‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 57 sur 92 · LIVRE OUATElillE · texte numérisé non relu

LIVRE OUATElillE

Nous ne les aTon» fdacés ici que comme liés aux précédeato, et pour n'avoir pas à revenir sur ces tristes sujets.

n nous resterait maintenant, pour achever rhistoire de la période antérieure, à dire quelques mots des écrits du réformateur pendant ces neuf années. Elles furent les plus féeondes de cette vie si pleine, et, en particulier, elles virent publier tous les Commentaires de Calvin sur le Nouveau Testament.

Ainsi, en 1S46 et 47, les deui Épttres aui Corinthiens ; en 48, Épltres aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, et les deux à Timothée; en 49, Épttre à Tite et Épttre aux Hébreux; en 80, Épttre de saint Jacques et les deux aux Thessalonieiens ; en SI, Épttres de saint Jean et de saint Jude, et nouvelle édition de toutes les Épttres de saint Paul; en 82, les Actes; en 83, saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, commentés parallèlement, puis saint Jean. L'aneien Testamefit ne vint qu'après, sauf Ésale, publié en 1581, et la Genèse en 84.

Les Commentaires de Calvin malrquent une révolution dans Tétude de la Bible, et occupent, à ce titre, une place éminente, non-seulément dans

rhistoire de la théologie, mais dans celle de Tesprit humain. C'est le bon sens détrônant l'érudition scolastique; c'est la vérité cherchée, sur chaque verset, sur chaque mot, par le plus droit et le plus court chemin. On a pu, sans doute, en bien des endroits, trouver mieux, mais précisément parce qu'on suivait sa méthode. La science biblique lui a dû, en un mot, ce que doit toute science à un homme qui la transporte sur le terrain des faits, et lui donne pour base l'observation, l'expérience. Cet homme pourra se tromper encore, et sur beaucoup de détails, et sur des points plus graves ; mais il aura ouvert la voie à tous les progrès ultérieurs, et il aura droit, en ce sens, à revendiquer comme siennes les choses mêmes qui viendront plus tard corriger telle ou telle partie de son œuvre. Il faut, d'ailleurs, avec Calvin, ne jamais se hâter de croire qu'on a mieux compris, mieux vu que lui. L'exégèse moderne a eu souvent la surprise de découvrir que ce qu'elle croyait neuf était chez Calvin depuis trois siècles ; souvent aussi, après avoir hautement rejeté telle ou telle de ses interprétations, on y est revenu, de nos jours, comme à la meilleure. Même, eniSn, dans les choses qu'il ne pouvait pas savoir, celles que les voyages, l'archéologie ou d'autres sciences, n'ont éclaircies qu'après lui, sa haute raison suffit souvent pour lui faire entrevoir le vrai à travers toutes les erreurs et toutes les ignorances de son temps.

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Ce temps se croyait savant; il avait, à certains égards, raison de le croire. Mais sa science était surtout de l'érudition, et l'érudition, mal employée, est la mort de la vraie science, le fléau de l'esprit humain. Calvin, commentateur, ne la dédaignera point; mais il n'en voudra, et, surtout, n'en donnera que ce qui est véritablement utile , ce qui va au but, ce qui éclaire. Il sait qu'on ne l'a souvent étalée que pour cacher une trop réelle ignorance: Chez lui, jamais de citations qui ne soient pas positivement nécessaires pour appuyer ou pour éclaircir son dire ; jamais d'interprétations examinées pour le plaisir de les examiner ; jamais rien, surtout, qui ressemble à un exercice d'esprit, à un amusement sur l'Écriture. « C'est une audace qui emporte sacrilège, vous dira-t-il *, de tirer çà et là les Écritures sans direction aucune, et de s'en jouer à plaisir comme d'une chose qui n'est faite que pour le passe-temps, ce que plusieurs ont fait longtemps. y> Longtemps, en effet ; bien longtemps. Les écoles du moyen âge n'avaient étudié la Bible que comme matière à exercices, comme aliment à la scolastique, et c'est une des choses qui expliquent pourquoi on s'apercevait si peu d'un si complet manque d'accord entre la Bible et le romanisme. On fouillait, mais pour fouiller, bien plus que pour trouver; on labourait et relabourait le sol de l'Écriture , mais sans lui demander de

1 Épip-et de saint Paul. Dédicace à Simon Grpée.

riea produire. Le réfon&ateur, au eooindra, ne veut pas perdre un seul coup de sa laborieuse pioche ; il n'eutend pa» oimir le iMiadre bout de sillon où ne puisse germer eA fruety^er une idée, semée là de la maia de Bien.

Encore un point, par conséquent, oit apparaît l'unité Tiyante de son œuvre. Dans YlnstitutUm, qui en est comme le programme, toujours la pratique à côté de la théorie, Thomme moral à c6té de rhomme croyant, ou, pour mieux dire, unité complète des deux hommes , tellement que, là où manquerait Tun des deux, Calvin niera que Tautre existe. Dans les lois de Genève, consécration politique et civile de cette idée, poursuile opiniâtre, impitoyable, s'il le faut, de ce môme idéal. Dans les Commentaires, enfin, recherche attentive et pieuse de tout ce qui pourra fournir aux hommes les moyens de le réaliser.

Mais ce qui rend surtout cette recherche fructueuse, c'est Texpérience chrétienne que l'auteur y déploie. Là est sa grande habileté , car il est alors mieux qu'habile : il est chrétien , purement chrétien. Vous aurez beau, en commentant la Bible , ne vouloir rien dire que d'utile ; à quoi servira l'intention si vous ne discernez pas, faute d'expérience, ce qui est utile ou non, ce qui servira ou non à développer la vie chrétienne? Il faut donc, pour cela, avoir vécu de cette vie, et, déplus, en avoir vécu en se repliant sur soi-même, en étudiant, dans son prqire cœœr, l'inAuence^la portée.

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