‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 59 sur 92 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

ques évêques afiublés du nom de concile œcuménique, Calvin demande s'il y a au moins parmi eux quelque nom connu, quelque théologien de quelque poids. Ignorés dans leurs obscurs diocèses, il leur a donc guffi «c de changer d'air» pour devenir la lumière du monde? Leurs décrets, d'ailleurs, ce ne sont pas eux qui les rédigent; le vrai concile de Trente est composé des quelques moines que les évêques ont amenés pour leur faire faire la besogne. Puis, le concile fût-il composé de mille évêques, les droits qu'il s'attribue ne seraient pas mieux fondés en saine doctrine et en histoire. Où a-t-on vu que les premiers conciles s'attribuassent l'infaillibilité? Quand ils se la seraient attribuée, les erreurs qu'enseigne celui-ci prouveraient assez qu'ils ont eu tort. Calvin, alors, passe en revue tous les décrets publiés. Il montre qu'après avoir proclamé, comme sources de la foi, l'Écriture et la tradition, le concile n'a réellement puisé que dans la seconde ; encore a-t-il décrété plus d'une chose que la tradition même se refusait à établir, entre autres la canonicité des apocryphes. Erreurs de fond ou vices de forme, contradictions, lacunes, obscurités involontaires, obscurités calculées, par exemple celles du décret sur la grâce, Calvin a tout vu, Calvin dit tout, et le concile, en somme, n'a encore produit qu'une page vraie, pleinement vraie : celle que les légats du pape, dans leur instruction d'ouverture, ont consacrée à peindre les vices du clergé, les maux de l'Église,

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la nécessité d'y porter remède. Hais, ce remède, les décrets du concile sont la meilleure preuTe que l'Église romaine ne le possède pas, — et les décrets ultérieurs allaient le prouver encore mieux.

Calvin ne s'est donc trompé qu'en une chose. Il a cru — ce que croyaient alors comme lui tous les catholiques, y compris les membres du concile, — que c'était affaire manquée, que l'obligation de formuler tant d'erreurs jusque-là flottantes était un malheur pour le romanisme. Il jugeait donc encore trop favorablement l'Église romaine ; il ne la croyait pas capable de faire.assez bon marché de l'Évangile pour accepter l'œuvre de Trente, et pour retrouver là son unité, son autorité, sa force.'

Le concile, d'ailleurs, venait d'être suspendu, et l'on pouvait douter qu'il fùX jamais réuni de nouveau, ce qui n'eut lieu, en effet, qu'après quatorze ans. De là, en Allemagne, le fameux Intérim de Charles-Quint, décret bizarre par lequel on avait imaginé de régler ce que protestants et catholiques aurdiieni provisoirement à croire, jusqu'à ce qu'un bon et vrai concile, reconnu de tous, les mît d'accord. L'Intérim renfermait certainement de bonnes choses ; mais, s'il était assez protestant pour déplaire fort aux catholiques, il était assez catholique pour déplaire encore plus aux protestants. Quelques-uns, pourtant, en Allemagne, s'en montraient satisfaits et tâchaient de Têtre. C'est à eux que Calvin en veut surtout dans son Intérim odttttaro-germatmm, pubUé ensuite en français sous

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