaitril pas mieux que chaque Église restât maîtresse de sa foi, et gardât, contre l'ennemi commun, tout l'élan de la liberté? Rome exploitait, comme aujourd'hui, l'argument des diversités protestantes ; les protestants répondaient, comme aujourd'hui, en combattant tous de leur mieux sous rétendart commun de Jésus-Christ, et cette unité-là valait bien l'unité douteuse à laquelle on ne serait arrivé, comme l'Église romaine, que par l'exclusisme d'abord et le sommeil ensuite. Mais Calvin fut séduit par le c6té grandiose de l'idée, peut-être aussi par le succès qu'il venait d'obtenir, comme nous le verrons, auprès des Églises de la Suisse, et par celui qu'il ne désespérait pas encore d'obteiiir en Allemagne. Dans sa réponse, il remercie chaleureusement Cranmer de ce que les affaires d'Angleterre ne l'empêchent pas dé songer aux intérêts généraux de l'Église. Il trouve le projet pieux et sage, et, quant à lui, volontiers il traverserait a dix merfe, » s'il le fallait, pour se rendre à cette assemblée bénie. La fin de la lettre est cependant un peu moins chaleureuse, si ce n'est même un peu embarrassée, et nous ne serions pas surpris que Calvin n'eût fait, sans le

dire, quelques-unes des réflexions que nous venons de faire. Mais, ce qui ne varie pas, c'est sa vive affection pour r Angleterre et son entière confiance dans les vertus du jeune roi.

La mort allait détruire toutesf ces espérances, déjà réalisées en partie. Edouard mourut avant seize ans, et après lui régna sa sogur Marie, dont tous les soins tendirent aussitôt à Textirpation de la Réforme. Elle tentait l'impossible. La Réforme avait jeté ses racines dans les entrailles du peuple anglais; le règne d'Edouard VI, quoique bien court, avait suffi, en la mettant dans sa véritable voie, pour opérer en Angleterre ce que le règne de Calvin opérait à Genève. Mais Marie pouvait ce (fu'on peut toujours quand on a la force en main, — faire des martyrs ; et Cranmer fut une de ses victimes. Calvin, en 15B0, remerciait Edouard VI de l'accueil fait par lui aux réfugiés français; Genève allait avoir des réfugiés anglais, chassés aussi par la persécution. En 1855, Calvin demande pour eux au Conseil l'usage d'un des temples de la ville. «Autrefois, dit le registre, lesdrts Anglois ont reçu les autres nations et leur ont donné église ; mais maintenant il a plu à Dieu les affliger. » On leur prêta le temple de l'Auditoire, déjà prêté mix Italiens. Deux ministres, nommés par eux, furent agréés par le Conseil, et Tun de ces ministres fut r«aûplacé. Tannée suivante, par le futur réformateur d^ VËcosse, John Knox. La mort de la veine Marie et l'avènement d'ÉU^abeth

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les rappelèrent, en 185d, dans leur patrie, et, peu après, nous 7070ns TÉglise française de Londres demander à la Compagnie un pasteur. La Compagnie, avec l'agrément du Conseil, prêta le pasteur Des GaUars, celui qui avait porté au roi les livres de Calvin. Des Gallars resta trois ans à Londres, et nous le voyons, à son retour, chargé pour Calvin et pour Genève des plus vifs témoignages de la reconnaissance des Anglais.

Ainsi s'était établie, entre l'Angleterre et Genève, cette intime alliance que scellait et que scelle encore le grand nom du réformateur. La puissante monarchie et la petite république allaient être sœurs devant Dieu, sœurs même devant les hommes, tant la grandeur morale efface, même aux yeux du monde, toutes les inégalités; et si Tune des deux devait quitter le nom de sœur pour prendre celui de mère , c'est l'Angleterre qui le donnerait, ce nom, à la cité de Calvin.

Mais une des portions de la puissante monarchie, l'Ecosse, allait être plus spécialement la fille nu la sœur de Genève. Là devaient se graver, plus profondément qu'à Genève même, certains traits du génie et de la foi de Calvin.

John Knox n'était resté, en trois fois, qu'environ trois ans à Genève ; il n'y vint, d'ailleurs, qu'après avoir déjà courageusement fait ses preuves quant à la doctrine et au zèle. Que pouvait lui donner le réformateur genevois ?

Rien, semble-t-il ; et il lui donna beaucoup, et

Knox, en quittant Genève, se sentit comme un nouvel homme, etTÉcosse, en revoyant Knox, se sentit, elle aussi, comme sous un nouveau souffle de doctrine et de vie.

Que s'était-il passé? — Laissons à de plus habiles le soin d'étudier comment le génie de l'Ecosse, personnifié en Knox, se trouva en communion si intime avec le génie de Calvin. Il y a toujours, dans ces questions, des éléments qui nous échappent, des choses que Dieu seul, le maître des cœurs, a pu savoir. Constatons simplement ce qui a été, ce qui est. L'Ecosse le manifeste assez hautement depuis trois siècles. Elle a été heureuse et fière de se rattacher, par Knox, à un plus grand que Knox, et cette reconnaissance, plus profonde peut-être aujourd'hui qu'à nulle autre époque, n'est pas moins glorieuse pour l'Ecosse que pour Calvin.

Grande fut aussi, grande est encore celle d'un autre peuple dont l'esprit de Calvin allait fixer les destinées. La Hollande, pas plus que l'Ecosse ou l'Angleterre, n'avait reçu de lui les premiers ferments évangéliques ; mais elle trouva en lui ce que cherchaient ses aspirations premières, et ce fut au milieu des plus effroyables luttes pour sa liberté, pour sa foi, qu'elle apprécia de mieux en mieux ce qu'il lui avait donné.

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