‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 8 sur 92 · LIVRE fRfiMIEH. HH · texte numérisé non relu

LIVRE fRfiMIEH. HH

Pierre Gazzini, un défenseur redouté, redoutable. Dès 15S8, douze gentilsbommes du pays avaient été décapités, sur sa dénonciation, comme luthériens ; peu après, quatre colporteurs venus de Genève avaient été mis à la torture et exécutés ensuite. Puissamment secondé par le comte de Cbalans, maréchal d'Âoste, il établit dans la ville uoe police religieuse à laquelle ne manquait que le nom d'Inquisition; et quand s'ouvrit, en février 1536, l'assemblée des États de la province, toutes les mesures étaient prises pour écraser la minorité hardie qui avait espéré y faire proclamer les principes de la Réforme. On ne sait si cette minorité osa ou put faire entendre ses vœux ; mais Calvin resta à son poste jusqu'au moment où tout espoir fut perdu. Averti, enfin, qu'il allait être arrêté, il s'enfuit, le 8 mars, avec ceux de ses adhérents qui s'étaient le plus compromis, ecclésiastiques et laïques. Mais le Saint-Bernard était gardé. 11 fallut prendre des sentiers, traverser des torrents, cétoyer des précipices, et, même là^ craindre encore , car a le comte de Chalans , dit une vieille relation, fut celui qui donna la chasse à Calvin, et le poursuivit, l'épée nue, jusqu'au fond des montagnes. » Mais Calvin et ses compagnons franchirent enfin le col de la Duranda, une des hautes entrées du Yallais, désignée encore de nos jours sous le nom de Fenêtre de Calvin.

Prisons et bûchers firent justice de tout ce que la Réforme avait gardé d'adhérents dans le pays,

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et, en 1S41, sur le piédestal d*u,ne croix eommé^ morative élevée au centre de la ville, on grava une inscription rappelant la fuite de Calvin ei lai délivrance d'Aoste. Cette inscription, effacée par le temps, a été rétablie , en 1841, sur le monument restauré. On veut que le pays bénisse à jamais le jour qui le remit sous le joug de Rome, et le replongea dans les ténèbres.

Peu après, Calvin était de nouveau à Noyon. Le fait de ce voyage est certain ; mais bien des points seraient à éclaircir, et on ne sait trop où chercher les explications qui manquent. Comment Calvin put-il revenir, en 1536, dans cette France d'où il avait dû fuir à la fin de 1534, et, cela, avant d'être l'auteur de V Institution Chrétienne ? Nous l'avons vu, dans la préface, se considérer comme définitivement banni, non pas, il est vrai, par quelque arrêt prononcé contre lui, mais par la force évidente des choses ; les choses n'ayant pas changé, comment se fait-il qu'il rentre, et que, rentrant, il ne soit pas inquiété ? Rien même n'indique qu'il ait eu à se cacher. Il acheva de mettre ordre à ses affaires domestiques, gagna quelques nouveaux adhérents, en particulier un juge, M. de Normandie, que nous retrouverons à Genève, puis repartit

pour Bftle avec une de ses sœurs, Marie, et un de ses frères, Antoine, le seul qui lui restât. Antoine allait être le compagnon obscur, mais dévoué, de toute sa vie. Il renonçait, lui aussi, au tranquille bien-être que lui eût offert l'Église, car il avait succédé à son frère comme chapelain de la Gésine, et l'Église n'eût pas manqué de récompenser large; ment la fidélité d'un frère de l'hérésiarque. Il ne chercha même jamais à se dédommager en jouant au moins un certain rôle. On l'entendait se vanter, en riant, de travailler à tous les ouvrages de son frère ; il disait vrai, car il s'était fait relieur. C'est lui que nous avons vu écrivant, sous la dictée de Calvin, la lettre à la duchesse de Ferrare.

Ils quittèrent Noyon en août 1536. Leur intention avait été de se rendre à Bâle par l'Allemagne ; mais la guerre venait de se rallumer entre François I" et Charles-Quint, et l'on ne pouvait songer à traverser la Lorraine, pleine de soldats. Calvin repassa donc par la France, et arriva, un des derniers jours du mois, à Genève.

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