LIVRE QUATRIÈME
Ainsi écrit Calvin au gouverneur de Lyon, M. de Soubise, son ancien disciple de Ferrare, qui toujours signait, dans ses lettres : Votre obéissant fUs et ami. Mais Calvin prévoit, cette fois, que l'obéissance sera dure, et il va insister d'autant pour qu'elle soit pleine, entière, non envers lui, dont il ne parlera pas, mais envers Dieu. Quand Dieu « ôte le glaive à ceux qu'il en avoit ceints, » ils n'ont qu'une chose à faire : attendre que Dieu le leur rende. La soumission sera a difficile à digérer, » n'importe ! « Dieu nous a donné un coup de massue ; demeurons abattus jusqu'à ce qu'il nous relève. Puisque Dieu nous veut affliger, tenons-nous cois. » Et sûrement ni M. de Soubise ni personne N'imagina que cela voulût dire : « Cachons-nous.» Se tenir coi, pour Calvin et les siens, ce ne pouvait être que s'humilier devant Dieu, tenir ferme devant les hommes, espérer et prier. — Le conseil est tout aussi bon aujourd'hui qu'en 1563.
L'Édit d'Amboise, publié le 19 mars, était moins favorable que l'Édit de Janvier; il admettait cependant encore le principe de la coexistence des deux cultes. Violé parles catholiques partout oîiils avaient la force en main, violé par les protestants partout où ils étaient assez nombreux pour se dérober aux gènes dont on enlaçait leur culte, l'Édit d'Amboise amena pourtant, sinon la paix, du moins une trêve. Mais c'était une de ces trêves où personne ne cherche même à cacher que son but, en restant tranquille, est de se préparer aux nou-
veaux combats qu'il sent venir. Ce fut au milieu de ces préoccupations, en mai 1564, qu'une grande et triste nouvelle, attendue, il est vrai, depuis plusieurs mois, arriva aux Églises. Calvin venait de mourir.
Nous ne l'avons vu jusqu'ici, pendant cette dernière période de sa vie, que dans son action au dehors. Voyons-le donc à Genève, et commençons, pour n'avoir pas à y revenir, par ses ouvrages.
Nous n'en donnerons pas la liste' complète. Elle est fort longue, et, au sortir de tous ces récits de guerres, de troubles, de supplices, on éprouve un singulier sentiment à parcourir ces titres qui vous transportent dans le cabinet silencieux du penseur. Plusieurs, il est vrai, sont encore des cris de guerre; Blandrata, Daniel de Saconay, Gentilis, Baudoin, d'autres encore, ne bravèrent pas impunément cette plumé dont on voudrait que la charité eût plus souvent adouci le mordant. Mais le reste est d'une tout autre nature, et ce reste est considérable.
Voici, d'abord, les Commentaires sur l'Ancien Testament. Ésaïe avait déjà paru en 1551, et la Genèse en 54. Vinrent ensuite, en 1557, les Psau-