LIVRE QUATRIÈME
quand il parle de « petits et bas commencements, » il n'a point en vue le temps où il était inconnu, mais celui où, déjà connu, déjà sur le chemin de la fortune et de la gloire, il ne connaissait pas la vérité ou commençait à peine à l'entrevoir. Ainsi, même quand il paraît se mettre en scène, ce n'est encore qu'un chrétien se plaçant devant Dieu, devant la Parole de Dieu, pour étudier, dans sa vie, la vie humaine, et, dans son cœur, le cœur humain. Le Commentaire sur les Psaumes est un chef-d'œuvre d'analyse morale et religieuse.
Ces mêmes années virent paraître plusieurs séries de sermons, recueillis aussi, la plupart, par ses amis, car il improvisait toujours, mais publiés sous ses yeux et probablement reyus par lui.
Une première série, sur l'Épitre aux Galates, avait déjà paru en 1552 ; la deuxième, sur deux chapitres de la première Épître aux Corinthiens, est de 1558, ainsi que la troisième, recueil de discours sur divers sujets. En 1562, cinq séries, dont une de soixante-cinq discours sur les trois premiers Évangiles, En 1563, enfin, une série sur les deux Êpltres à Timothée, et une sur le livre de Job. Ces derniers discours ont eu, surtout au xvi^ siècle, une grande réputation; Coligny se les* faisait lire et relire. Ces austères études sur le malheur, la résignation, la Providence, devaient plaire à des hommes vivant parmi tant de troubles. Job leur était, mieux encore que David, comme la personnification de ces a tristesses, craintes, don-
tes, perplexités,» dont le cœur humain est assailli. Job leur représentait aussi l'Église, livrée, pour un temps, aux coups du grand ennemi des âmes, mais prédestinée à triompher, et à rajeunir, comme l'aigle, sous le regard vivifiant de son Dieu.
Ce sentiment n'était guère moins nécessaire aux Genevois qu'aux protestants de France, car nous avons vu quels dangers, sans cesse renaissants, les entouraient. Calvin sut le leur inspirer, et, pour cela, il faisait mieux encore que de le prêcher éloquemment : sa vie en était l'expression la plus complète et la plus haute. Confiance, confiance encore, confiance toujours, et, quand le danger redouble, redoublement de confiance. Cette tente fragile qui pouvait, à toute heure, être balayée, l'impassible ouvrier de Dieu y poursuivait sa tâche comme dans une tour inexpugnable; cette cité, cette Église qui pouvait n'avoir pas huit jours à vivre, tout s'y développa, sous lui, comme dans une sécurité profonde. Une lettre d'un réfugié italien, Yergerio, nous transporte dans cette grave atmosphère où les bruits du dehors pouvaient bien, parfois, retentir douloureusement, mais n'arrêtaient personne dans son œuvre.
Celle de Calvin embrassait tout. L'ancien disci-