LIVRE PRBIIIER
prendre en votre administration, et de vous humilier envers lui, et que, par ce moyen, les grands dons et grâces que Notre Seigneur vous a élargis soient droitement employés à sa gloire et au salut de ses élus. » La réponse de Calvin est humble et ferme. Distinguant entre le réformateur et Fhomme, il commence par déclarer queThomme s'est depuis longtemps examiné devant Dieu, reconnaissant ses fautes, suppliant Dieu de lui en donner une vue toujours plus claire et un repentir toujours plus vrai. Mais le réformateur a une foi pleine, inébranlable, en sa mission et en son œuvre. Les obstacles et les revers n'ont pas produit en lui un seul moment d'indécision, et, s'il a échoué à comprimer les mauvaises passions qui ont fini par le chasser de Genève, ce n'est qu'une preuve, après mille autres, qu'il y a inimitié entre le monde et TÉvangile, pour peu que l'Évangile soit fidèlement prêché. c< Je crois que vous avez estimé notre affliction être suffisante pour me mettre en perplexité extrême... Il est vrai que j'ai été grandement affligé, mais non pas jusques à dire : Je ne sais où sont les voies du Seigneur.» Au reste, poursuit^il, Dieu jugera. «L'un de mes compagnons * est maintenant devant Dieu pour rendre compte de la cause qui lui a été commune avec nous... C'est là où j'appelle de la sentence de tous les sages. »
Du Tillet resta parmi les sages ; Calvin persista
* Le ministre Gorault, banni de Genève avec Calvin. Il venait de mourir à Orbe.
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dans la glorieuse folie de ceux qui ne voient, dans ce monde, que leur devoir et Dieu.
Nous l'avons laissé quittant Ferrare. La politique le faisait chasser comme Français ; l'Église, comme hérétique. Muratori affirme que l'Église fit davantage, que le réformateur fut saisi dans sa demeure, à côté du château ducal, et que déjà il était conduit à Bologne, où son procès devait s'instruire, lorsqu'il fut enlevé, comme Luther, par des cavaliers masqués, et rendu à la liberté. Le fait est-il vrai ? Muratori déclare le tenir d'une personne qui avait lu, dit-il, les rapports de l'Inquisition. Si de nouvelles recherches amènent de nouvelles preuves, il y aura lieu d'admirer une fois de plus la réserve d'un homme gardant le silence sur des détails si importants et si dramatiques de sa vie.
D'autres détails, dont il n'a non plus jamais parlé, ont été recueillis sur ce voyage, les uns certains, d'autres moins*. On suppose qu'il visita, à Modène, les Castelvetro, que Genève devait plus tard recueillir ; la démolition de leur antique villa, près de Modène, a fait récemment découvrir une armoire cachée dans le mur, et renfermant plusieurs de ses ouvrages. Arrivé en Piémont, il y
* Voir le travail de M. Jules Bonnet : (kMn au Val d'Aoste.