LIVRE QUATRIÈME
gnons de Bèze à Poissy. Le roi de Navarre s'était laissé mettre à la tête de l'armée catholique. Blessé à mort pendant le siège, il avait paru revenir, dans ses dernières heures, à la foi qu'il avait trahie.
Le 19 novembre, bataille de Dreux. Les protestants étaient neuf mille ; les catholiques, près du double. C'était, de part et d'autre, bien peu ; mais il y avait guerre d'un bout de la France à l'autre, et chacun devait songer, avant tout, a sa ville, à son village, à sa maison. Les protestants eurent d'abord l'avantage ; le duc de Guise obtint ensuite, grâce à quelques troupes de réserve, non pas une victoire, car Tarmée ennemie se retira en bon ordre, mais un résultat de la plus haute importance : les protestauts ne purent marcher sur Paris, qu'ils auraient occupé sans peine. Or, Paris occupé, ce pouvait être le signal du triomphe définitif de la Réforme en France ; on y était tout préparé, témoin ce mot de la reine-mère sur le bruit qui courut que les protestants étaient vainqueurs : « Eh bien, nous prierons Dieu en français. »
On a calculé qu il aurait suffi de mille hommes, peut-être de sept ou huit cents, pour changer de nouveau la face de la bataille, et, avec la face de la bataille, celle de la France pour des siècles, car il n'y a rien de moins soutenable, devant l'histoire de ces temps, que ce qu'on a écrit de nos jours sur certains obstacles intimes, invincibles, qu'eût rencontrés le protestantisme vainqueur. On allè-
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gue l'esprit français, l'abîme qui le séparait et le sépare, nous dit-on, du sombre génie de Calvin. Mais ils étaient Français, ces calvinistes que la France commençait à compter par millions ; ils l'étaient, ceux qui allaient tenir ferme, dans son sein, à travers deux siècles d'oppression; ils Tétaient, ceux qui allaient fuir, aimant inieux tout quitter que de renier la foi de Genève ; ils l'étaient, ces milliers de pasteurs qui allaient garder invinciblement, et dans leur patrie, et dans l'exil, les traditions de l'austérité calviniste. Il ne s'agit d'ailleurs pas de ce qu'étaient ou de ce que sont les Français, mais de ce que la Réforme faisait d'eux ; et quand nous la voyons créer si rapidement de si remarquables caractères, transformer, au nord, au midi, dans toutes les parties du royaume, des populations considérables, comment prétendre que le reste ait dû nécessairement lui échapper? Une seule explication est possible : Dieu n'a pas voulu, à ce moment, le triomphe de la Réforme en France. Pourquoi ne l'a-t-il pas voulu? — Pas de ces questions. Ses voies ne sont pas nos voies; sachons nous soumettre et nous taire.
C'est ce que Calvin eut bien des fois à prêcher, après la bataille de Dreux, à tous ces cœurs moins abattus par la défaite même qu'étonnés douloureusement de voir Dieu délaisser sa cause. Ils disaient, eux aussi : Pourquoi? «Je m'en tiens, pour toute réponse, au dire d'Abraham : Dieu y pourvoira. »