‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 7 sur 92 · LIVRE PtlBMIËft · texte numérisé non relu

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trouva de nombreux amis de la Réforme, et nous le voyons prêchant dans le Val de Grana, près de Coni. Des femmes de Caraglian, ameutées par les prêtres, le chassent à coups de pierres. Même insuccès à Saluées. Traqué de lieu en lieu, il lui fallait du courage pour deux, car Du Tillet, on le pense bien, n'avait nul goût à ce rude apostolat. Ainsi atteignirent-ils Pignerol. Pourquoi Calvin n'alla-t-il pas voir les Vaudois? Son passage dans leurs vallées fût devenu un de leurs grands souvenirs, une importante page de leur antique histoire. Ils venaient de se rattacher au grand mouvement du siècle. Leur synode d*Angrogne avait accueilli avec bonheur les délégués de la Suisse évangélique, Farel et Saunier ; ils attendaient peut-être celui dont le nom, déjà plus grand, était sûrement arrivé jusqu'à eux. Mais, soit qu'il fût pressé de rentrer en Suisse, soit qu'il eût appris en chemin ce qui se passait au Val d'Aoste, ce fut de ce côté qu'il tourna tout à coup ses pas.

[^Le Val d'Aoste, en effet, était profondément travaillé par la Réforme. Les dépêches d'Ami Porral, ambassadeur de Genève à Berne, en font foi. a Le duc, écrivait-il en 1535, a beaucoup d'affaires au delà des monts, en partie à cause de l'Évangile, car l'Évangile se répand par tout le pays. C'est une chose qu'il faut qu'elle aille en avant, en dépit des princes, puisqu'elle est de Dieu. » Et dans une autre dépêche, écrite au mois de décembre : « Les Aostains, disait-il, ont grosses questions avec leur

évêque, à cause des excommuriiements qu'ils ne peuvent souffrir. » De graves nouvelles étaient récemntent venues les encourager dans cette voie. Les Bernois, naarchant au secours de Genève, avaient conquis en passant le pays de Vaud, le pays de Gex, le Chablais, et toutes ces contrées , mûres pour la Réforme, s'étaient livrées avec joie aux conquérants qui la leur apportaient.

De là les ardentes espérances de tous ceux qui, dans le Yal d'Aoste, avaient ouvert les yeux à TÉvangile ; de là leur joîe à l'arrivée de Calvin. Il n'entra pas dans la ville, trop bien gardée ; mais, tout près, dans une ferme connue encore aujourd'hui sous le nom de Ferme de Calvin^ la noble famille de Yaudan lui offrit un asile. Là devait se vérifier encore une fois ce que nous lui avons vu dire que a toutes retraites » lui étaient comme « écoles publiques. » On venait à lui en foule ; on ne parlait de rien moins que de s'adresser à la république puissante qui avait délivré Genève, et de lui demander une délivrance semblable. C'était la révolte politique avec la révolte religieuse ; mais, après tout, à qui la faute? N'était-ce pas dans cette même ville d'Aoste que le duc, l'année d'avant, sollicité par l'ambassadeur bernois de permettre aux Genevois « de garder l'Évangile, » avait répondu que jamais il ne le permettrait? Nul espoir, donc, de professer jamais le christianisme évangélique aussi longtemps qu'on serait ses sujets.

Mais le catholicisme avait dans l'évéque d'Aoste,

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