LIVRE QUÀTHIÈME
Calinû ii*a¥ait plu& à craindre au dedans; mais k citadelle |M>iitait, teu8 les jours, être attaquée, être Bmportée, et Calvin ne savait que trop sur qui tomberait, dans ce cas, la première fureur de l'ennemi. Nous avons déjà raconté l'attaque préparée, en 1S63, à l'instigation des Libertins exilés. Calvin n'avait [dus que cinq mois à vivre ; il est douteux qu'on las lui eût laissé ackever. Trois ans auparavant, la yiHe hérétique s'était vue plus menacée que jamais. Les princes catholiques demandaient la réouiverture du concile ; le pape, qui en avait peur, proposa, comme diversion , qu'on commençât par abattre Genève. On a retrouvé les lettres que Pie IV et le cardinal B(»Tomée, le futur saint Charles Bor-^ romée, écrivaient à cette occasion au roi de France, au roi d'Espagne et an duc de Savoie. Tout le plan de campagne y est tracé. Le roi de France enverra des troupes par la Bourgogne, le roi d'Espagne par la Franche-Comté ; le duc aura son armée renforcée par un corps de cavalerie que lui enverra Pie lY, et le trésor papal lui comptera vingt mille éeus pour aider aux préparatifs. Trois années allaient donc fondre à k fois sur Genève ; rien ne pouvait, humainement, la sauver. Mais, Genève prise, à qui la donner? Cette difficulté, api;ès Dieu, fut son salut, suieun des trois souverains ne se souciant de la conquérir pour un des autres. Mais elle passa des mois dans des transes continuelles, et, à vrai dire, durant toutes ces années, elle n'eut pas un seul Jour de pleine sécurité. Ainsi foisàit-elle, sou» Cal-
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vin, Tappreniissage de cette rude vie qui allait si longtemps être la sienne. Elle s'habituait à n'ayoir pas son existence assurée pour un an, pour un mois, et à ne rien rabattre, pour cela, de son acti* Yité ni de son courage .
Loin donc de chercher à se faire oublier, ce qui, d'ailleurs, lui eût été impossible avec Calvin, elle s'associait de mieux en mieux àTœuvre et au génie de celui qui l'avait façonnée à son image ; eUe acceptait la responsabilité de cet apostolat dont le champ allait s'élargissant, mais dont tous les périls menaçaient défendre sur elle. En janvier 1564, au plus fort de ces craintes qu'excitaient les menées du pape, on reçoit une lettreoù Charles IX se plaint vivement des troubles semés dans son royaume par les prédicants venus de Genève; il somme le Conseil de les rappeler sans délai. Grand émoi, làdessus, dans le Conseil. Cette lettre est peut-être le premier acte du drame qui se prépare. Que faire? On charge Calvin de répondre ; il saura bien trouver ce qu'il y a de mieux à dire pour écarter le danger, si c'est possible, sans renier les courageux prédicants qui se sont formés à son école. Calvin rédigea donc la lettre. Les formes sont humbles; le fond est ferme. Les ministres de Genève n'ont envoyé personne en France ; mais, tous les gens qui se sont adressés à eux et qu'ils ont trouvés «de quelque savoir et grâce, » ils les ont exhortés « à s'employer, partout oîi ils viendroient, pour l'avancement de l'Évangile. » Les ministres de Genève
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D*ontpu et ne pourront jamais faire autrement, car a puisqu'ils sont persuadés que la doctrine qu'ils prêchent est de Dieu, tendante à ce que la grâce qu'il nous a faite en Jésus*Christ soit connue comme il appartient , il ne peut se faire qu'ils ne désirent qu'elle soit semée partout. » Le roi très-chrétien pourrait-il ne pas le désirer aussi? Et après cette réflexion presque ironique, il en vient à ces «troubles» que le roi reproche aux prédicants. Les troubles proprement dits , ils y sont totalement étrangers. « Ils ont mis peine de tout leur pouvoir d'empêcher qu'il ne se fit nulle émeute ; ils n'ont jamais donné conseil de rien changer ou attenter en l'état public. » Mais si on veut appeler « trou^ ble )» toute émotion causée par la prédication de l'Évangile, tout succès obtenu par ceux qui le prêchent, — alors les prédicants sont coupables, trèscoupables, mais ce n'est pas Genève qui leur défendra de l'être ainsi. Telle est la conclusion, un peu voilée, mais claire, pourtant, «de cette lettre, — et cette lettre arriva au roi signée, non de Calvin, mais des a Syndics et Conseil de Genève^ » selon la formulé officielle.
Les faits restèrent conformes aux paroles. Une lettre du réformateur à BuUinger (mai 1561) nous montre comment s'organisait, par la seule force des choses, cette active et puissante propagande. « Il est incroyable, écrit Calvin, avec quelle ardeur nos amis se dévouent au progrès de l'Évangile, Autant on est avide, auprès du pape, à solliciter
des bÔQé&ces, autant ils le sont à deqianâer du eeridée dans les Églises sous la croi^. Ils assiègent pia porte pour obtenir une portion du champ à culti«yer ; jamais roi n'eut de courtisans plus empressés que les miens. Ils se disputent les postes, comme si le règne de Jésus-rChrist était paisiblement établi en France. Je cherche parfois à les retenir. Je leur montre Tatroce édit qui ordonne la destruction de toute maison où le culte aura été célébré. Je leur rappelle que, dans plus de vingt villes, les fidèles ont été massacrés par la populace. Mais rien ne les peut arrêter, n Ces lignes sont un des rares morceau!LOÙ Calvin s'est un peu laissé gagner par l'enthousiasme. Il e)4 heureux de cette papauté apostolique dont le revêtent les solliciteurs du martyre ; iLen est fier, non pour lui, car il n'y a pas là un mot d'orgueil, mais pour la noble cause dont il se voit le chef.
Mais l'enthousiasme ne lui fit jamais oulojier le côté plus positif de son rôle ; au milieu de cette jeune et ardente milice, il resta l'homme de la discipline et de l'ordre. Il n'avait pas attendu les réclamations de Charles lî pour défendirea^x protestants du royaume tout ce qui pourrait, avec justice, être appelé trouble ou violence. On a eu beau fouiller