‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 58 sur 92 · LIVRE OVATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE OVATRIÈME

la fécondité de chaque idée. Voilà le travail intérieur dont les résultats sont empreints à chaque page des Commentaires ; voilà aussi le secret de leur puissance. Ils sont, quoique sans chaleur, profondément vivants^ et, grâce à ce caractère de sérieuse vérité, Tabsence de chaleur n'est qu'un nouvel élément d'autorité, de force : on sent l'homme qui ne veut dire que ce dont il aura par devers lui, en lui, quelque irrécusable preuve. De là aussi un résultat qui surprend, au premier abord , quand on se rappelle que l'auteur est pourtant Calvin, l'absolu Calvin : c'est qu'on est à J'aise avec lui. Le Calvin des Commentaires n'est plus, sauf en quelques endroits , celui que nous nous faisons d'ordinaire ; c'est un ami qui vous promène à travers le champ de la Bible, vous racontant ce qu'il a vu, vous invitant à voir, vous arrêtant peu sur les fleurs , mais beaucoup sur les fruits, et vous offrant avec une sereine bienveillance ceux qui lui ont paru, à lui, les plus sains, les plus nourrissants. Mais il ne s'en tient pas à vous guider : il vous consulte, en quelque sorte, s' aidant de votre expérience, et vous forçant amicalement, si vous n'en avez guère encore^ d'en acquérir. Vous tenez la plume avec lui ; vous ne sentez sa supériorité que par le charme qu'on éprouve à entendre dire par un autre, sagement, clairement, ce qu'on a pensé soi-même ou ce qu'on voudrait avoir pensé.

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La publication des GommentaiFes avait été plusieurs fois interrompue par celle d'autres ouvrages que réclamaient les circonstances du dedans ou du dehors. Nous indiquerons les principaux.

En 4547, Calvin eut à écrire à TÉglise de Rouen, que troublaient les doctrines du panthéisme libertin, préchées par un ancien moine. « Je ne dois point dissimuler ni me taire, àiirîl dans l'introduction de cet écrit, quand j'entends que le nom de Dieu est blasphémé quelque part. »

C'est l'idée qu'il exprime encore. Tannée suivante, en reprenant la plume, non contie un moine obscur, mais contre l'assemblée fameuse dont les décrets allaient devenir l'Evangile de Rome. Rien encore, il est vrai, n'annonçait un tel résultat. Ouvert, après de longs délais, en 154S, le concile de Trente se traînait misérablement avec un tout petit nombre de prélats, vingt-cinq d'abord, puis un peu plus, presque tous Italiens, et visiblement embarrassés de ce grand nom d'œcuménique dont on avait décoré le concile. L'Église romaine a si bien su oublier et faire oublier ces pieds d'argile du colosse, qu'il est curieux de voir ce que pouvait en dire, sans risquer d'être contredit, un contemporain bien informé. Ces quel-

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