LIVRE QUATRIÈME. 40 i
toutes ses lettres aux Églises de ce pays ; on n'y a pas trouvé un mot qui pût être considéré comme un appel à la force, aux représailles, et ses ennemis ont été réduits à fabriquer les deux fameuses lettres qu'on cite encore quelquefois, bien que la fausseté en ait été surabondamment prouvée. On a récemment examiné les prétendus manuscrits originaux, conservés dans les archives de la famille d'Alissac. Non-seulement ils ne sont ni de l'écriture de Calvin, ni de celle d'aucun de ses secrétaires connus, mais ils sont pleins de fautes d'orthographe et de style, qu'on avait eu grand soin de corriger à l'impression . Ces fautes corrigées, le style n'est encore en rien celui de Calvin ; on ne saurait exprimer plus niaisement des conseils de meurtre, de pillage, puis de basse humilité envers le baron du Poët, humilité dont Calvin n'approcha jamais, môme dans ses lettres aux plus grands princes. Enfin, dans la première, M. du Poët est appelé Général de la religion en Dauphiné, et cette lettre est. datée de 1547, époque où la Réforme n'avait, en Dauphiné, ni un soldat, ni même une Église organisée, et où M. du Poët était encore catholique ; dans la seconde, datée dfe 1561, le même personnage est appelé Gouverneur de Montélimart et grand chambellan de Navarre^ dignités dont il ne fut revêtu que longtemps après la mort de Calvin.
Quand nous n'aurions pas ces détails, la fraude ressortait assez du contraste que ces deux lettres faisaient avec les autres, ne fût-ce, par exemple,
qu'avec celle qu'il écrivait, en 1662, au fameux baron des Adrets, dont les violences déshonoraient la Réforme, et qui allait finir par se refaire catholique. Maître de Lyon, Des Adrets y autorisait les désordres d'une soldatesque formée sur ses mauvais exemples, a II est bien temps, lui écrit Calvin, qu'on se modère. Il vous y faut évertuer, monsieur, et surtout à corriger un abus qui n'est nullement supportable : c'est que les soudarts prétendent de butiner les calices, reliquaires et tels instruments des temples. Qui pis est, on nous a rapporté qu'un des ministres s'étoit fourré parmi eux... Horrible scandale pour diffamer l'Évangile, et pour exposer à opprobre la cause qui est si bonne et sainte de soi... Nous n'avons pas fait difficulté, monsieur, de vous en mander privément notre avis, et vous exhorter au nom de Dieu de vous y employer vertueusement. » Ainsi, la seule pensée des désordres commis à Lyon lui gâte tout le bonheur de voir entre les mains^des protestants cette viUe qui leur a été si cruelle. Ce sentiment se retrouve, dans ses lettres, en beaucoup d'autres occasions. Aucun succès ne le réjouit assez pour qu'il prenne son parti de le voir accompagné ou suivi de cBoses qu'il n'approuve pas ; il entend que tous les champions de la Réforme, ceux qui portent l'épée comme ceux qui n'ont que la parole, soient gens sérieux, pieux, pleinement dignes de la cause. Plusieurs fois, en particulier, nous le voyons blâmer les protestants de s'être emparés d'églises catholiques.